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Journée internationale de la femme> Etat des lieux des droits de la femme au Burundi

Des avancées se remarquent

 

DSC09859La Journée internationale de la femme est célébrée le 8 Mars de chaque année. Cette journée arrive au moment où la situation de la femme burundaise reste préoccupante au point de vue politique, économique et sociale.  Mais le Gouvernement se soucie de la condition de la femme, pour cela il a été promulgué des lois en rapport avec la loi spécifique aux violences sexuelles et celles basées sur le genre et la Politique nationale genre. Cela ressort des avis de certaines femmes qui se sont entretenues avec la rédaction du quotidien Le Renouveau.  

 

Nos interlocutrices affirment toutes qu’il y a des initiatives déjà faites par le Gouvernement, mais qu’il y a encore un long chemin à parcourir dans la promotion des droits de la femme burundaise.Pour Yolande Nintunze, vice- présidente de l’Association des femmes journalistes (AFJO), les femmes occupent une place très faible au point de vue politique. La Constitution burundaise prévoit 30% au minimum, il y en a qui ne donnent pas les 30%. Si on lit bien la Constitution burundaise, on voit que la femme peut avoir au delà de 30%. L’AFJO plaide pour la parité homme-femme. Au niveau économique, la femme n’a pas de place dans la gestion des biens familiaux, étant donné qu’il n’y a pas de loi sur la succession et les régimes matrimoniaux, et que la société burundaise privilégie la coutume ou la jurisprudence, ce qui se fait en ville n’est pas ce qui se fait à la campagne. En ville, les enfants héritent de la même façon. La femme rurale n’hérite ni chez son mari, ni chez son père. A la mort de son mari, la femme reste usufruitière, elle n’est pas donc responsable des ses biens car, elle ne peut ni vendre ni donner à quelqu’un d’autre une partie de ses biens, déplore Mme Nintunze. Même en cas de maladie, la femme n’a pas le droit d’user de ses biens pour se faire soigner, c’est le conseil familial qui décide de ce qui doit être fait des biens familiaux, alors que la femme a contribué dans l’acquisition de ces biens.  Au niveau social, la femme est reléguée au second plan, en témoigne les chansons, les proverbes prononcés lors des discours dans les mariages, la femme est considérée comme un bien d’une part, et comme une vache, d’autre part.

Les actions doivent être concrètes

L’AFJO ne voudrait  pas rester au niveau des lamentations. Elle est en action pour renforcer les droits de la femme, notamment les droits de savoir et de pouvoir. Elle organise des formations à l’endroit des femmes journalistes, à l’endroit des professionnels des médias. Très récemment, l’AFJO en collaboration avec le ministère de la Communication et des médias a signé la Charte des médias sensible au genre dans les médias. Pour elle, c’est déjà un pas pour les femmes journalistes, car elle doit être formée, informée et avoir la liberté d’expression. Il faut que les médias donnent une place à la femme comme source d’information, journaliste, mais aussi comme responsable.La vice-présidente de l’AFJO interpelle   tout un chacun, les décideurs au haut niveau d’accorder la place à la femme burundaise, car, si on donne la place à la femme, c’est pour le bien de la communauté. 

Il faut un changement et donner la place à la femme. 

