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PROVINCES DE RUTANA ET MAKAMBA > Campagne café 2017


Les caféiculteurs se réjouiraient des 500 FBu/kg leur octroyés

 

caf 1 Lors de nos reportages effectués dans les provinces de Rutana et de Makamba les 27 et 28 juin 2017, nous nous sommes entretenus avec les autorités provinciales locales ainsi que certains des acteurs dans le secteur du café sur la campagne café 2017. Les caféiculteurs constatent qu’ils gagneraient à bien entretenir leurs caféiers car il existe une plus -value.

 

 Dans le secteur du café, la province de Rutana relève de la Sogestal Kirimiro au moment où la province de Makamba relève de la Sogestal Mumirwa. Lors de notre passage à Rutana, le gouverneur de province, Bède Nyandwi, nous a indiqué que selon ses propres observations, il y aura une grande production de café par rapport à l’année dernière. La première paye à l’endroit des caféiculteurs avait déjà eu lieu à Rutana le 15 juin 2017. Les caféiculteurs ont reçu 500 FBu/kg de café cerise, prix fixé par le gouvernement du Burundi en commun accord avec ses partenaires comme Cnac, Arfic et Intercafé Burundi. Il en était de même à Makamba. Ce prix est appliqué sur tout le territoire burundais. Ce qui présente un plus, puisque les années passées le caféiculteur pouvait avoir seulement 400FBu/kg voire 320FBu/kg. Les gouverneurs de Makamba et de Rutana nous ont notamment indiqué que les caféiculteurs sont aujourd’hui contents car la paie s’est faite dans les délais et que de surcroît, le prix par kilo a été majoré par rapport aux années antérieures. La population est aussi contente puisqu’elle remarque une valeur ajoutée. En effet, avant, il y avait des commerçants véreux qui sillonnaient différentes collines et achetaient du café aux caféiculteurs à de vils prix (entre 200 et 250 FBu/kg) et surtout ils achetaient de petites quantités. Alors, avec un montant un peu consistant reçu en 2017 en une seule fois (pour 50, 80 ou 200 kg), le caféiculteur peut réaliser des projets assez substantiels. Telle a été aussi l’observation du gouverneur de Makamba. L’autre information reçue auprès du gouverneur de Rutana a été que le lundi 26 juin 2017, les véhicules de la Sogestal Kirimiro étaient venus ramasser 6 T de café à Rutana pour les présenter dans une compétition (Cup of excellency) qui se tenait à Ngozi dans le but d’identifier le café de bonne qualité produit cette année. Nous avons voulu savoir si cette compétition était connue à Makamba. Ni le gouverneur de Makamba ; ni le directeur de la DPAE Makamba, Anselme Sindayihebura ; ni le trésorier de la Fédération « Ineza y’ikawa » en même temps représentant des caféiculteurs de la province de Makamba, François Ndayirinde ; ni le chef de l’usine de dépulpage et de lavage de Buyezi, Aloys Tuyikeze n’étaient au courant de la compétition de Ngozi. Seulement, nous avons appris de la part de Tuyikeze et de Ndayirinde que lors des précédentes compétitions, le café de la Sogestal Mumirwa n’a jamais été bien apprécié. Selon le chef d’usine Tuyikeze, le café de Mumirwa serait taxé d’avoir un « goût de pomme de terre ». Ce goût serait dû notamment aux conditions climatiques qui ne sont pas toujours bonnes ainsi qu’à la qualité du sol. Toujours est-il que ce goût aurait été beaucoup plus amélioré cette année selon François Ndayirinde et cela aurait été dû à l’utilisation du NPK selon cette fois-ci Aloys Tuyikeze.
Nous avons voulu en savoir plus auprès de Françoise Ngozirazana, directrice générale de la Sogestal Mumirwa. Dans un entretien téléphonique que nous avons eu avec la directrice Ngozirazana le 5 juillet 2017, ils ont préféré travailler avec les usines de dépulpage des provinces du Nord et pas Makamba lors de la compétition Cup of excellency organisée à Ngozi le 26 juin 2017. La raison est que le degré d’acidité ne s’améliore pas dans la province de Makamba au moment où celui des provinces du Nord s’améliore d’année en année. Ce manque d’amélioration du degré d’acidité est dû au terroir, c’est-à-dire là où on cultive le café (le sol, le climat, …). Et ce n’est pas pour tout le Mumirwa puisque les régions du Mumirwa à haute altitude produisent du bon café. Et pour le moment, il n’y a pas de disposition particulière pour améliorer la qualité du café de Makamba. Pour ce qui est du « goût de pomme de terre », il y a déjà deux ans que la situation s’est améliorée. Cela était dû à la punaise (igifushi en kirundi) puisque le café n’était pas pulvérisé (« gupompa en kirundi »). En collaboration avec la Cnac et Intercafé-Burundi, la Sogestal Mumirwa a entrepris l’activité de pulvérisation du café si bien que le phénomène de « goût de pomme de terre » s’est réglé.
A titre d’information, la Cnac (Confédération nationale du café du Burundi) compte sept fédérations dont la Fédération « Ineza y’ikawa » qui comprend quant à elle les provinces de Makamba, Bururi et Rumonge.

