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13 Avril 2018> Quarantième anniversaire du Quotidien « le Renouveau »

Je me souviens…….

 

IMG 4013« Le Renouveau » parut pour la première fois un matin du 13 avril 1978, c’était dans  l’euphorie des grands projets de la toute  nouvelle Deuxième République. 

 

Jusqu’à ce jour, on n’avait qu’un  hebdomadaire en français et en kirundi       « Ubumwe ». Il y avait également  un  bulletin d’information ronéotypé et quotidien «  Flash Infor ». Penser donc à  un journal quotidien semblait une  gageure. Mais c’est un défi qui a été relevé car ce  quarantième  anniversaire  arrive avec la parution de son 9 852e numéro…Les  débuts, comme  ceux de tout projet,  furent  difficiles. J’avais été engagé au journal hebdomadaire « Ubumwe » en 1974». C’est donc tout naturellement que  quand naquit «  Le Renouveau », j’intègre  son équipe de réalisation, un travail difficile et de longue haleine, surtout les premiers jours. C’était un  travail auquel on n’était pas habitué. Les  opérateurs, les maquettistes, les correcteurs, les dessinateurs… tous  venaient en même temps. Le  travail n’était pas bien ordonné. Mais  au fur et à mesure, on s’habitua  et «Le Renouveau» devint  réellement quotidien soit six numéros par semaine jusqu’en 1993.

Il a  plié mais  n’a pas rompu

Avec la crise de 1993, tenir le rythme  devint impossible. Il n’y avait plus moyen de travailler la nuit. Les  quartiers étant  balkanisés, l’imprimerie  Inabu n’était plus  accessible à certains. Les villes  mortes étaient monnaie courante. Des journalistes et des réalisateurs  prirent le chemin de l’exil. Avec la victoire du  FPR au Rwanda, une  dizaine de journalistes rwandais rentrèrent  dans leur pays. Ainsi, des six (6) numéros par semaine, on tomba à trois (3) parutions seulement. Et des fois  même  moins.Je me souviens d’un jour en 1995 où le journal n’étant pas  allé à l’imprimerie. La  veille, nous  travaillions d’arrache-pied pour le boucler. Un chauffeur, alias Kirozi,  vint  à passer au service à 14 h. Il nous trouva enfermés comme d’ordinaire dans notre salle de composition climatisée et nous raconta une histoire  qui nous sembla rocambolesque. Depuis  10 h, il y avait eu  des tirs nourris   à Kamenge. Et tout le personnel (administration, service commercial, rédaction) était  rentré. Personne n’avait songé à nous  avertir ! Il fit  rentrer ceux des autres quartiers et nous  de Kamenge, il nous  largua au marché de Ruvumera. De là nous prîmes le bus de Buterere, y logeâmes, ne rentrâmes à Kamenge que le lendemain. Bien sûr que même ce jour le  journal  n’alla pas  à l’Imprimerie !!!

Une bouffée d’oxygène

La crise n’affecta pas seulement la régularité  mais aussi le tirage. On a été à cent  cinquante (150) exemplaires. Heureusement  que le SEP/CNLS tendit une bouée de sauvetage au Renouveau. Dans  son programme de  lutte contre le VIH- sida, il  s’entendit avec la DGPPB pour un abonnement de 2 000 exemplaires pendant un certain temps avec une exigence particulière : deux fois par  semaine, il devait y avoir une  page journal sur  le sida. Ainsi,  la régularité revint  car  mener la crise allait  en s’estompant  petit  à petit surtout avec le retour de Buyoya en 1996 et l’accord d’Arusha en 2000. Les  journalistes pouvaient monter à l’intérieur pour remplir ces pages. A la  fin de ce contrat avec le SEP/CNLS, Le Renouveau  s’était déjà remis à flot et a pu continuer, jusqu’à ce jour, à produire les  cinq (5) numéros  par  semaine, depuis 2003.

Des souvenirs

Maquettiste  au  « Le Renouveau » depuis sa création en 1978, secrétaire de réalisation depuis 1987 jusqu’à ce jour, j’ai  suivi  ce journal dans presque toutes ses pérégrinations. Des débuts difficiles, je retiendrai ce que le  ministre de l’Information d’alors nous a  dit quand il nous trouva  une nuit à l’Inabu à 1 h  du matin, l’air hagard, les  yeux rougis par le sommeil et les doigts  pleins  de colle, « Vous  méritez  qu’on vous construise  un dortoir  ici même à Jabe  ou qu’on vous donne des location- vente ici même. Son souhait ne fut pas  suivi d’effet. Sinon il y aurait aujourd’hui un quartier     « Le Renouveau » à Jabe !De  même, je n’oublierai jamais ce que  a fait la «  Dame de faire pour la Réalisation. Après avoir obtenu un don de plusieurs ordinateurs, elle obligea   les journalistes à saisir leurs articles malgré leurs  réticences,  et les  publicitaires  à amener  leurs annonces sur flash disk. De même elle a instauré le système « A paraitre »  sans  oublier l’existence  des maquettes standardisées….Et aujourd’hui, que dire  de ce quarantième anniversaire ? « Le Renouveau est en plein essor.  Après des débuts prometteurs, la crise de 1993 a failli lui briser les ailes. Mais il s’est relevé. Depuis une  quinzaine d’années, il a paru sans faute, excepté le  lendemain  du coup d’Etat du 13 mai 2015. Bien sûr,  la vieille  garde n’existe presque plus. Encore une  ou quelques unités. Mais  pour combien de temps ?...La relève est là : jeune, dynamique … mais il faut qu’elle montre ce dont  elle est capable. Quarante ans, c’est beaucoup pour un homme mais c’est peu  pour  un  journal,  en plus  quotidien. Beaucoup  restent à faire, mais le plus difficile a été déjà fait. Les pionniers ont assez souffert pour qu’aujourd’hui ils en aient  bénéficié le fruit. Mais, il faut consolider les acquis, garder la ligne éditorialiste  et ne pas  verser dans le sensationnalisme. Par ailleurs, il faut songer à renouveler l’outil informatique car les ordinateurs qu’on a aujourd’hui sont si vieux qu’ils perdent facilement le réseau !                                            Longin Kanyegeri

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