Mme  Nintunze, citant la Convention sur les droits politiques de la femme, dans son article II, les femmes auront dans les conditions d’égalité avec les hommes, le droit de vote dans toutes les élections, sans aucune discrimination. Dans son article III, cette convention stipule que les femmes auront, dans des conditions d’égalités, le même droit que les hommes d’occuper tous les postes publics et d’exercer toutes les fonctions  publiques établies en vertu de la législation nationale, sans aucune discrimination. Dans le cadre des actions de l’AFJO, une synergie des médias a été organisée le jeudi 7 mars 2018 dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme. Elle a été diffusée sur vingt radios (20) dont six (6) de couverture nationale et quatorze (14) de couverture communautaire, mais aussi au niveau de la presse écrite dans huit (8) journaux. La synergie a insisté sur la protection sociale qui peut être bénéfique pour les ménages et les femmes.Odette Nimpagaritse, vendeuse de cartes de recharge s’exprime la première.  Cette dernière fait savoir qu’elle semble ne pas être concernée par cette journée parce qu’elle n’aura pas quelque chose de spécial à cette occasion. «Je me présenterai  à mon travail comme à l’accoutumée et je n’attends aucune spécialité à cette journée», explique Mme Nimpagaritse. Elle poursuit qu’elle ne célèbre pas la journée du 8 mars mais, au contraire, c’est son tour de fêter chaque fois que son activité a trouvé du succès et qu’elle a eu son bénéfice.Parlant de l’état des lieux des droits de la femme au Burundi, Mme Nimpagritse signale que la femme burundaise n’a pas encore atteint son émancipation en ce qui concerne ses droits car, ajouté-t-elle, la femme est encore placée derrière l’homme au Burundi. L’interlocutrice argumente son point de vue en donnant l’exemple de l’héritage dans les familles. « Même actuellement, dans ma province natale, la fille ne partage pas équitablement avec ses frères la propriété qu’ils héritent de leurs parents même si pour les autres biens, c’est le partage équitable», précise-t-elle. Odette Nimpagaritse fait savoir que les droits de la femme burundaise ne peuvent pas être promus aussi longtemps que même au sein des familles, la fille n’a pas les mêmes droits que le garçon.Pour la promotion des droits de la femme burundaise, Mme Nimpagaritse propose que ce soit une éducation de base qui commence au sein des familles. Elle explique que les droits de la femme sont violés souvent par les hommes parce qu’ils sont habitués que la femme est toujours soumise à l’homme.  Elle poursuit en disant qu’avec l’époque de la génération reconnaissant l’égalité des genres, la femme sera rétablie dans tous ses droits.  Mais  actuellement où cela n’est pas encore le cas, notre interlocutrice demande à toute femme, partout où elle se trouve de lutter pour ses droits. Elle rappelle que  l’autonomisation ainsi que l’estime de soi sont certains des facteurs  de réussite à cette lutte pour la promotion de leurs droits. Mme Nimpagaritse fait observer que, ce sont les femmes leaders ainsi que l’administration qui doivent intervenir et utiliser toutes les stratégies afin d’aider la femme à promouvoir ses droits.

Aucune femme ne doit être écartée de la protection sociale

Pour Evelyne Nibogora de l’association des femmes vivant avec handicap.  «Les vaillantes», les droits de la femme sont toujours bafoués». Pour nous qui vivons handicap il y en a qui pensent que nous n’avons aucun pouvoir et que, par voie de conséquence, nous ne pouvons avoir aucun droit de prendre une décision. Même les femmes qui se portent bien nous ignorent complètement ». «Pour montrer que nous sommes  capables, nous devons nous-mêmes travailler pour éviter de mendier, poursuit-elle. Pour les filles vivant avec handicap, elles rencontrent des difficultés quand elles atteignent l’âge de se marier. Si un garçon tombe amoureux de l’une d’entre nous, la belle famille s’oppose à cette union. Elle avance les raisons comme quoi, nous ne sommes capables de rien. Ils disent au garçon qu’il amène une invalide. Cela nous décourage, alors que nous savons de quoi nous sommes capables. Certaines personnes ont tendance à avoir pitié de nous, comme si nous devrions toujours faire recours à quelqu’un. Je veux qu’ils sachent que nous aussi nous aidons d’autres personnes en difficulté. Par exemple, moi je fais le métier de couturière, je peux coudre un habit plus qu’une personne valide. On n’a donc besoin de pitié de personne, ajoute Mlle Nibogora.

Le rôle de l’entourage dans la promotion de la femme

L’entourage commence à comprendre qu’une personne vivant avec handicap peut vivre normalement. Mais, malheureusement, il y en a qui continue à nous appeler ibimuga » (personne handicapée). Cette appellation nous met mal à l’aise, car, les gens qui font cela prennent la partie lésée de notre corps et la substituent à tout le corps. Ce qui nous ferait effectivement une personne handicapée, ajoute Mlle Nibogora. Elle demande aux autres femmes de les soutenir, en pronant qu’elles aussi sont capables. «Nous souhaitons que nous soyons invitées,  lors de la célébration de la Journée internationale de la femme, et qu’elles nous donnent l’opportunité de nous exprimer pour faire connaître nos doléances». « Le thème de cette année le précise bien, nous voulons aussi participer au programme de protection sociale, nous voulons qu’il n’y ait plus une femme ou une fille vivant avec handicap mendiante, qu’elles utilisent au maximum les parties du corps qui sont en bonne santé. Cela sera possible quand les décideurs pourront prendre en charge les femmes vivant avec handicap et leur donner une base pour commencer une activité génératrice de revenu ».Elle lance  aussi un appel aux autres femmes de travailler pour se développer, et de ne pas penser que quelqu’un viendra pour les secourir. Elle rappelle à ses consœurs que même si elles ont une partie du corps qui ne fonctionne pas, qu’elles fassent travailler l’autre partie qui est  intacte.

