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Dossier> L’arbitrage féminin au Burundi

Une sensibilisation s’avère nécessaire pour augmenter le nombre d’arbitres femmes

 

Le sport féminin est une réalité au Burundi. Il se fait à tous les niveaux  que ce soit à la maison, à l’école, dans les clubs, dans les associations et fédérations sportives. Concernant l’arbitrage féminin dans notre pays, le nombre d’arbitres femmes est encore insuffisant. C’est pour cette raison qu’une sensibilisation s’avère nécessaire. 

 

L’arbitre-femme doit avoir une personnalité forte, être capable d’affronter des situations diverses au cours d’un match, un mental très élevé pour gérer tous les imprévus et une bonne condition physique pour garder une bonne concentration.L’arbitre-femme doit avoir une personnalité forte, être capable d’affronter des situations diverses au cours d’un match, un mental très élevé pour gérer tous les imprévus et une bonne condition physique pour garder une bonne concentration.Fidès Bangurambona est depuis la période scolaire passionnée par le sport,  notamment, le football. Elle a participé à l’école secondaire (Lycée Notre –Dame de Ruyigi) dans des tournois interscolaires féminins pendant trois ans. Arrivée à Bujumbura, elle était joueuse,  en 2012, de football dans l’équipe Nyakabiga FC de Bujumbura pendant une année. Elle a étudié  à l’Université du Burundi dans la faculté de l’Institut d’éducation physique et des sports.  C’est en 2014 qu’elle a commencé à faire l’arbitrage. Fidès Bangurambona est actuellement  une des cinq arbitres internationales burundaises Fifa dames.  Elle a déjà officié au niveau régional, différents matches éliminatoires comptant pour la Can 2016, la coupe du monde U20. 
 

La préparation physique est plus importante

Le futur arbitre doit subir des tests physiques et écrits avant d’être titularisé. « Il y a quelques fois des échecs mais, quand on se prépare, on réussit. La préparation physique est plus importante, du reste, l’arbitrage est facile». Mlle Bangurambona n’éprouve pas de difficultés à travailler avec des hommes. « Cela me permet d’évoluer, car je me prépare en suivant le rythme des garçons ». Pour elle, ce métier d’arbitrage est facile dans la mesure où elle a tout le temps de se préparer. L’arbitrage féminin se trouve encore à un niveau bas, car, a-t-elle souligné, nous n’avons pas beaucoup d’équipes féminines qui participent dans des tournois. En plus de cela, le tournoi du football féminin burundais dure un mois pendant toute l’année. C’est pour cette raison que l’arbitrage féminin n’est pas encore développé dans notre pays.    

La culture n’est plus un obstacle

La femme burundaise a, depuis longtemps, porté le poids des coutumes et des traditions ancestrales. C’est pourquoi son émancipation, à tous les niveaux, s’est faite tardivement, contrairement à son frère. D’après notre interlocutrice, les choses ont changé car la fille peut participer dans les différentes disciplines sportives surtout en football. Ainsi, étant très peu nombreuses et très sollicitées,  Fidès Bangurambona invite les filles burundaises à s’intéresser davantage à l’arbitrage féminin.Selon Mlle Bangurambona, il s’avère nécessaire que la Fédération de football du Burundi (FFB) organise beaucoup de rencontres au niveau du football féminin. Ornella Bukeyeneza est une jeune fille karatéka, ceinture verte qui, à côté de son sport préféré, a jugé bon de se lancer dans l’arbitrage. Elle est entrée dans le corps arbitral au mois d’avril 2017 mais elle a arbitré pour la première fois au mois de novembre 2017 et arbitre non pas comme juge A mais comme juge B. La rédaction du quotidien l’a interrogée sur sa manière d’assumer cette fonction. Elle a fait savoir que pour se lancer dans l’arbitrage, elle a pensé à son avenir dans le sport ; elle a pensé comment elle pourra continuer le karaté, pas comme compétitrice mais comme arbitre lorsqu’elle sera déjà à la retraite et voir comment aider les autres d’une manière ou d’une autre.Selon  Mme Bukeyeneza, pour bien exercer le métier d’arbitrage, il faut mettre du sérieux dans ce que tu veux faire ; il faut s’adapter au nouveau règlement qui tend à s’adapter au karaté olympique, étant donné que le karaté fait partie des jeux olympiques dans le règlement en vigueur. « Donc, avoir été karatéka et avoir suivi les formations suffisent pour bien exercer le métier d’arbitrage. Sinon lorsqu’ on n’a pas joué au karaté, on ne peut pas s’y aventurer » , indique-t-elle.

