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DOSSIER> Les jeunes et la culture du tambour

Ils créent leurs groupes mais une certaine réglementation s’avère nécessaire

 

DSC 0001Les tambours du Burundi sont un spectacle fascinant par son rythme qui prend aux entrailles et par la rigueur de sa cadence. L’art des tambourinaires, c’est avant tout le lien quasi mystique qui unit le pays tout entier à ses tambours sacrés, le mot «ingoma» signifie à la fois tambour et royaume. Selon Léonard Sinzinkayo, directeur général de la Culture et des arts, les tambourinaires du Burundi font beaucoup d’efforts car ce sont des jeunes qui s’organisent et créent leurs groupes. Mais en vue d’assurer la protection du tambour, une certaine réglementation doit être mise en place.

Les tambours du Burundi sont un spectacle fascinant par son rythme qui prend aux entrailles et par la rigueur de sa cadence. Drapés dans des pièces de tissus aux couleurs nationales (rouge, vert, blanc) qui remplacent les vêtements en écorces de ficus que portaient jadis les Burundais, le front ceint d’un diadème de perles de verre multicolores et un pendentif (Ikirezi) un coquillage colportédepuis l’Océan indien qui orne la poitrine, les tambourinaires font leur entrée battant les tambours portés sur leur tête.
Dès cette entrée, une formidable dynamique se met tout de suite en place et ne cessera qu’à la fin du spectacle. L’art des tambourinaires du Burundi, c’est avant tout le lien quasi mystique qui unit le pays tout entier à ses tambours sacrés, le mot «ingoma» signifie à la fois tambour et royaume.
L’orchestre comporte en général une vingtaine de tambours déposés en arc de cercle autour d’un tambour central « inkiranya ». A gauche par rapport aux spectateurs, les tambours « amashako » battent le rythme « continuo », à droite, les tambours « ibishikizo » suivent la cadence donnée par le tambour central. Le soliste placé au tambour « inkiranya » lance un appel en direction de ses partenaires. Tous répondent par une acclamation unanime, puis sous la direction du tambour central, la batterie se déchaîne en un rythme d’ouverture.
Partant du tambour « ibishikizo » qui ferme l’arc de cercle, les tambourinaires vont se succéder au tambour central. Chacun y battra son rythme propre que reprendront les tambours « ibishikizo », tandis que le soliste se livre tout entier à la danse.
A ces danses d’allure martiale, succèdent souvent des bonds prodigieux, des séquences où domine l’humour et l’esprit satirique populaire : pirouette, marche sur les mains, démarche caricaturale, clin d’œil complice à l’adresse des spectateurs, le danseur utilisant ses baguettes (imirisho) comme des glaives, fait le geste de se trancher la gorge : signe de dévouement absolu au pays, à la nation : que je meurs si je trahis ! Souvent, ce sont des gestes de la vie quotidienne, ceux du travail des champs que magnifient le rythme et la grâce du danseur.
Saisi par le rythme du tambour dont les grondements paraissent monter du sol et envahir le corps, le public encourage, acclame le danseur, participe à ses prouesses, rit de ses facéties. Le tambour, qui était autrefois le centre des rites propitiatoires, garants des récoltes futures, accompagne maintenant des efforts de tout un peuple dans sa lutte pour le développement et sa joie de vivre.

La danse au tambour est une occasion de transmettre des messages

DSC 0728Abed Dunia, responsable du groupe « Komeza akaranga » composé des tambourinaires et des danseurs de Kamenge, a indiqué que ce groupe a été créé en 1982. A cet époque, le gouvernement a créé un ballet national et a pris la décision de promouvoir les tambourinaires et les autres danses traditionnelles dans tout le pays. Il a précisé qu’à cette époque, ils étaient souvent invités à battre et danser le tambour lors des différentes festivités nationales ou en cas d’un visiteur de marque.
Il a précisé qu’après la crise de 1993, ils ont pris une décision d’encadrer les jeunes, les mettre ensemble pour qu’ils ne soient pas distraits. Selon Dunia, les tambours burundais ont déjà atteint une étape satisfaisante. Ils ont été inscrits dans le patrimoine culturel de l’Unesco. C’est une satisfaction pour le pays et les tambourinaires. Et dans notre pays, il existe beaucoup de groupes de tambourinaires. Cette danse de tradition burundaise est exécutée par un groupe d’une dizaine d’artistes appelés «Abatimbo», qui signifie «danseurs du tambour».
De plus, cette danse est l’occasion de transmettre des messages constructifs. Elle contribue ainsi à la consolidation de la paix. C'est aussi un moyen de communication et d'information par lequel la population apprend qu'un événement est en train de se passer au niveau national.
Pour notre interlocuteur, cet instrument n’est pas considéré comme un simple instrument de musique. Il symbolise beaucoup de choses. Il symbolise le pays, le pouvoir et montre l’image du pays. Les étrangers apprécient beaucoup les tambours du Burundi.

