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L’ART D’ECRIRE> Face au numérique

La version papier reste de mise

 

DSCO 3023Le numérique a beaucoup apporté dans le domaine du livre notamment en ce qui concerne son accès à moins cher. Toutefois, les éditeurs, les écrivains et les lecteurs restent attachés à la version papier pour des raisons diversifiées.  

 

Selon Joseph Butoyi, écrivain président de l’Association des écrivains du Burundi, le numérique est venu pour élargir le champ d’application du livre. « Ce qui était publié en version papier peut être publié en version électronique. Dans plusieurs pays, le numérique a fait quelque chose d’ajout dans la mesure où le numérique est moins cher. Par exemple, celui qui veut acheter un livre qui coûte 20 000 FBu, grâce au numérique, il peut facilement revenir à 5 000 ou 6 000 FBu, ce qui fait qu’on peut l’acheter sans difficulté», a-t-il dit. Il a souligné que cet avantage est remarquable dans les pays où l’internet est accessible à beaucoup de gens et qu’ils soient capables de se procurer des téléphones pouvant faciliter la lecture des livres électroniques qu’on appelle «e-book». « Ici chez nous, il n’y a pas une nette différence dans la mesure où la population qui a la facilité d’accès à ces téléphones où à ces versions électroniques est vraiment minime par rapport à la population qui aime la lecture», a-t-il souligné.

« Ce n’est pas la forme qui détermine l’amour de la lecture »

M. Butoyi a fait savoir que la population qui aime lire est limitée mais qu’il espère qu’une fois qu’une grande partie de la population pourra accéder à l’internet, le livre électronique sera plus accessible et la population burundaise va s’intéresser. Toutefois, il a mentionné que, le livre en version électronique ou en version papier n’est pas ce qui détermine l’amour de la lecture. «Ce n’est pas la forme qui détermine l’amour de la lecture. L’amour de la lecture, c’est une valeur qui se développe depuis l’enfance au niveau de l’école mais, il y a aussi le problème de choix des livres à lire. On dit souvent que les Burundais n’aiment pas lire mais, ils ne savent pas surtout comment choisir les livres intéressants. Le fait que les livres ne sont pas tellement présents sur le territoire vient aggraver la situation. A part quelques villes comme Bujumbura, Gitega, Ngozi, il y a presque une absence de livres», a-t-il dit.Selon notre interlocuteur, la version électronique ne va pas remplacer la version papier.  « La télévision n’a pas remplacé la radio.  C’est la même chose pour ces deux versions du livre, chacune des deux applications va garder sa place. On remarque à travers le monde, que la version papier garde toujours une place prépondérante. Les gens aiment feuilleter et une fois terminé, conserver dans leurs tiroirs ce livre qui a un auteur bien précis pour que même les enfants qui vont naître puissent voir le livre», a-t-il indiqué. Le président de l’Association des écrivains du Burundi a indiqué que le numérique ne peut pas résoudre le problème de manque de livres aussi longtemps qu’un nombre limité de Burundais a accès à l’internet. « Il faut que l’accès à l’internet soit maximisé sinon, il y aura toujours ce problème. Il ne faut pas rêver que dans un proche avenir, la version électronique du livre va remplacer la version papier. Il faut d’abord renforcer la présence du livre en version papier pour prétendre améliorer la version moderne», a-t-il dit.

