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Dossier> Les effets du tabagisme passif

La promulgation d’une loi antitabac s’avère nécessaire

 

IMG 53Le tabagisme passif consiste à inhaler, de manière involontaire, la fumée dégagée par un ou plusieurs fumeurs. Dans beaucoup de cas, les personnes enfumées ne se rendent pas compte du danger auquel ils s’exposent. Ceux qui en sont conscients disent qu’ils sont contraints d’être enfumés puisqu’il n y a pas une loi qui punit les gens qui fument dans les lieux publics. Les acteurs dans la lutte contre le tabagisme interpellent les fumeurs d’arrêter de consommer le tabac puisque ce dernier est un tueur silencieux. Ils demandent aux autorités habilitées de promulguer une loi antitabac. 

 

Un domestique originaire de la commune Mutaho dans la province de Gitega a fait savoir que, depuis qu’il était enfant, il a vu son père fumer. « Depuis mon enfance, j’ai vu mon père fumer. Malgré nous, mes frères et sœurs étions habitués à la fumée du tabac. Nous ne savions même pas que le tabac pouvait causer certaines maladies. Mais, ma petite sœur souffrait souvent des maladies respiratoires. Ma mère lui donnait de temps en temps des médicaments traditionnels. Et, elle guérissait pour une petite période. Un jour, notre oncle maternel était venu nous rendre visite. Il a entendu comment ma sœur toussait. Il a décidé de l’amener chez lui à Bujumbura pour la faire soigner. Les examens de laboratoire ont montré que les poumons de ma sœur étaient gravement touchés. Jusque-là, nous ne savions pas si cela était la conséquence du tabac consommé par notre père. Nous ne savions même pas que celui qui ne fume pas peut être attaqué par la fumée du tabac au même titre que le fumeur actif. Nous avons au courant de cela quand notre sœur est revenue en disant que le médecin lui avait dit que ses poumons étaient touchés par la fumée du tabac », a-t-il mentionné. Notre source a précisé que, sur six enfants, deux souffrent jusqu’à maintenant de l’asthme. Il a ajouté que son père aussi était mort à cause de la tuberculose qui s’était compliquée.Tharcisse Nkengurutse vit dans la municipalité de Bujumbura. Il a indiqué qu’un jour, il était au bistrot, il était assis à côté d’un jeune qui consommait du tabac.  « Puisque j’avais déjà entendu que les conséquences du tabac peuvent aussi se répercuter sur la personne enfumée, j’étais gêné. Je l’ai approché en lui demandant d’arrêter de fumer en public. Avec méfiance, il m’a demandé de quitter l’endroit si je ne me sentais pas à l’aise. Il m’a aussi demandé de lui dire quelle règle il avait violée. Je me suis senti très vexé et je suis retourné à ma place. Mais, je me suis décidé à quitter cet endroit», a signalé M. Nkengurutse.Nos interlocuteurs demandent aux acteurs qui œuvrent à la lutte contre la consommation du tabac de programmer des séances, de sensibilisation depuis l’école primaire jusqu’à l’université. Ils leur demandent d’aider à la création des clubs antitabac, surtout dans les écoles primaires et secondaires, d’augmenter  remarquablement les taxes sur le tabac importé de l’étranger, d’interdire les promotions du tabac mais aussi d’instaurer une loi qui interdit la consommation du tabac dans les lieux publics. Nos sources demandent aux administratifs locaux de collaborer avec les animateurs communautaires pour sensibiliser la population afin qu’elle remplace la culture du tabac par d’autres cultures nécessaires pour leur survie. 

