Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

8 mars 2018> Journée internationale de la femme

 

Une occasion de se rappeler ce qui peut la promouvoir

 

DSCI6190La journée internationale de la femme est venue pour réveiller les consciences de tout un chacun afin de se rappeler que les femmes sont les piliers de la société. Cette journée se célèbre le 8 mars de chaque année dans le monde entier. Au Burundi, elle va se dérouler dans la province de Kayanza, au stade de Gatwaro. Le thème national de l’année est : « Acteurs ruraux et urbains, ensemble, transformons la vie des femmes». 

 

Les femmes qui exercent les petits métiers disent être satisfaites du pas déjà franchi dans la promotion de la femme burundaise. Elles indiquent qu’avant, les femmes en général n’avaient droit à aucune source de revenu. Maintenant, une femme peuvent aller demander un emploi sans nécessairement demander au préalable l’autorisation à son mari. Les femmes peuve exercer les mêmes métiers que les hommes. « Auparavant, certains métiers étaient interdits aux femmes. Aujourd’hui, une femme peut aller sur un chantier pour aider les maçons dans la construction. Elle peut aussi suivre ce chantier comme ingénieure. Des femmes sont dans les rues pour entretenir la propreté, elles se trouvent dans les restaurants, dans les garages, etc.», ont-elles mentionné. Quant aux femmes vivant avec le handicap, elles affirment qu’une femme engagée peut réussir sa vie, quelle que soit sa condition de vie. L’une d’entre elles témoigne :  «Je suis originaire de la province de Bubanza. Quand j’étais encore enfant, je me suis retrouvée paralysée. Mes parents me cachaient chaque fois qu’ils recevaient des visiteurs. Un jour, une parenté m’a emmenée au centre de réadaptation. J’ai rencontré une femme qui avait le même handicap que moi. Elle m’a raconté qu’elle a entendu parler d’une association de femmes vivant avec le handicap. J’ai eu la chance d’adhérer à cette association. Dans cette dernière, nous avons mis les idées ensemble. Nous avons le même objectif : développer nos talents, chacune  dans ce qu’elle peut faire, selon le niveau de handicap », a-t-elle signalé.A l’occasion de la Journée internationale de la femme, la rédaction du quotidien Le Renouveau s’est entretenue avec les femmes qui font la propreté dans les rues en leur demandant si elles connaissent ladite journée. Elles ont répondu qu’elles voient que les femmes leaders sont mobilisées pour la célébrer. « Nous ne pouvons pas prétendre célébrer la Journée internationale de la femme vue la pauvreté dans laquelle nous vivons. Nous avons à peine ce que nous pouvons mettre sous la dent. Nous n’avons pas de moyens pour chercher ce que nous pouvons faire comme activité génératrice de revenu. Par conséquent, nous sommes toujours contraintes à dépendre de nos maris.  Parmi ces derniers, il y a ceux qui peuvent nous maltraiter en nous taxant de paresseuses ou de consommatrices seulement. Cela nous ronge parce que c’est à cause du manque de moyens que nous ne pouvons pas assez contribuer. Sinon, nous sommes capables de faire ce que les hommes font », ont-elles affirmé. C’est pour cette raison que, pour elles, la Journée internationale de la femme devrait être une occasion pour toutes les femmes de faire un examen de conscience pour voir ce qu’elles font afin de s’entraider mutuellement.Nos sources ont pour ce faire demandé à toutes les femmes en général, et à celles instruites en particulier, de profiter des postes qu’elles occupent pour plaider en faveur de la promotion de la femme: « Nous avons beaucoup de femmes qui occupent des postes de prise de décision. Mais nous constatons que les questions concernant les femmes ne sont pas bien traitées. Des fois, les femmes sont maltraitées quand elles essaient de chercher la vie en faisant du petit commerce. Ce qui est étonnant, nous ne voyons pas les femmes leaders qui se révoltent pour défendre les droits de ces femmes commerçantes », ont-elles ajouté. 