Nos écrivains restent des traditionnalistes

Etant donné que la version électronique peut permettre aux écrivains d’atteindre quelques publics, Joseph Butoyi a indiqué qu’il est bénéfique de sensibiliser les écrivains burundais à produire aussi la version électronique mais que dans ce domaine, nos écrivains restent des traditionnalistes. «On a l’impression que celui qui s’est limité à la version électronique n’a même pas publié un livre. Quand on dit aux gens qu’on a publié un livre, ils vous demandent le livre. Mais en Europe, on vous demande dans quelle librairie peut-on trouver le livre. Il y a cette tendance traditionnelle de voir le livre dans ses mains ce qui fait que même quand un écrivain a publié la version électronique, il cherche à publier la version classique. C’est d’ailleurs sous cette forme que le livre peut être présenté publiquement, donc les lecteurs et les éditeurs trouvent que celui qui a publié est celui qui a la version papier», a-t-il dit.Concernant les gens qui prétendent être écrivains et qui se limitent à la publication sur internet, notre interlocuteur a indiqué qu’il ne suffit pas de se donner un nom. «Ce qui importe est qu’ils soient des écrivains effectivement. Pour être écrivain, il faut avoir publié un livre littéraire parce que les gens confondent souvent car, celui qui publie un texte d’analyse, un essai n’est pas généralement un écrivain. Il faut qu’il y ait de l’art. Tant qu’il n’y a pas de l’art dans ce qu’on écrit, on n’est pas écrivain. Pour être écrivain, il faut avoir publié une œuvre littéraire mais, il ne faut pas se décourager dans ce domaine, il n’y a pas de droit d’aînesse on peut devenir écrivain célèbre à soixante-dix ans», a-t-il expliqué.

«Nous devons donc recourir à la bonnevieille méthode»

Les jeunes écrivains ou lecteurs apprécient les avantages du numérique par rapport au livre. Selon I.N, une lectrice burundaise, le numérique est devenu un outil le plus facilement accessible pour plusieurs personnes. « L’internet n’est plus ce qu’il était il y a quelques années. Les personnes lisent plus sur la toile que dans les livres. Plusieurs plateformes sur lesquelles on peut télécharger un livre ont vu le jour. C’est une avancée spectaculaire. Cependant, dans un pays comme le nôtre nous n’en sommes pas encore là. Nous devons donc recourir à la bonne vieille méthode de livre physique», a-t-elle souligné. Elle a ajouté qu’une autre chose qui n’existait pas jadis à savoir les blogs, envahit le monde actuellement. « Ils deviennent les journaux intimes ou les recueils de poèmes, de proses inspirantes ou motivantes, des histoires vécues que des individus mettent en ligne pour être lus et peuvent influer sur la vie des autres», a-t-elle expliqué. Etant donné que le manque de livres pour les lecteurs et le manque de temps et de moyen pour les écrivains sont des défis dans le domaine du livre au Burundi, notre interlocutrice est d’avis que l’internet peut apporter des pistes de solution. « Pour la plupart des cas, avoir un livre dans les mains équivaut à un abonnement. Même quand on aime lire, le temps peut nous faire défaut tandis qu’on peut télécharger un livre quand et où on veut. Ainsi, le numérique est venu répondre à la simplification d’accessibilité avec la crainte cependant de voir ses compositions plagiées», a-t-elle dit.Selon Clarisse Kaneza, lauréate de la 2e édition du prix littéraire Rumuri, l’internet appui efficacement le travail des écrivains aux différents niveaux de la réalisation de leur rêve. Elle a expliqué qu’un écrivain fait recourt à l’internet pour s’inspirer en lisant les autres, pour voir si son sujet n’a pas été déjà traité, pour se faire connaître, etc. Elle a rejoint l’idée du président de l’association des écrivains en disant que le numérique vient minimiser le coût du livre tout en soulignant que cela peut avoir des conséquences sur l’achat du livre version papier. Elle a fait un clin d’œil aux jeunes de ne pas trop se fier à l’internet car, ils peuvent être victimes des cyber-attaques, du piratage ou du plagiat. «Ainsi, la version papier reste une meilleure forme pour un écrivain de publier un livre. Les écrits publiés sur internet peuvent être endommagés, donc la version électronique est trop vulnérable pour être privilégié à la version papier. Nous devons utiliser le numérique pour avancer avec le temps, se faire connaître au niveau international etc., mais il faut aussi se maintenir à la version papier car, un grand nombre de notre public n’a pas accès à l’internet», a conseillé Clarisse Kaneza.                           
Grâce-Divine Gahimbare

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