Le tabac provoque des effets néfastes chez les fumeurs passifs   

Le directeur du PNLMCNT (Programme national de lutte contre les maladies chroniques non transmissibles), Innocent Nkurunziza, a fait savoir que  la fumée du tabac contient plus de 4 000 substances chimiques parmi lesquelles la nicotine, des irritants, des produits toxiques (monoxyde de carbone…) et plus de 50 substances qui peuvent provoquer ou favoriser l’apparition de cancers. La fumée est donc extrêmement nocive pour le fumeur mais elle l’est également pour le non fumeur qui respire la fumée de cigarette répandue dans l’atmosphère.Il a indiqué qu’au-delà de la gêne occasionnée, le tabagisme passif aggrave chez l’adulte des pathologies existantes et en crée de nouvelles (cancer des sinus de la face, accidents vasculaires cérébraux, cancer du poumon, accidents cardiaques,…). Si les risques demeurent certes moins importants que chez le fumeur actif, les conséquences sur la santé du non fumeur sont réelles. Par ailleurs, ces risques augmentent avec la durée et l’intensité de l’exposition. Dr Nkurunziza a ajouté que le tabagisme passif présente également des risques pour l’enfant né ou à naître. L’exposition d’une femme enceinte à la fumée des autres (sur le lieu de travail, au cours d’une soirée, à la maison, etc.) a ainsi un effet équivalent à un petit tabagisme maternel : les produits chimiques contenus dans la fumée du tabac passent dans le sang de la mère et dans celui du fœtus. De même, un enfant exposé à la fumée de cigarettes sera plus facilement sujet aux irritations des yeux, du nez et de la gorge, mais sera également exposé à une fréquence accrue des rhinopharyngites et des otites, un plus grand risque de crises d’asthme et d’infections respiratoires telles que la pneumonie et la bronchite, une faible mais significative diminution du développement du poumon, une augmentation des risques de mort subite chez le nourrisson.
 

Le tabac a un impact sur l’économie de la famille et de tout le pays

A la question de savoir s’il y a des statistiques des fumeurs au Burundi, Dr Nkurunziza a répondu que, malheureusement, il n’y a pas de statistiques fiables des fumeurs. Mais, des études ont été faites sur certains groupements.  A l’école primaire, cette étude a prouvé que 3 à 12% des écoliers fument ; au niveau du secondaire, 8 à 15% consomment du tabac, à l’Université, 18 % des étudiants fument. Dans les entreprises para étatiques, les fumeurs s’élèvent à 23%. Une étude  a été également faite dans la province de Kirundo. Et, elle a déduit que 20% des populations enquêtées prennent du tabac. Quant aux décès liés au tabac et à ses conséquences, il a précisé qu’au niveau mondial, il est estimé que 1 million 700 mille personnes meurent chaque année à cause du tabac. Parmi eux, 900 mille sont des fumeurs passifs. Dr Nkurunziza a fait savoir que le tabac a un impact sur l’économie de la famille mais aussi de tout le pays. Il a précisé que, si une personne est enfumée, elle peut attraper les mêmes maladies qu’un fumeur actif. Par conséquent, si elle fréquente souvent les structures de soins, elle utilise les moyens financiers de la famille. Aussi, a-t-il ajouté, si la personne enfumée s’absente souvent au travail ou si elle ne contribue pas aux activités génératrices de revenu de sa famille, c’est dans ce cas tout le pays qui en souffre.C’est pour cette raison que le Burundi a déjà fait beaucoup d’efforts dans la lutte contre le tabagisme et ses méfaits. En 2005, le Burundi a ratifié la Convention-cadre antitabac. Cette convention est accompagnée par quelques ordonnances ministérielles, notamment, celle interdisant aux fumeurs de consommer le tabac dans les lieux publics, celle interdisant la publicité du tabac mais aussi l’ordonnance ministérielle élevant la taxe sur le tabac depuis 2012 passant de 80% à 200%. Il a laissé entendre que le ministère en charge de la santé publique a élaboré une loi antitabac qui vient d’être adoptée par les deux chambres du Parlement. Il reste l’étape de la promulgation.
 

Chacun doit fournir son effort pour lutter contre le tabac

Le directeur du PNLMCNT a rappelé aux fumeurs qu’il y a maintenant des médicaments qui les aident à arrêter de consommer le tabac. Et, ces médicaments n’ont aucune conséquence sur la santé humaine. Il interpelle, pour ce faire, toute la population d’arrêter de cultiver, de faire le commerce mais aussi de consommer le tabac.Quant à Jérôme Ndaruhutse de l’OMS, il a signalé que chacun doit porter sa pierre angulaire pour lutter contre le tabagisme en général et celui passif en particulier.  De ce fait, il a fait un clin d’œil aux non fumeurs de refuser de se faire enfumer par les autres en leur interdisant de fumer dans les lieux publics. Il a rappelé que chaque année dans le monde, 900 mille personnes meurent à cause du tabagisme passif. Il a interpellé les décideurs de promulguer la loi qui lutte contre le tabagisme. Il demande aux différents ministères de faire en sorte qu’une fois cette loi promulguée, des sensibilisations à grande échelle soient faites afin qu’elle soit connue par toute la population.Dr Ndaruhutse demande, enfin, aux autorités habilitées qu’en attendant la promulgation de loi antitabac, il faut déterminer les espaces «fumeurs» et «non fumeurs».    

ROSE MPEKERIMANA

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