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DOSSIER> La face cachée de la prolifération des églises à Bujumbura

Guérison des âmes pour certaines, poursuite des intérêts charnels pour d’autres

 

DSC06767S’il est vrai que certaines églises ont pour objectif de guérir des âmes, il est aussi vrai qu’il  en existe d’autres qui poursuivent leurs propres intérêts. Voilà ce qui justifie, à doses différentes, leur prolifération dans la municipalité de Bujumbura. Nos interlocuteurs ont mis, d’une manière ou d’une autre, en lumière ce phénomène qui met parfois à mal les habitants environnants où sont érigées ces églises.  

 

A en croire, le président de l’Organe de régulation et de conciliation des confessions religieuses, l’apôtre Charles Nduwumukama, il est d’avis qu’il existe de la prolifération des églises aussi bien à Bujumbura qu’à l’intérieur du pays. Il a donné plusieurs raisons : il y a, d’une part, des gens qui ont peur de servir le Seigneur, il y en a d’autres qui tiennent à répondre à leur vocation. Ces derniers ont de bonnes motivations et ne sont pas nombreux. Ceux qui disposent de la bonne motivation tournent autour de 30%. Les 70%  qui restent servent l’Eternel Dieu en cherchant leurs propres intérêts ou qui sont obsédés par l’accession au leadership. C’est ce qui justifie des problèmes surtout dans de petites églises. Ils fleurissent en promettant monts et merveilles sur Terre ou au Ciel, en s’enrichissant. La loi apporte des précisions sur la formation des confessions religieusesEn évoquant la loi de 2014 qui n’empêche pas que les églises soient agréées, elle donne cependant des limites. Il y a beaucoup d’églises  qui remplissent les conditions. Mais parmi les églises naissantes qui travaillaient illégalement, il y en a qui ont eu l’occasion d’œuvrer sans qu’elles ne soient inquiétées. Pour lui, il y a un petit problème au niveau de l’administration à la base. Comme le ministre de l’Intérieur, de la formation patriotique et du développement local, Pascal Barandagiye, l’avait dit dernièrement, il faut que l’administration à la base demande à l’église de son ressort de fournir les documents nécessaires. C’est pour cette raison qu’il y a certaines églises qui travaillent dans l’illégalité. L’article 35 alinéa 4 de la loi portant cadre organique des confessions religieuses dispose que la distance d’au moins un kilomètre  entre deux confessions religieuses distinctes est exigée en milieu rural et au moins cinq cents mètres en milieu urbain. Or, peu d’églises respectent cette disposition. 

Charles Nduwumukama nuance

Il a nuancé en disant qu’il y a  des églises qui avaient déjà été implantées avant la loi de 2014. Celles-ci ne sont pas concernées, eu égard à la rétroactivité de la loi. Maintenant, la loi exige que cette distance soit respectée. Il évoque l’article 36 de la même loi qui dispose que « les célébrations et les séances de prières animées par les confessions religieuses doivent respecter l’environnement et l’ordre public ». Ce qui n’est pas le cas dans certains quartiers de la municipalité de Bujumbura et ses environs où l’on assiste à des tapages nocturnes. Il a fait remarquer que lorsque cet organe de régulation reçoit une correspondance d’une église qui ne répond pas à la distance autorisée par l’Etat, l’organe réagit. La difficulté que celui-ci éprouve est qu’elle ne reçoit pas de plaintes. Toutefois, trois plaintes de ce genre ont été déjà déposées devant cet organe et cette dernière a réagi positivement. Cet organe a même un droit de regard sur la gestion de l’église. Une confession religieuse qui travaille mal, qui cause de l’insécurité ou qui a dénigré la loi burundaise, l’organe propose sa fermeture et la suspension de ses responsables. Il a précisé qu’après les conflits des terres au Burundi, ceux des églises viennent en deuxième position dans les juridictions. Il y a des conflits internes qui ne sont pas mis à la portée du public qui prouvent que certaines églises sont malades, sinon mal organisées. L’apôtre ajoute même qu’elles vont jusqu’aux fausses prophéties.  Il a donné l’exemple des vols organisés sur  base des Saintes  écritures, soient coraniques ou bibliques. La sorcellerie n’est pas non plus exclue. D’après lui, si les cas à traiter dépassent les compétences de l’organe, on fait recourts aux instances habilitées, particulièrement, la justice. Il fallait qu’avec le  début de 2019 il n’y ait plus d’églises  construites en roseaux. Il se demande pourquoi l’allure tendant à pousser les promoteurs vers la création d’autres églises ne pourrait les conduire dans celles déjà existantes. Les églises agréées oscillent autour de six cents. Il n’a pas manqué de faire remarquer que l’organe sous sa responsabilité détient plus de deux cents dossiers en attente pour être traités. Et si les églises ne sont pas bien contrôlées elles pourraient être source d’insécurité physique ou liée aux bonnes mœurs. 