Les tambours burundais constituent une richesse de grande valeur

« Les tambourinaires du Burundi se sont produits sur la scène internationale, invités lors des festivals internationaux ou par des pays amis pour participer à la célébration des fêtes nationales notamment dans les pays voisins. C’est ainsi qu’ils se sont produits au Rwanda, en RDC, en Tanzanie, en Ouganda, en Allemagne, en Chine, en Hollande, en Russie, etc. », a fait savoir M. Dunia. Il a rappelé que les tambours burundais constituent une richesse de grande valeur et une source de revenus pour le pays. D’où il faut les préserver à tout prix.

Les jeunes s’intéressent davantage au tambour

DSC 0737« Actuellement, les jeunes s’intéressent davantage au tambour. Mais l’encadrement des jeunes n’est pas du tout un travail facile. Ça demande beaucoup de moyens et d’intelligence », a dit M. Dunia.
Héti Nishimwe est un élève, il est entré dans ce groupe de tambourinaires en 2000. Pour lui, la danse au tambour est une vocation. Il a été motivé par ces amis qui étaient des tambourinaires dans ce même groupe. Selon lui, être tambourinaire ne peut pas l’empêcher de réussir en classe. Il doit certainement trouver du temps pour faire des répétitions et réviser les cours. Il a précisé qu’il a gagné beaucoup de choses. « A part la danse au tambour, on nous apprend beaucoup de choses dont la manière de se comporter dans la société. Alors qu’auparavent je passais mon temps en fréquentant des rassemblements non utiles », a dit M. Nishimwe. Il a fait savoir que danser au tambour est un sport qui permet d’être souple. Ça permet également aux tambourinaires de voyager, de s’autodévelopper et d’être en contact avec différentes personnalités. Le tambour permet d’être dans la culture burundaise. M. Nishimwe demande aux autres jeunes de contribuer au développement de leur pays car ce denier ne peut pas se développer en ignorant sa culture.

Le tambour, un des éléments fondamentaux du patrimoine culturel immatériel

Du côté du ministère en charge de la culture, Léonard Sinzinkayo, directeur général de la culture et des arts, a indiqué que le tambour est un des éléments fondamentaux du patrimoine culturel immatériel du Burundi. Pour cela, dans les initiatives qui devaient être prises dans le cadre de la protection et de la promotion de cet élément, il a fallu que « nous procédions à l’inscription du tambour sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité ».
Cette liste de l’Unesco est une façon de montrer à la face du monde que cet élément appartient non seulement au pays dépositaire mais qu’il appartient aussi à la communauté internationale. Pour M.Sinzinkayo, il s’agit d’une façon de donner du poids, valoriser l’élément sur le plan national et international. Le Burundi a fait inscrire le tambour sur cette liste le 26 novembre 2014 à l’Unesco à Paris. Son intérêt pour le pays est que cela donne une certaine visibilité tant nationale qu’internationale mais, aussi, cette inscription canalise un certain nombre d’atouts au niveau touristique. « Le tambour du Burundi était connu depuis longtemps, et par cette inscription, le monde entier a été obligé de connaître le Burundi. Cela signifie que les aspects touristiques qui peuvent en découler sont très nombreux, entre autres le développement durable du pays », a-t-il souligné. Quant aux tambourinaires, cette inscription leur permet de valoriser leur art parce que, dés lors le coût d’un spectacle de tambours est précisé, les artistes pourront valoriser leur patrimoine après cette inscription.