Les avancées sont là, mais les défis ne manquent pas

Selon Alice Nkunzimana, coordinatrice de l’Association pour la promotion de la fille burundaise (APFB) par rapport aux années passées, des avancées sont significatives. Il y a eu promulgation de la loi spécifique pour les Violences sexuelles et celles basées sur le genre (VSBG) et la Politique nationale  genre qui mettent un accent particulier sur la femme, cela montre la volonté de l’Etat, pour punir les auteurs des viols commis à l’endroit des femmes. Mais par droits de la femme, il faut entendre, les droits civiques, politiques, économiques et sociaux.  En politique, la femme n’est pas valablement représentée, à différents niveaux. Au niveau économique, la femme n’a pas de pouvoir économique, elle n’a pas accès au crédit, alors qu’elle est le pilier de la famille. Elle fait le petit commerce, elle est dans l’agriculture, elle doit subvenir aux besoins des enfants, etc. Le développement de la femme sous-entend le développement de tout le pays.Mlle Nkunzimana affirme que la femme est freinée dans ses actions, car, elle ne peut pas aller participer autant qu’elle veut dans les instances de prise de décision alors qu’elle laisse derrière elle un enfant qui a besoin d’elle et qu’il y a d’autres travaux ménagers qui l’attendent, donc, cela la freine dans ses actions. Si elle était nantie, elle pourrait se payer quelqu’un pour l’aider dans la garde des enfants et autres travaux ménagers. Elle lance un appel à la femme elle-même de sortir et de travailler pour   sa promotion. C’est à elle de sortir de sa maison pour chercher une activité à réaliser pour son autonomie. C’est à elle de prendre sa destinée. Elle lance aussi un appel aux organisations de la société civile de mettre un accent particulier sur la promotion de la femme, car c’est le poumon du développement, elle fait tout, même si l’homme a une part de responsabilité, la grande part revient à la femme ; c’est le pilier de la famille. Au Gouvernement, qu’il y  ait élaboration des politiques qui mettent au centre la femme, car, la grande partie de la population burundaise est constituée par le monde féminin. Si on investit beaucoup dans la femme, on promeut la famille. Au niveau de l’Association de la promotion de la fille burundaise (APFB), la coordinatrice, nous a révélé qu’elles éduquent la femme de demain. Elles essaient d’inculquer les bonnes valeurs aux filles qui sont les femmes en devenir. On construit les femmes à la base, nous voulons que la société burundaise soit solide. C’est pourquoi nous investissons à la base, poursuit-elle.

Les femmes rapatriées se sentent concernées

Dans le cadre de cette journée dédiée à la femme, la coordinatrice de l’Association des femmes rapatriées du Burundi (Afrabu), Marie-Concessa Barubike fait savoir que  cette journée  est l’occasion de l’auto-évaluation en terme des avancées, des initiatives prises, des défis mais aussi des projections à faire dans l’avenir par rapport aux droits de la femme. Elle ajoute que cette auto-évaluation doit être faite par tous les acteurs dans ce domaine mais aussi par la femme elle-même. Mme Barubike fait alors savoir qu’il y a des avancées au niveau du Burundi. Elle signale la politique nationale genre, le plan d’action, les différentes stratégies, la nouvelle loi sur les VSBG, etc. en guise d’exemple d’initiatives déjà faites par le gouvernement du Burundi. Elle salue aussi les initiatives prises par les organisations de la société civile. Malgré ces initiatives déjà faites, Mme Barubike signale que la femme burundaise n’est pas vraiment au centre des programmes innovants du pays car, explique-t-elle, si c’était le cas, on pourrait voir la femme épanouie que ce soit au niveau  communautaire mais aussi au niveau haut. Cela pourrait alors être parmi les projections, parce que selon elle, pour que la femme soit au centre des programmes innovants de protection sociale, il faut qu’elle soit intégrée dans la planification mais aussi dans la budgétisation, donc avoir une place importante dans tous les domaines de la vie du pays.Comme les autres, Mme Barubike n’est pas non plus satisfaite de l’état des lieux des droits de la femme burundaise.  Et pour que les droits de la femme soient garantis, elle demande aux preneurs de décision d’améliorer le cadre légal permettant la représentativité de la femme dans plusieurs domaines. Elle demande aussi qu’il y ait un changement de mentalité et l’abolition des pratiques discriminatoires.