Marier le métier d’arbitrage avec les activités quotidiennes

Pour Mme Bukeyeneza , ce n’est pas très difficile de marier l’arbitrage avec les activités quotidiennes, même s’il arrive qu’elle ne soit pas disponible pour pouvoir arbitrer dans certaines compétitions car cela n’empêche qu’elle continue d’étudier le nouveau règlement et l’adapter là où elle est si elle n’est pas tout près des autres compétiteurs pour bien sûr, savoir ce qui se passe réellement sur le Tatami. « Mon travail quotidien n’est pas du tout stable mais j’essaie de faire de mon mieux pour continuer à étudier le règlement en rapport avec le karaté qui sort chaque année et je dirai que si on aime quelque chose, on a toujours le temps de le faire, on cherche tous les moyens possibles, on grignote ce petit moment qu’on a  pour vivre  sa passion », a dit Bukeyeneza.Vu que les femmes et les filles ne sont pas nombreuses dans l’arbitrage et dans le karaté en général, Mlle Bukeyeneza dit qu’elles essaient de nous adapter avec les hommes, car, dit-elle, même dans le corps arbitral de la Febuka, il n’y a que seulement deux filles mais sportivement, il ne nous est pas difficile de s’adapter parce que ce n’est pas du tout un milieu étrange pour nous.  « Si on fait les entraînements avec les hommes, c’est avec ceux-là que nous arbitrons pendant les championnats ou lors des compétitions. Donc, ça ne nous cause aucun problème, même si c’est un milieu plus grand que nous, l’esprit sportif nous permet de nous adapter au rythme des hommes» ,  a-t-elle ajouté.
 

« Nous n’avons pas eu beaucoup de difficultés »

Concernant les difficultés rencontrées dans l’exercice de son métier, Ornella Bukeyeneza a indiqué que la difficulté qu’elles ont connue  n’a été autre que celle des préjugés du public qui ne croyait pas que même les filles sont capables de quelque chose. « Comme le Prince Louis Rwagasore a dit qu’il faut juger quelqu’un à ses actes, le public a été très étonné de voir le travail accompli par les filles ou les femmes surtout en matière d’arbitrage. Nous avons été performantes et les gens nous ont vraiment appréciées. J’ai arbitré mon tout premier match au mois de novembre 2017 et mes collègues arbitres m’ont encouragée à continuer toujours d’aller de l’avant. On avait fait des recyclages ensemble avec les hommes et comme ça on s’adapte facilement».En ce qui est de l’effectif des femmes qui sont dans le domaine d’arbitrage, Mlle Bukeyeneza dit qu’il est encore très petit. « Les femmes sont très peu nombreuses. Mais avec le mouvement olympique qui dit qu’il faut avoir 50% femmes et 50% hommes en tout genre de compétitions, quelques fédérations fournissent des efforts pour encourager les jeunes filles et femmes dans l’arbitrage ou le coaching parce que, des fois, ces deux choses vont de pair. J’encouragerais alors ces braves  femmes qui veulent faire l’administration du sport du côté technique pour qu’elles continuent de renforcer leurs capacités.  Il y a des filles ou femmes qui ont été de bonnes compétitrices ou championnes  mais qui ont fini par abandonner parce qu’elles ont manqué un encadrement suffisant. Les entraîneurs et les autres personnes compétentes en matière de sport sont appelés à encourager ces filles et femmes pour qu’elles  continuent à détecter leurs talents tant techniques que physiques.  Il ne faut pas les oublier parce que, parmi elles, il y en a qui ont décroché beaucoup de médailles. Ce qui constitue un grand honneur pour le pays en général et pour elles-mêmes en particulier.Ornella Bukeyeneza interpelle les jeunes filles à aimer le sport, surtout les arts martiaux, car c’est un bon sport qui leur permettra d’effectuer des sorties et aller plus loin, surtout que le karaté vient d’être admis comme sport olympique. « Vous comprendrez que les filles qui  mettront beaucoup d’efforts dans le sport seront en train de   multiplier leur chances d’exceller.  Voilà maintenant que nous avons suffisamment des exemples à suivre en l’occurrence, Mme Lydia Nsekera avec le  Comité national olympique (CNO) et l’Association des comités nationaux olympiques  africains (Acnoa), nous avons Francine Niyonsaba qui est célèbre au 800 m sur le plan international, nous avons Diane Nukuri qui a excellé en course de fond  et bien d’autres. Toutes ces femmes peuvent nous servir de bons exemples à suivre au lieu de considérer le sport, surtout les arts martiaux, comme un sport des hommes seulement»