Se mettre ensemble, une des voies de sortie pour les femmes   

La présidente de l’Association des femmes vivant avec le handicap « Les vaillantes », Anne-Marie Nduwimana, a fait savoir que la Journée internationale de la femme est une occasion pour toutes les femmes de se mettre ensemble dans la joie en se rappelant ce qu’elles doivent faire pour se promouvoir. Quant aux femmes qui se lamentent que cette journée concerne seulement les femmes instruites, elle leur fait un clin d’œil en leur rappelant que chaque femme, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle vit, peut être contente de cette journée. « Je ne vois pas comment une femme normale, qui n’a aucun handicap physique ou moral, peut se plaindre en disant qu’elle n’a rien à faire faute de moyens. Même une femme qui a ce handicap peut se débrouiller en cherchant les activités à force. Mais tout dépend du niveau de handicap ».Mme Nduwimana a signalé que le premier handicap se trouve dans la tête. Si une femme croise les bras en criant toujours qu’elle manque de moyens pour se prendre en charge, elle peut rester avec ce handicap pendant des années. Pour ce faire, elle conseille à toutes les femmes de se mettre ensemble pour créer des associations ou groupements afin d’échanger sur ce qu’elles peuvent faire pour s’autonomiser. « Dans notre association, nous avons commencé avec peu de femmes vivant avec le handicap. Notre objectif était de sortir de la cachette et de travailler ensemble pour nous autonomiser. Et chacune a amené son talent selon le niveau de handicap. Maintenant, nous sommes satisfaites du pas déjà franchi. Nous sommes 48 membres. Chacune d’entre nous peut prendre en charge sa famille. Si cela est possible pour les femmes vivant avec le handicap, est-ce possible que cela soit difficile pour les femmes qui ne présentent aucun handicap ? », s’est-elle demandé. Mme Nduwayo encourage enfin toutes les femmes à continuer d’aller de l’avant en se mettant dans la tête que la balle est dans leur camp. Que leur autonomisation va dépendre de leur volonté, de leur savoir et de leur savoir-faire.

«Petit à petit, les femmes peuvent arriver à de grandes réalisations »

La secrétaire générale de l’Association des femmes entrepreneurs (Afab), Immaculée Nsengiyumva, a fait savoir que la mission de cette association est de promouvoir l’entrepreneuriat féminin en offrant aux femmes et aux filles entrepreneuses des services de formation, d’information, d’encadrement et d’accompagnement. Elle a fait savoir que ladite association a été créée en 1992 : « Avant, les femmes ne pouvaient pas avoir de crédits dans les banques puisqu’elles n’avaient pas de garantie. Beaucoup n’avaient même pas de comptes parce qu’avant de les créer, il fallait avoir l’aval de leurs maris. Mais, en 1992, il y a eu une loi qui libéralisait l’ouverture des comptes,  en faveur des femmes. C’était à ce moment que certaines femmes ont eu l’idée de s’organiser en association pour avoir accès aux ressources. Ces femmes ont commencé avec une caisse solidaire dénominée « Tontine ». Elles ont ensuite créé l’Afab. Cette dernière rassemble les filles et les femmes commerçantes. A la question de savoir comment les membres de l’Afab bénéficient des crédits pour réaliser les activités génératrices de revenus, elle a répondu qu’avec les cotisations des membres, ces derniers ont mis en place une micro finance dite « Wise ». Un membre qui veut alors un crédit peut aller le contracter auprès de cette dernière avec un léger taux d’intérêt.

Les associations présentent beaucoup d’avantages 

DSCI6204Avec l’idée de la création de l’Afab, Mme Nsengiyumva affirme que beaucoup de femmes commerçantes ont eu l’opportunité de progresser dans leur métier. Elle a précisé que, maintenant, les femmes commerçantes membres de l’Afab peuvent exercer un commerce transfrontalier en exportant leurs produits dans les pays étrangers. Et elles en tirent beaucoup de profit parce qu’elles échangent  les expériences mais aussi les produits avec d’autres femmes commerçantes.A la question de savoir si l’Afab appuie les femmes qui n’ont pas de moyens pour s’autonomiser, elle a répondu que cette association s’approche des fois de certains femmes qui se sont réunies en groupement pour leur donner des formations, d’abord sur comment commencer une activité génératrice de revenu. Après, l’Afab les appuie financièrement. Elle a donné l’exemple des femmes qui vivent dans la zone Buyenzi qui ont bénéficié des financements de l’Afab et qui ont mis en place des restaurants. Elle affirme que ces femmes progressent bien parce qu’elles ont déjà acheté deux frigos qui leur permettent de conserver les produits frais.Mme Nsengiyumva a alors interpellé toutes les femmes en général à sortir de leurs cachettes pour s’organiser en association. Elle a rappelé que l’avantage des associations est d’échanger les opinions parce que personne ne peut prétendre connaître tout. L’une peut être forte dans le commerce et l’autre dans la couture et l’autre encore dans d’autres métiers. Et, si elles se mettent ensemble, elles peuvent échanger sur comment elles peuvent chercher les moyens pour commencer les activités génératrices de revenus. Elle conseille toutes les femmes à ne pas croiser les bras parce que personne ne pourra se soucier d’elles sans savoir qu’elles ont la volonté de travailler.L’avis du ministère des Droits de la personne humaine et du genre (MDPHG) n’est pas très éloigné de celle des autres femmes interviewées. Donatienne Girukwishaka a commencé par nous relater l’historique de la Journée internationale de la femme. Cette dernière date du début du 20e siècle. Les femmes réclamaient leurs  droits, notamment le droit de vote, la même rémunération du travail des femmes ouvrières et militaires.Concernant notre pays, le thème national interpelle tout un chacun car tout le monde est acteur. Tout le monde doit travailler en visant la transformation de la vie des femmes. Dans tout ce qu’on fait, on doit regarder si l’intérêt de la femme est là, ajoute Mme Girukwishaka. S’il est là, est-ce qu’il est suffisant ? Qu’est-ce je peux ajouter pour améliorer l’intérêt de la femme ?, poursuit-elle. Elle a donné un petit exemple d’un conducteur de vélo, qui n’a pas mis de mousse sur son vélo et cela fera du mal à une cliente qui vient d’accoucher, et cela montre que son intérêt n’est pas pris en considération et cet exemple montre que petit soit-il, tout le monde est acteur.