Des exemples révélateurs

Il a donné un exemple d’un serviteur de Dieu qui répudie son épouse ou l’abandonne pour se marier à une autre. Cela n’est pas digne d’un homme de Dieu. Ce qui porte atteinte aux bonnes mœurs burundaises. Il y en a même qui font des cellules de prières dans une maison ou au sein même d’une église. Ces prières sont copiées de l’extérieur. En RDC, il  y a une nouvelle façon de prier où on fait passer quelqu’un qui veut être leur fidèle dans l’entraînement appelé « Tawa». On le forme à ce que celui-ci prie deux ou trois mois étant les yeux bandés. On leur demande de dormir d’un seul côté sans bouger dans l’objectif de le confirmer comme une véritable personne qui prie pour les personnes dépossédées. Les groupes cibles sont des jeunes garçons et filles avec comme toutes les conséquences y afférentes allant même aux grossesses. Dans ses propositions, il a dit que le Gouvernement a déjà donné une ligne de conduite, en l’occurrence, la loi de 2014 portant cadre organique des confessions religieuses au Burundi. Même si cette loi n’est pas encore révisée, les administratifs à la base doivent en faire un suivi régulier pour décourager de mauvaises pratiques. Celui qui n’accomplirait pas sa mission correctement devrait tomber sous le coup de la loi.      

Le porte-parole adjoint du ministère de la Justice s’exprime

DSC09903Le porte-parole adjoint du ministère de la Justice, de la protection civile et garde des sceaux, Eliançon Bigirimana a, quant à lui, laissé entendre qu’il est difficile de connaître les églises en conformité avec la loi ou qui la violent. Mais en cas de plainte, la justice peut être saisie par toute personne lésée. Et celle-ci y réserve une suite favorable ou non. Il a signalé le cas de l’Eglise Adventiste qui porte sur un représentant légal qui est toujours sous les verrous à la Prison centrale de Mpimba. Il serait accusé de détournement des fonds de ladite Eglise. Et d’indiquer que la justice pourra se prononcer après les enquêtes. Quand on sait que toute plainte doit être reçue et entendue par la justice. S’il advient qu’une Eglise est source de tapages nocturnes, la justice peut tenter de trouver une issue ; c’est- à –dire faire revenir l’Eglise à la raison pour qu’elle puisse travailler conformément à la loi.Il a en définitive noté que la justice travaille sur base des plaintes qui pourraient être rejetées si les preuves ne sont fondées ou dans le cas contraire, rendre le verdict.  

Des révélations du pasteur de  l’Eglise « Rhema church »

Le représentant légal et pasteur de l’Eglise « Rhema church » sise à Kamenge,  Athanase Hakizimana, a pour sa part, abondé dans presque le même sens que l’apôtre Charles Nduwumukama.  Selon lui, la prolifération des Eglises ne justifie pas la consolidation de l’évangile, d’autant plus qu’il existe des Eglises qui n’en ont pas la vocation. C’est là que l’on trouve des conflits d’intérêts et du leadership. Il a fait savoir que le phénomène de la prolifération des Eglises au Burundi le préoccupe à cause de ces conflits inhérents à l’activité pastorale. Il a déploré qu’une  église serve à d’autres activités autres que les cultes. Il a cité des confessions religieuses qui sont à la fois des églises et des salles de réception, sinon les salles de classe. On remarque ainsi l’escroquerie spirituelle dans la mesure où les fidèles payent cher de l’eau minérale qui, au lieu de coûter mille cinq cents de nos francs, ils exigent dix mille la bouteille d’un litre et demie.  L’attitude de telles églises entache la crédibilité religieuse. Il a donné comme exemple des églises où pour se confesser, leurs responsables demandent aux fidèles d’oindre leurs organes génitaux d’huile. Ils prétendent bénir cette eau pour guérir les maladies dont leurs fidèles souffrent. Toujours dans le sens de l’escroquerie spirituelle, il a donné un exemple d’une femme qui a offert un million cinq cent mille à son pasteur pour montrer son alliance poussée avec Dieu à l’instar d’Isaac, fils d’Abraham. Son souhait serait que l’Etat puisse s’impliquer davantage dans les activités des églises qui perturbent non seulement l’ordre public mais également désorientent le sens de l’Evangile. Le pasteur Hakizimana a fustigé l’horaire des prières de certaines églises qui empêchent les gens de vaquer normalement à leurs activités professionnelles ou lucratives pour la survie de leurs familles respectives. Il a dit qu’il est écrit dans la Bible que celui qui ne travaille pas ne mange pas.Les populations voisines de certaines églises se sont exprimées sur ce phénomène. La plupart des populations environnantes déplorent des propos sarcastiques de quelques pasteurs contre d’autres églises. M.T., cet interlocuteur invétéré dans le domaine religieux estime que la prolifération des églises dites « de réveil »,  dans la municipalité de Bujumbura pourrait  soulever deux problèmes. Celui de l’objet des religions et de leurs destinées pour le Burundi. On en doutera, toutes les religions traditionnelles ont atteint leurs objectifs et sont par conséquent inadaptées pour le monde sans frontière. Tribales et régionales et répondant à des préoccupations précises; elles ne le sont plus pour un monde unique et mondialisé, donc interpénétré.                                        

