Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

Dossier> Tambour burundais

Patrimoine mondial de l’humanité ?

 

Issus d’une tradition millénaire, jadis initiés de père en fils, les tambourinaires du Burundi, à l’origine des bergers Hutu au service du roi, ont, depuis les années 60, marqué et marquent encore la culture burundaise. Leur danse pourrait faire partie du patrimoine mondial de l’humanité.

 

DSC 0741Si le tambour n’est plus royal aujourd’hui, il reste sacré. Il a conservé de la tradition un profond respect de la culture. Antime Baranshakaje, octogénaire, tambourinaire de Gishora en commune et province de Gitega, parle d’un objet sacré.
Il évoque les relations intimes de cet instrument avec l’agriculture, la fécondité, sa peau est comparable au berceau du bébé, ses chevilles aux seins d’une femme, son corps au ventre. Le nom ingoma, qui désigne le tambour, signifie aussi royaume, et là où siégeaient les rois résidaient aussi les tambours : il existe encore aujourd’hui au Burundi un sanctuaire aux tambours : l’Ingoro y’ingoma ou palais des tambours.

L’ensemble folklorique

Les Batimbo sont les familles gardiennes de la tradition sacrée des tambours. On ne peut pas parler de tambours au Burundi sans évoquer les assises religieuses et mythiques sur lesquelles reposait la société burundaise. Au Burundi, les tambours étaient et restent bien plus que de simples instruments de musique. Objets sacrés réservés aux seuls ritualistes, ils n'étaient battus que lors des circonstances exceptionnelles et à des fins rituelles, souligne M. Baranshakaje.
Dans le Burundi ancien, ils proclamaient les plus grands événements du pays (intronisation, funérailles des souverains) et rythmaient, dans la joie et dans la ferveur de tous les Burundais, le cycle régulier des saisons qui assurait la prospérité des troupeaux et des champs. « Quand le roi et le peuple se retrouvaient une fois par an pour célébrer la fête dite «Umuganuro», le tambour royal, Karyenda, symbole de la nation, recevait à travers un rituel complexe les hommages d'autres tambours sortis de leurs sanctuaires respectifs », a dit M. Dieudonné Hakizimana, historien de formation. Ces tambours, portés par les Batimbo, traversaient le pays et convergeaient vers la cour royale, suivis par les délégués du peuple.
Selon M. Hakizimana, l'Umuganuro constituait une occasion solennelle de renouveler le pacte entre les Barundi et la nature, et pour célébrer la fécondité de la terre nourricière.
Au cours de ces cérémonies, le roi et la vestale du tambour Karyenda s'unissaient symboliquement pour perpétuer l'alliance intime entre le tambour et le roi ainsi qu'entre le roi et la nation.

Ne pas battre le tambour à tout bout de champ

De nos jours, le tambour reste un instrument à la fois vénéré et populaire, réservé aux fêtes nationales. M. Baranshakaje s’insurge contre les tambourinaires qui font usage de cet instrument sacré pour gagner de l’argent, dans les fêtes de mariages, de partis politiques, de rencontres avec des étrangers etc. « C’est un crime odieux, une transgression culturelle ». Ce Burundais révolté contre " un héritage civilisationnel et une richesse patrimoniale en déperdition" désapprouve de ce fait les tentatives des étrangers de s’approprier le tambour burundais. Cet objet d'art qui nous était de tout temps cher, est de plus en plus banalisé et réduit à un simple objet de commerce», se désole-t-il, pointant du doigt "certains clubs qui en font un objet de business".
Il ajoute qu’en tant que membre d’anciens lignages de tambourinaires, il demande de maintenir vivant leur art et de le faire connaître avec succès dans le monde entier.
"Notre ambition est de faire retentir la culture burundaise et de l'inscrire dans une dynamique d'un Burundi qui se bat contre les représentations caricaturales le présentant comme un pays à la dérive. Nous voulons contribuer à attirer sur le Burundi, un regard équilibré qui sait reconnaître les défis que ce pays doit relever mais aussi les valeurs positives qu'il ressert, a fait savoir M. Baranshakaje.
Le tambour doit occuper une place légendaire dans la culture burundaise. C’était un instrument symbolisant la légitimité du pouvoir et la pérennité de la nation. Le tambour n’est pas considéré comme de simples instruments de musique. Il fait partie des objets sacrés.

Sacralité du tambour

Dieudonné Hakizimana raconte une légende sur le caractère sacré du tambour burundais. Le roi fuyait ses ennemis. Dans sa fuite, il trouve un homme qui gardait ses vaches. « Et toi, l’ami, lui dit-il, ne pourrais-tu pas m’aider à me cacher »? L’homme accepta et appela son frère, ils vidèrent chez eux un grenier de sorgho et y cachèrent le roi. Bientôt les poursuivants survinrent. Et toi l’homme, demandèrent-ils, n’aurais-tu pas vu quelqu’un qui courait ? Je n’ai vu personne, répondit-il. Les poursuivants continuèrent leur chemin à la recherche du fuyard. Le roi alors sortit de sa cachette et on lui construisit un petit palais dans l’arrière-cour de l’enclos. Si vous voyez une femme qui me cherche, dites-lui où je suis. La reine en effet était à la recherche du roi. Elle rencontra ceux qui gardaient les vaches qui lui indiquèrent où se trouvait le roi. Elle était accompagnée de deux servantes et de deux cuisiniers. C’est bien, dit le roi. Et elle s’installa.
Alors arriva le tambour, celui qui accompagnait toujours le roi! Ses batteurs l’avaient recouvert d’une natte. A minuit, le tambour gronda et tous ceux qui étaient là poussèrent des cris de joie. Alors les princes de sang entendirent de quel côté résonnait le tambour. Les princes accoururent : le roi était là! Le roi était vainqueur ! Le tambour résonnait ! On poussait des cris de joie ! Les princes pénétrèrent dans le palais et offrirent au roi des vaches en hommage. Le roi dit : «allez chercher des tambours et recommanda qu’ils les battent ! » Depuis ces temps anciens, les tambours furent introduits dans la culture burundaise. Tambour et Royaume portent au Burundi le même nom: Ingoma. Cet ancien royaume est devenu un pays aux tambours sacrés !

