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Dossier > Importances des clubs culturels dans la promotion de la musique

Ils développent de nouvelles musiques aux véritables souches burundaises

 

DSC 1012Promouvoir une  musique donnée, c’est avant tout la connaître et la travailler avec exactitude, puis savoir la sauvegarder dans son identité et dans son contexte culturel précis et, enfin, travailler sérieusement en vue de la transmettre correctement comme patrimoine d’une société donnée qui s’y reconnaît. Cet objectif est en train d’être atteint par nos clubs culturels, d’après Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega. 

 

Le club culturel Ihunja est l’un des clubs qui compte trois cents membres provenant des différents coins du pays. Ihunja signifie la façon dont on fait tourner la tête quand on est en train de danser. « On a voulu imiter les danseurs Intore car ils étaient les guerriers du roi. Ainsi, nous avons voulu être nous aussi les guerriers de la culture burundaise », a dit Athanase Bizindavyi, président du club culturel Ihunja.

L’inspiration provient de la source

Ce club culturel agrémente souvent les festivités de mariage. Chaque région est spécialisée dans telle ou telle danse, c’est pour cette raison que le club Ihunja va à la source en rendant visite aux personnes qui s’y connaissent le mieux.Nous visitons les gens des régions de Buyogoma, Cankuzo et Ruyigi pour améliorer la danse  Umutsibo. C’est un travail qui n’est pas facile mais, il s’agit d’un devoir à faire ».D’après Athanase Bizindavyi, la jeunesse burundaise ne s’intéressait pas auparavant aux danses traditionnelles, Elle s’adonnait surtout à la danse moderne. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui car, a-t-il souligné, les jeunes adhèrent en grand nombre dans  différents clubs culturels. Quant au public, il vient nombreux assister aux différents spectacles organisés, et c’est un sentiment de satisfaction du côté dudit club culturel. M.Bizindavyi invite les parents à montrer à leurs enfants l’importance de la culture dans notre société.Durant les sept ans de l’existence du club culturel Ihunja, les membres de ce club y ont gagné beaucoup de choses. Pour Athanase Bizindavyi, les jeunes de ce club ont appris différentes danses traditionnelles. Du point de vue social, il y a l’entraide mutuelle ; de petites associations de vingt-cinq personnes ont été formées ce qui leur permet de subvenir à leurs besoins en cas de nécessité.Pour le directeur de l’Institut de musicologie de Gitega Mgr Justin Baransananikiye, les clubs culturels ont un rôle à jouer dans la promotion de la musique. «  Nous tenons d’abord à féliciter les nombreux clubs culturels burundais pour l’engagement courageux et combien constructif qu’ils ont déjà pris dans ce sens depuis quelques décennies. Bien sûr, ces clubs fondent tout leur travail sur la musique avant tout. Et la danse ne fait que suivre les rythmiques des chants pratiqués et développés . Quand j’assiste à une exhibition de leurs chants et danses traditionnels lors de cérémonies de mariage et autres, je dois dire franchement que cela me donne encore plus de fierté d’être Burundais, a-t-il poursuivi