La femme doit être protégée contre les VSBG

Le Centre Seruka est l’un des centres qui prennent en charge les victimes des VSBG. Pour Odette Nijimbere, du service IEC au Centre Seruka, les statistiques  montrent que les VSBG existent toujours. Mille trois cent trente-huit cas (1 338) ont été reçus pendant l’année 2018 au centre de prise en charge de Bujumbura, dont 1 257 cas de violences sexuelles et 81 cas de violences basées sur le genre (violences domestiques). Différentes actions sont en train d’être menées pour lutter contre les VSBG. Les séances de sensibilisation sont organisées aux centres de prises en charge des femmes, et on demande aux femmes de se faire soigner en cas de VSBG. La contrainte principale, ce sont les mœurs. C’est un travail de longue haleine. Il faut briser les barrières et dénoncer les auteurs pour qu’ils soient punis conformément à la loi, explique Mme Nijimbere.La présidente de l’Association des femmes juristes, Sonia Ndikumasabo n’est pas du tout satisfaite de l’état des lieux des droits de la femme burundaise, parce que, explique-t-elle, la femme burundaise n’hérite pas jusqu’aujourd’hui alors que toutes les personnes sont égales devant la loi. Mme Ndikumasabo parle aussi comme handicap  des droits de la femme burundaise, le manque du Code réglant les questions de divorce et de séparation. La juriste Ndikumasabo n’ignore pas le Code de la personne et de la famille qui est là mais précise que ce dernier nécessite d’être  amendé  depuis longtemps. Ce manque de lois claires fait que la femme court jusqu’à nos jours derrière son mari en ce qui concerne le partage des biens familiaux en cas de séparation ou de divorce

Des demandes aux ayants droit pour la promotion des droits de la femme 

Malgré cette insatisfaction, la présidente de l’Association des femmes juristes, reconnaît certains efforts déjà faits. Ici, Mme Ndikumaso demande la mise en application des lois déjà promulguées. Elle demande au ministère de la Justice, à l’exécutif, au législatif de voir comment arriver à stipuler la loi régissant la succession de la femme. Elle demande aussi que les procès concernant les femmes demandant des pensions alimentaires, du logement en cas de séparation ou de divorce puissent être accélérés  plus que les autres.Mme Ndikumasabo signale aussi que la femme elle-même a un grand rôle à jouer pour garantir ses droits. Elle rappelle que la violation des droits de la femme est souvent basée sur la mentalité  d’incapacité de la femme. C’est pour cette raison qu’elle invite les femmes à travailler afin de participer aux besoins de leurs ménages. Elle les interpelle à participer activement dans tous les domaines de la vie du pays afin de contribuer au développement durable car, ajoute-t-elle, c’est là la base de la promotion des droits de la femme.

La contribution de l’Association des femmes juristes

Comme le fait savoir Sonia Ndikumasabo, les femmes juristes interviennent beaucoup dans la promotion des droits de la femme. Elle signale d’abord l’enseignement des lois aux femmes, la vulgarisation et la traduction des lois dans les communautés,  faire des renforcements de capacité aux leaders communautaires afin que ces dernières épaulent leurs congénères en cas de violation de  leurs droits. Comme le précise la présidente, l’Association des femmes juristes assiste juridiquement les femmes ayant des problèmes de juridiction mais aussi apporte une assistance sociale avec l’appui de ses partenaires.

Eric Sabumukama, Aline Nshimirimana

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