Transmission inter générationnelle des éléments

Après l’inscription, le ministère de tutelle a écrit un petit livret intitulé « Stratégie nationale de promotion du tambour », lequel document a été présenté au conseil des ministres et adopté. Ce document montre les aspects de protection du patrimoine et de promotion du tambour dans le sens général.
Ce ministère envisage de concevoir un programme d’enseignement de la danse du tambour et l’intégrer dans les programmes scolaires et même les programmes d’éducation physique. Au niveau de la transmission de l’éducation, l’Unesco recommande que les éléments inscrits ne perdent pas de valeur, et c’est pour cette raison que « nous devons nous focaliser sur la transmission inter-générationnelle des éléments », d’après Léonard Sinzinkayo.

DSC 0760Promouvoir le tambour de plusieurs manières

Concernant la promotion du tambour burundais, notre interlocuteur a fait savoir qu’elle sera envisagée de plusieurs manières, dont l’appui des administrations locales afin qu’elles fassent évoluer les groupes existants. Egalement, il y aura création d’un centre de rayonnement et d’attraction du tambour au sein de ce qu’on appelle « La maison de la culture ». Pour le directeur général de la culture et des arts, il s’agit d’un projet dudit ministère à travers lequel il y aura un service qui va s’occuper de la promotion des arts et des métiers artistiques.
Etant donné que les arbres à partir desquels on fabrique le tambour n’existent plus comme on en trouvait dans le temps, ledit ministère envisage également de replanter des arbres à partir desquels on fabrique le tambour. Au- delà de la valorisation des sanctuaires (Gishora, Bukirasazi, Makebuko, …), M.Sinzinkayo a indiqué qu’il faudra aussi replanter les essences végétales qui contribuent à la promotion du tambour, « c’est aussi une préoccupation du ministère ».

Une réglementation s’avère nécessaire

S’agissant de la protection du tambour, il va falloir mettre sur pied une certaine réglementation en vue de baliser le tambour car un certain nombre de défis s’observent. Pour M .Sinzinkayo, il y a des personnes qui pensent que le tambour peut se jouer n’importe comment ; qu’il suffit seulement de monter un groupe de tambourinaires dans un quartier. « Nous avons vu dernièrement des groupes de filles jouer le tambour et cela nous a étonné. Mais d’après la tradition, les filles ne sont pas autorisées à jouer du tambour », a-t-il déploré.
Tout cela demande des moyens, c’est pour cela que le directeur général de la culture et des arts appelle tous les partenaires de la culture de les appuyer dans cette dynamique car, a-t-il expliqué, cette dernière contribue à l’encadrement des jeunes à travers les métiers d’art. Pour leur ministère, la jeunesse est une priorité parce que 65% de la population sont aujourd’hui des jeunes. Ainsi, il faut trouver des créneaux pour les occuper. La question de l’emploi des jeunes reste une question essentielle, et une des façons de la résoudre est notamment de donner des moyens de travailler aux jeunes. Ces moyens peuvent se tourner du côté de la culture comme du côté des métiers traditionnels.

Travailler en synergie

Selon Léonard Sinzinkayo, les tambourinaires du Burundi font beaucoup d’efforts car ce sont des jeunes qui s’organisent et créent leurs groupes. Aussi, ils se débrouillent pour chercher leurs costumes, des tambours. « Ce sont des jeunes qu’il faudrait encourager. Dans notre vision, nous voudrions qu’il y ait sur chaque colline un groupe de tambourinaires mais il faut que les moyens suivent ». Il les encourage à travailler en synergie parce que l’union fait la force. Et à partir de ce moment, ils peuvent eux- mêmes prendre en charge un certain nombre de défis et promouvoir le tambour au niveau national.
Le ministère va travailler de manière qu’il puisse collaborer avec les services en charge du tourisme pour promouvoir un tourisme culturel endogène lié au tambour, et organiser des tournées, même commerciales, du tambour afin de générer les recettes pour le pays. La date du 26 novembre de chaque année est dédiée à la Journée culturelle du tambour et le gouvernement propose que cette date soit le couronnement de toutes les activités qui vont s’organiser dans la semaine.

Emelyne Iradukunda
Yvette Irambona

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