Le ministère en charge des sports  et les autres partenaires sont interpellés à aider davantage

Mlle Bukeyeneza n’a pas manqué d’interpeller le ministère de l’Education d’organiser des championnats interscolaires pour renforcer  le karaté ou les autres arts martiaux dans les écoles primaires pour bien sûr détecter les jeunes talents qui s’y cachent. Ornella Bukeyeneza apprécie la façon dont le ministère en charge des sports les aide, mais elle demande à ce dernier de redoubler d’efforts pour donner plus de chances aux filles surtout karatékas  pour qu’elles effectuent elles aussi des sorties. « Si, par hasard, on pouvait trouver une ou plusieurs places pour les filles, les autres seraient motivées». Elle remercie aussi le CNO qui ne cesse de promouvoir le sport féminin au Burundi.
 

Un nombre encore insuffisant

Selon Désiré Gahungu, chef du département de l’arbitrage au sein de la FFB, les critères pour être arbitre sont les mêmes chez les filles et les  garçons. La Fédération burundaise de football dispose de 25 filles-dames qui font l’arbitrage au niveau national. « Ce nombre est insuffisant et nous ne sommes pas satisfaits. C’est un problème qui existe car les filles viennent suivre des formations puis elles disparaissent et on ne sait pas pourquoi ». Pour M. Gahungu, l’une des causes de cet abandon est peut-être qu’on demande la condition physique, on les fait travailler physiquement, et de ce fait, elles constatent que le travail est dur puis elles s’en vont. Nous aimerions aller voir du côté des anciennes joueuses ou athlètes qui ont déjà commencé une activité sportive intense.
 

Sensibiliser les filles burundaises

Les arbitres dames dont la FFB dispose travaillent très bien. Nous sommes satisfaits de leurs prestations même au niveau international, a souligné notre interlocuteur. La FFB a des femmes qui sont sur la liste Fifa dont deux arbitres centraux (Suavis Iratunga). Cette arbitre-femme officie actuellement à la Can féminin U20 qui se passe au Ghana. L’autre arbitre central est Darlène Nduwayo de Ruyigi. Il y a également des assistantes comme Fidès Bangurambona, Alida Iradukunda et Arsella Uwizera.Désiré Gahungu a aussi précisé qu’une sensibilisation est nécessaire surtout au niveau des écoles. Les filles burundaises en général n’ont pas encore compris l’importance de l’arbitrage.       « Les filles faisant la Faculté d’éducation physique ont déjà une avance en conditions physiques, elles peuvent faire ce métier ». L’arbitrage est un métier bien rémunéré car un arbitre international gagne pour un seul match 1 150 dollars américains.           

Yvette Irambona ,Olivier Nishirimbere

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