Les activités prévues pour la journéeTout le mois de mars est dédié à la femme. Mme Girukwishaka a interpellé tous les acteurs à mener des activités autour du thème durant tout le mois de mars. Il est prévu des séances de sensibilisation sur comment chacun doit être acteur pour transformer la vie des femmes, différents ateliers seront organisés, des spots d’information sur les médias, et encore plus, une participation du Burundi à New York à une session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies. Cette session aura lieu du 12 au 23 mars 2018. Ce sera une occasion pour le Burundi de présenter ses réalisations, d’échanger des expériences avec d’autres pays d’autant plus qu’il est dans une bonne voie pour ce qui est de la promotion de la femme, ajoute-t-elle. Cela se remarque à travers la Constitution qui donne aux femmes au moins 30% des postes de prise de décision. Le pays pourra également apprendre des autres, poursuit-t-elle.

Certaines femmes ignorent la journée par pauvreté 

Mme Girukwishaka a loué d’abord le Bon Dieu car la récolte a été bonne cette saison écoulée. «Quant à la pauvreté, comme dans tout pays africain, les femmes sont toujours dans des besoins énormes, mais l’important ce n’est pas de dire que cette journée ne me dit rien. Tout le monde est acteur, avons-nous dit, donc même la femme est actrice. Il faut donc participer pour la célébrer parce que c’est sa journée».  Pour elle, les femmes sont capables, au lieu de dire que cette journée ne leur dit rien, il faut participer pour s’exprimer. Elle ne soutient pas donc l’idée d’assistance, plutôt, il faut réfléchir sur comment travailler avec le peu de moyens dont on dispose et on peut parvenir à arriver plus loin. Le MDPHG a développé depuis des années une approche visant l’autonomisation des femmes.  C’est une approche qui permet aux femmes qui disposent de peu de moyens de se mettre ensemble et de travailler avec le peu dont elles disposent et, à la fin, elles peuvent épargner et enfin avoir un crédit. Mme Girukwishaka encourage les femmes à continuer car elles travaillent jour et nuit, elles se battent pour le développement de leur ménage, ainsi que celui  du pays tout entier. Pour elle, la femme est le pilier du pays, elle est au service du pays. A l’intérieur du pays, des services déconcentrés ont été créés pour appuyer les femmes, pour aider les femmes à se regrouper, à créer des activités génératrices de revenus. Elle encourage donc les femmes à se regrouper en association car elles ont les potentialités qu’il faut, elles ont besoins de renforcement des capacités, c’est le rôle du ministère ayant en charge le genre via leurs services déconcentrés, de les aider à découvrir les potentialités qu’elles ont en elles-mêmes.

Les activités déjà réalisées pour aider les femmes à s’autofinancer

« Parmi les activités déjà réalisées, il est à noter des formations des formateurs dans tout le pays, mais aussi à l’endroit des bénéficiaires dans certaines provinces. Le ministère est représenté  jusqu’au niveau des collines. Un système de rapportage a été mis en place  permettant de nous rassurer de l’existence des différents groupements mis en place par nos services déconcentrées» ajoute Mme Girukwishaka. « Il y a aussi un fonds qui s’étend dans huit provinces  et nous comptons l’étendre dans tout le pays. Ce fonds aide dans l’octroi des crédits  aux bénéficiaires  via les Institutions de micro finances (IM). Ce crédit est remboursable. C’est pourquoi ces IM doivent encadrer leurs clients dans l’élaboration des projets qui génèrent des profits.  Pour terminer, Mme Girukwishaka encourage les femmes mais aussi leur demande de pousser loin, c’est-à-dire qu’elles doivent étudier, envoyer leurs filles à l’école, lutter contre les mariages précoces, elles doivent aussi encourager leurs filles dans l’épanouissement en général mais aussi aux garçons de respecter leurs soeurs. Les femmes doivent donner une éducation équitable à leurs enfants, sinon les inégalités commencent dès le jeune âge. Pour les femmes rurales, qu’elles se mettent en synergie et essayer d’évoluer, de participer dans des associations, de comprendre qu’elles ont la parole ; comme le thème l’indique, toutes les planifications nationales devraient tenir compte des priorités des femmes. Aux partenaires du développement, que toutes les activités prennent en considération l’aspect genre.
ROSE MPEKERIMANA 

ALINE NSHIMIRIMANA           

Ouvrir