DSC 0977Rénovat Ndihokubwayo, directeur du département de la documentation au sein des Publications de presse burndaise (PPB) et ancien chef de service Culture au ministère en charge de la culture, plaide pour l'inscription du «tambour burundais» au patrimoine mondial de l’humanité afin de « le préserver et de le protéger à jamais ».
A la question de savoir si les générations montantes peuvent retenir du tambour burundais un symbole du pouvoir, notre interlocuteur a répondu par l’affirmative. Pour lui, ce qui mérite d’être hissé au niveau de patrimoine mondial de l’humanité n’est pas l’élément matériel, mais la danse au tambour.

Le Burundi veut faire de son tambour un patrimoine de l'humanité

Il a dit que le tambour burundais suscite beaucoup d’admiration lors des différents festivals organisés dans les grandes villes du monde et mérite l’acquisition d’une place de choix sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité.
Pour y arriver, il importe de travailler sur les spécificités du tambour burundais, notamment en mettant en valeur les éléments distinctifs par rapport au reste des tambours du monde
Issu d’un tronc d’arbre taillé en «Umuvugangoma» en langue locale), le tambour est fabriqué à partir d'une peau de taureau (jamais une vache), captive souvent. Il comprend principalement quatre composantes : le pied, le ventre, les chevilles et la peau. D'où son originalité.
L’attraction du tambour burundais remonte aux temps des monarchies d’après l'historien Hakizimana. « Cet instrument était un symbole de pouvoir et de puissance, comme le voulait la tradition burundaise. Il était exclusivement battu, à l’aide de deux baguettes en bois, à la cour royale et chez les grands chefs, de sang royal également». Les acrobaties effectuées par les tambourinaires fascinent et son hurlement donne un son à la fois étrange et apprécié.
Les hommes, jamais les femmes, manipulaient cet instrument, souligne l'historien. Antime Baranshakaje, lui, note que « les femmes pouvaient seulement accompagner les hommes dans la danse. Il leur était interdit même de toucher les deux petites baguettes en bois servant à battre le tambour ».
Le tambour occupe une place de choix dans la culture burundaise. Instrument qui symbolisait pour le Burundi ancien la légitimité royale et la pérennité de la nation, il est associé par les Burundais à un objet sacré et est joué en des circonstances exceptionnelles.

Le Burundi est un pays du tambour sacré

TambourL’Office national du tourisme attache une grande valeur au tambour vue sa valeur touristique et son aspect culturel. « Il fait la fierté du Burundi à l’étranger, et embellit l’image de notre pays », affirme Christophe Kubwayo, directeur général à l’intérim de l’Office national du tourisme. L’histoire du Burundi montre l’importance du tambour à la cour royale au temps de la monarchie. Son omniprésence dans les cérémonies officielles prouve l’attachement des Burundais à cet instrument.
M. Ndikubwayo directeur général a.i de l’Office national du tourisme (ONT) indique que l’une de ses missions est la promotion de l’image du pays à l’intérieur et à l’extérieur du pays. L’inscription du tambour au patrimoine mondial de l’Unesco va renforcer l’appellation, Burundi pays du tambour sacré. Cette accréditation de l’Unesco va donner un éclat de l’image du pays et attirer les touristes. De par le rythme, le tambour burundais est réputé au niveau mondial par son jeu et son rôle social.
Christophe Ndikubwayo indique en outre que le tambour en tant qu’instrument culturel, va faire du milieu où il est joué, un site touristique. Beaucoup de touristes seront attirés par ces sites et les devises vont entrer dans le pays. Les hôtels vont enregistrer des chiffres d’affaires importants et les taxes vont affluer dans les caisses de l’Etat. «Les gens de Gishora vivent aujourd’hui du tambour », affirme M. Ndikubwayo qui souligne le fait que les touristes qui y passent, laissent de l’argent qui contribue à l’essor des communautés locales.
Il n’y a pas de tourisme sans développement communautaire. Les tambourinaires seront intéressés et encadrés pour leur permettre, non seulement de vivre du tambour mais également de promouvoir leur talent pour un rayonnement national et international.
« Le gouvernement s’investit beaucoup pour la promotion du tourisme », confirme Christophe Ndikubwayo. Il a placé le tourisme parmi les secteurs prioritaires, de nouveaux textes de réglementation du secteur ont été adoptés pour redynamiser son action. La restructuration de l’Office national du tourisme en direction générale, avec des départements en son sein est également un signe éloquent de la volonté de l’Etat de promouvoir le tourisme. Des décrets permettant de se conformer aux lois de la Communauté de l’Afrique de l’Est ont été signés, des sous commissions ont été mis sur pied dans le but de redorer l’image du pays à travers le tourisme.
Le Burundi participe également dans les foires d’exposition au niveau mondial, africain et régional. Dans toutes ces activités visant à vendre l’image du pays, le tambour burundais est mis à l’honneur. Son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco prévue vers la fin de ce mois de novembre ne sera qu’un coup de pousse vers un triomphe mondial du tambour burundais.

Charles Makoto (stagiaire) Yolande Nintunze

Ouvrir