Leurs destinées pour le Burundi 

Aucune d’elles ne répond aux préoccupations du Burundi : la vie après la colonisation. Aussi, ce vide qui est rempli par les escrocs de tous bords au regard de la déliquescence économique et sociale et de l’absence de rêve burundais, tous les enjeux pourraient être permis.  M.T. poursuit en disant que la spiritualité Burundaise n’est pas pour autant complexe. Le Burundais, est pragmatique. Aussi, l’idéalisme Proche et Moyen-oriental ne le convient plus. Il croît, mais il veut l’action et son résultat. On ne s’est jamais posé souvent la question de savoir  pourquoi le diable rentre plus et mieux dans le domaine religieux et y tire mieux profit que le religieux ne s’infiltre dans celui du diable pour y remporter des victoires. Assurer la paix des cœurs et la tranquillité des esprits préoccupe plus d’un Burundais vu les crises que le pays a traversées.  Les gens croient que la solution viendra donc de Dieu à travers les prières, sans savoir que celles-ci sont parfois biaisées au profit des promoteurs des églises. Pourtant Dieu,  a donné l’opportunité à l’humanité à travers l’intelligence de bien discerner.  Les gens ne devraient pas espérer  résoudre divinement leurs problèmes de vie par des Hommes d’églises de tout vent. B.N., un autre interlocuteur parle des  ministères religieux qui prennent  d’assaut les coins et les  recoins du pays à la recherche des âmes à délivrer. Dans nombre de quartiers de la municipalité de Bujumbura, c’est l’effervescence tous les dimanches. Entre 9h et 13h, les instruments musicaux agrémentent l’ambiance dans la plupart des églises. Elles sont mêmes de dénominations diverses.Notre intervenant P. K. pense que des conflits internes liés au leadership et à la gestion opaque des offrandes  seraient parmi les causes de la prolifération des églises non seulement au Burundi, mais également à travers tout le continent africain. Et d’ajouter qu’il suffit qu’un responsable d’une église se tiraille avec son adjoint pour qu’il y ait résignation de l’un d’eux. La partie qui décide d’abandonner ne tarde pas à penser à fonder sa propre église. Pour cet interlocuteur, il s’interroge s’il s’agit d’une « église ou tout simplement d’une « secte religieuse». Il fait ainsi allusion à la séparation entre les deux hommes qui étaient issus d’une même église. Pour lui, c’est l’église qui est scindée en deux, étant donné que certains fidèles restent dans la première confession religieuse et les autres partent avec le déserteur ou le démissionnaire. Il souligne que cela pourrait enfreindre à l’article 26 de la loi sur les confessions religieuses. L’article stipule que « Le groupe de membres fondateurs d’une confession religieuse indépendante doit comprendre au minimum trois cents membres qui sont des résidents permanents au Burundi. Il est de cinq cents pour une confession religieuse étrangère qui cherche à s’implanter au Burundi. Cette condition n’est pas remplie pour certaines églises qui semblent parfois être constituées des membres de leurs familles respectives.  

MASTA SHABANI, MARTIN KARABAGEGA

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