Pas de fuite ni vers la Tanzanie ni vers la RD Congo

Selon les informations toujours recueillies auprès des gouverneurs des provinces visitées, tout le café est collecté par les centres de collecte ou les usines de dépulpage du café connus officiellement. Le gouverneur de Makamba nous a informé par exemple que sauf les déchets (ibitorwa en kirundi) toute la production du café à Makamba transite par les usines de dépulpage et de lavage du café. A Rutana, sauf dans la commune de Giharo qui achemine son café à Rutana, les autres communes de la province ont des centres de collectes du café cerise. Quant au gouverneur de Makamba, il nous a indiqué que les usines de dépulpage et de lavage du café se trouvent uniquement dans la commune Makamba. Et le chef de l’usine de dépulpage et de lavage du café de Buyezi (qui réceptionne, en plus du café apporté par des caféiculteurs des environs, le café en provenance des centres de collecte de Nyabigina, Nkojima et Kayogoro), Aloys Tuyikeze de nous préciser que ces usines de dépulpage et de lavage du café sont localisés à Kanyinya, Gitaba, Canda et Nyange, tous situés en commune Makamba.
En outre, selon les gouverneurs de Makamba et de Rutana, les caféiculteurs ont été suffisamment sensibilisés si bien qu’il n’y a pas de fuite du café vers les pays limitrophes comme la Tanzanie et la RD Congo. Ils sont aussi suffisamment conscientisés que quelqu’un qui se rendra coupable de fraude du café sera sévèrement puni conformément à la loi burundaise. Le gouverneur de Makamba ajoute que des comités mixtes de sécurité ont été mis en place sur les frontières afin de veiller au grain sur des fraudes éventuelles. Aussi, des numéros de téléphones de contact ont été donnés à la population pour avertir qui de droit en cas de tout soupçon.

Il y a quelques temps, la culture du café était délaissée

Les gouverneurs de Rutana et de Makamba, nous ont également indiqué que dans un passé récent, on a remarqué que les caféiculteurs avaient délaissé la culture du café, le coût de l’entretien et les efforts consentis étant de loin supérieurs à l’argent obtenu de la vente du café. Ils n’y trouvaient donc pas beaucoup d’intérêt au regard des dividendes qui ne correspondaient pas au travail et à l’énergie fournis dans l’entretien des caféiers. On trouvait alors du haricot, de la colocase, du petit pois et bien d’autres cultures vivrières dans les plantations de café. Avec les 500 FBu/kg donnés aux caféiculteurs, ces derniers et le reste de la population réalisent que celui qui a bien entretenu son caféier aura une plus -value en termes de revenus.
A Rutana, le gouverneur de province, en collaboration avec les responsables locaux de la DPAE (Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage) ont déjà entrepris des descentes et des réunions de sensibilisation sur l’importance du café à l’endroit de la population afin que cette dernière puisse bien entretenir les plantations de café. Lors de nombreuses réunions que le gouverneur de Rutana a déjà tenues à l’intention de la population de Rutana, Musongati et Mpinga-Kayove qui produisent par ailleurs beaucoup de café à Rutana, il leur a indiqué que le gouvernement burundais s’emploie à redonner la place qu’il faut au café burundais. Bien plus, la Banque mondiale a déjà accordé des fonds pour que les caféiculteurs des provinces de Ngozi, Kayanza, Kirundo, Karuzi et Muyinga aient assez d’argent pour bien entretenir les caféiers. Ainsi, le café burundais pourra de nouveau occuper les premières places à travers le monde en termes de qualité et de quantité. Lors de notre passage à Rutana, les administratifs territoriaux locaux et les responsables de la DPAE envisageaient des descentes dans les fins fonds de la province afin de sensibiliser et d’encourager la population pour qu’elle puisse de nouveau accorder la place et l’importance qu’il faut à la culture du café.
A Makamba, pour redonner l’importance qu’il faut au café, le gouverneur Gad Niyukuri nous a indiqué que parmi les pépinières qu’on va préparer lors des camps de travail des élèves en vacances d’été de 2017, il y aura beaucoup de plans de caféiers. Aussi, à Makamba, on débroussaille régulièrement les alentours des caféiers. Ce qui limite fortement les feux de brousse qui se déclaraient et qui faisaient partir en fumée certaines plantations de café. Ainsi, les herbes coupées servent plutôt de paillage de ces mêmes plantations de café.