Une renaissance culturelle et morale vitale

Mgr Barakamfitiye également indiqué que le premier grand avantage qui est là, c’est justement cette multiplication même de ces clubs, réalité indéniable qu’il observe sous trois angles : d’abord, comme signe évident que la jeunesse burundaise reconnaît enfin et revient aimer ses propres valeurs culturelles. Ensuite, comme signe que cette même jeunesse désire ardemment sauvegarder cet héritage culturel qui allait lui échapper suite aux vents combien puissants de l’acculturation qui menacent surtout de nombreux pays africains. Troisièmement, comme symbole du grand espoir que notre jeunesse place dans l’avenir glorieux de nos arts lyriques et chorégraphiques qui doivent, et pourquoi pas, s’imposer et conquérir un jour le monde sous la bannière : « Petit poisson deviendra grand pourvu que Dieu lui prête vie » (Jean de la Fontaine).Il y a non seulement de la saveur, mais surtout une renaissance culturelle et morale vitale que nous y rebuvons tous en tant que Burundais. En effet, a expliqué notre interlocuteur, voir monter une nouvelle génération d’artistes puisant dans notre patrimoine musical original, s’en inspirant pour composer et développer de nouvelles musiques aux véritables souches burundaises, cherchant à fouiller dans les profondeurs de l’art lyrique, poétique et chorégraphique de nos ancêtres afin de chanter comme eux, danser comme eux, parler le kirundi correct comme eux, rêver et soupirer comme eux, ne sont-ils pas là à la fois une saveur retrouvée grâce à la reconquête des composantes de nos plus beaux héritages, de notre histoire oubliée et surtout l’esprit commun qui nous unit en tant que Burundais ?, s’interroge Mgr Baransananikiye. Tout cela vient rebâtir une place de choix à notre musique traditionnelle et à son appropriation par les générations montantes qui l’ignoraient et la sous-estimaient encore. Plus d’un nous disent aujourd’hui qu’ils sont plus que soulagés et satisfaits par l’écoute quotidienne des chansons des clubs culturels qui les protègent d’entendre jour et nuit leur langue bafouée par des chanteurs burundais modernes coupés de leur propre culture.

Bâtir un avenir culturel professionnel

Ce sentiment de création des clubs culturels a été cultivé et renforcé par divers programmes culturels que les jeunes suivent, soit à la télévision ou à travers d’autres canaux de communication, où ils voient comment des artistes d’autres pays valorisent et exploitent leurs propres chants et danses. « Et je n’ai aucun doute que nos jeunes se soient finalement posés un jour la question : pourquoi pas nous aussi au Burundi ? » Les jeunes qui sont toujours en quête d’innovations à conquérir redécouvrent comme dans un rêve que dans leur propre patrimoine culturel, il y a de quoi les aider à bâtir un avenir culturel professionnel qui pourrait aussi résoudre certaines préoccupations, notamment celle du chômage après les études. Les clubs culturels professionnels peuvent constituer des activités génératrices de revenus. Et plus les jeunes comprennent cette réalité, plus il y aura création de nouveaux clubs.
Les chants traditionnels pratiqués par les clubs culturels ont des lois et des principes traditionnels qui les régissent aussi, et que « nos recherches en ethnomusicologie doivent éclaircir et porter à la connaissance des artistes membres des clubs culturels. Ces derniers, on le sait bien, ont  beaucoup fait dans le respect d’une part, des accents lyriques des « Imvyino » chantés, et des pas de danses exécutés ». Bien sûr, la modernisation vient également avec ses lois musicales/chorégraphiques auxquelles les artistes doivent se conformer s’ils veulent produire des spectacles de qualité à exporter sur les podiums internationaux, a-t-il précisé. 

Ce qu’il faut améliorer

Mgr Baransananikiye suggère d’avoir pour chaque club culturel, à la fois des artistes traditionnels bruts recrutés sur les collines et des artistes modernes formés en musique et en chorégraphie travaillant ensemble. Les artistes-encadreurs formés en musique aideraient notamment à transcrire les chansons et les rythmes sur des partitions musicales, à travailler leur harmonie si nécessaire, à veiller au respect de la mesure, etc. Aussi, cela éviterait certaines erreurs de déformation des mélodies traditionnelles dont la musique serait alors soigneusement gardée et enseignée de la même manière aux quatre coins du pays.Et quels que soient le degré ou le niveau d’expertise des chorégraphes instructeurs de ces clubs, un retour aux sources de nos danses s’impose afin de réapprendre avec exactitude les règles et techniques naturelles traditionnelles de la chorégraphie burundaise. Ces artistes-formateurs aideraient à appliquer correctement au sein des clubs de danses,  les principes de la chorégraphie moderne, en veillant à la sauvegarde de la valeur originale devant identifier nos danses. Il encourage beaucoup nos clubs culturels à se professionnaliser, car ils ont des riches valeurs à développer et à offrir au monde. Aux amateurs de leurs spectacles, Justin Baransananikiye demande un soutien plus consistant et toujours présent à cette jeunesse pleine d’un feu qui voudrait porter au loin les couleurs de notre âme.                                                                                      Yvette Irambona

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