Des filles, des femmes et des jeunes y tirent quelques revenus

 

aaaqksksdidf A Rutana, nous avons pu visiter la Coopérative Twubakane qui s’est construit un centre de collecte et de lavage du café. La coopérative aide en outre la population locale dans la conservation des semences et l’assiste dans les soins de santé. Ce centre qui s’appelle Centre de Nemba est localisé sur la colline Rushemeza, sous-colline Nemba, zone Rutana. Selon Alexis Majambere, président de la Coopérative qui était en réunion lors de notre passage avec Samuel Ndayikunda, gérant de la Coopérative, Gervais Nsabimana, président du comité de surveillance de la Coopérative et Boniface Habonayo, membre du comité de surveillance, la coopérative compte 2 700 membres et regroupe des associations de la commune Bukemba, zone Butare, colline Ruranga ; celles de la commune Gitanga et de la commune Rutana. Les centres de collecte du café de ces trois communes (ils sont quatre au total) acheminent leurs cafés au centre de Nemba. La réunion avait comme objectif principal de se répartir les fonds afin qu’on puisse payer les caféiculteurs des trois communes. Le compte du Centre de Nemba est logé à la BCB et les caféiculteurs de Nemba allaient avoir leur argent le mercredi 28 juin 2017.
Selon toujours Alexis Majambere, les fruits des caféiers sont parvenus tardivement à maturité dans la province de Rutana si bien que la collecte n’a débuté que le 2 mai 2017. Lors de notre passage, la collecte se poursuivait au centre de Nemba, membre de la Cococa (Confédération des coopératives des caféiculteurs du Burundi); le centre avait 350 T de café cerise (le grain se trouve encore dans une enveloppe charnue) et 46,200 T de café parche A1 (après lavage). Pendant la campagne café 2017, le centre de Nemba emploie 37 saisonniers dont 15 femmes (12 jeunes filles et 3 femmes) et 22 hommes. Ces saisonniers se classent en deux catégories dont une qui perçoit 60 000 FBu/mois (les ouvriers simples) et une autre
80 000 FBu/mois (les chefs ou « abakapita» en kirundi). Les saisonniers trouvés sur place, nous ont dit qu’ils étaient contents de cette rémunération qui leur permette de se pourvoir en d’autres besoins. Selon le bénéfice réalisé, le centre accorde une bonification aux caféiculteurs. Ainsi par exemple, en 2016, le prix officiel était de 400FBu/kg donné aux caféiculteurs et le centre leur a ajouté 20 FBu/kg. Le centre a aussi accordé 50FBu/kg aux différents centres de collecte de café pour qu’ils puissent payer les frais de transport, l’eau utilisée, le matériel utilisé (les sacs et les balances par exemple), les sentinelles, ...
A Makamba, nous avons visité l’usine de dépulpage et de lavage de Buyezi où la collecte se poursuivait également. Lors de notre passage, le chef de l’usine, Aloys Tuyikeze, nous a informé que jusqu’au 24 juin 2017, l’usine avait déjà collecté 424 985 kg de café apporté par tête et par les caféiculteurs. A la même date, trois centres de collecte (Nyabigina, Nkojima et Kayogoro) avaient déjà acheminé à l’usine 102 181 kg de café. En 2016, l’usine avait payé 400 FBu/kg aux caféiculteurs et 100 FBu/kg aux centres de collecte. En 2017, comme dans les autres régions du Burundi, le prix est de 500 FBu/kg/caféiculteur. C’est la Sogestal Mumirwa qui se charge alors de payer les commerçants qui participent au transport du café des différents centres de collecte jusqu’à l’usine de dépulpage et de lavage ainsi que les centres de collecte.
L’usine emploie quatre permanents, à savoir le chef d’usine ainsi que trois manœuvres spécialisés (le chargé du séchage du café ; le chargé du lavage du café ; le chargé du dépulpage du café). Les saisonniers été au nombre de 111 dont essentiellement de jeunes enfants. Les personnes adultes ne sont pas intéressées par le travail car les conditions de travail ne les y encouragent pas. En effet, chaque saisonnier ne reçoit que 1 200 FBu par jour. Et cela ne date que de mai 2017 puisqu’avant, ils recevaient seulement 1 000 FBu par jour tel que cela a été fixé par la direction générale de la Sogestal Mumirwa, en collaboration avec le conseil d’administration. Ce qui n’est pas sans affecter la qualité des prestations puisque ces enfants se fatiguent très vite et perdent beaucoup de temps à jouer ou à bavarder. Toujours est-il que l’usine n’emploie pas de saisonniers écoliers ou élèves puisque ces derniers doivent prioritairement être à l’école.


Gilbert Ntahorwamiye
Departement de la Documentation

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