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Dossier > La lecture du livre dans les écoles

Une régression sensible et considérable

 

Les jeunes élèves en général ne lisent pas. Selon le témoignage de quelques-uns d’entre eux, ils ne lisent pas car ils n’ont pas accès aux bibliothèques. Ils préfèrent aussi la télévision parce qu’ils n’aiment pas la lecture. Quelles que soient les raisons, les conséquences sont énormes et se répercutent sur l’expression tant orale qu’écrite et vont jusqu’à nuire à la vie en communauté.

 

DSC06668Selon Nickie Charlère Ntirampeba, élève au cycle supérieur au lycée du Saint. Esprit, lire est une passion et participe à l’ouverture d’esprit. Selon elle, la lecture permet de se détendre, donc elle ne peut pas bloquer la préparation des cours. S.I.N, de l’école Saint. Joseph a indiqué que bien que leur école ait une bibliothèque, il n’a jamais terminé un livre de lecture. Il y a aussi des élèves qui se heurtent au manque de bibliothèque à leurs établissements.
Au lycée du Saint Esprit, nous avons constaté qu’il y a beaucoup de mouvements de retrait et de remise de livres de lecture pendant les heures de récréation. Le bibliothécaire, Norbert Safari a expliqué que les élèves du cycle inférieur surtout ceux de la 7e lisent beaucoup. Mais plus on monte de niveau, plus la passion pour le livre diminue. La preuve en est que les élèves du cycle supérieur ne viennent pas nombreux retirer les livres de lecture. Selon abbé Jean Claude Ralaivaonirina, du même lycée, en consultant les fiches de lecture des élèves, ceux du cycle supérieur viennent retirer des livres quand il y a un professeur qui a recommandé des résumés. Selon lui, les professeurs ont un grand rôle à jouer pour inciter les jeunes élèves à la lecture et ses propos rejoignent ceux de Grégoire Rurahumba, correcteur au journal Le Renouveau.

Les causes et les conséquences dues au désintéressement à la lecture

Capitaine Madimba est un ancien professeur de français et travaille à l’Institut français du Burundi, d’abord en tant que responsable de la médiathèque puis en tant  que responsable de l’action culturelle. Selon lui, il est à déplorer la régression sensible et considérable de la lecture non seulement dans les écoles mais aussi de manière générale. «Ce n’est pas qu’une situation du Burundi, c’est une situation qu’on connaît même dans les pays européens. Si je fais une petite comparaison, avant les années 1980, la lecture était une passion et vers les années 1985, on a constaté une désaffection vis-à-vis de la lecture.», a-t-il indiqué.
En ce qui concerne les raisons de cette désaffection, il a identifié quelques-unes. «Il y a eu des réformes centrées beaucoup plus sur l’oral que sur l’écrit. Il y a eu un bouleversement de programmes et les nouveaux programmes insistaient sur l’oral que sur l’écrit. Une autre raison que j’ai observée est venue avec la suppression des internats. C’est-à-dire qu’à l’internat, il y a des heures prévues pour la lecture, les élèves sont contraints de lire, ils ont une bibliothèque. Les professeurs souvent logeaient dans les écoles, et les élèves avaient le temps de lire et de faire des exposés. Pour cerner mon propos de plus près, je peux donner un exemple a regardez les endroits où on lit encore. Beaucoup sont les Petits séminaires parce que ce sont des écoles qui sont restées de manière permanente dans le système d’internat », a-t-il dit.

La lecture au dépend du développement de l’audiovisuel

Capitaine Madimba a expliqué que le fait que les élèves ne soient plus bien encadrés dans un lieu bien déterminé, fait qu’il n’y ait plus de coercition sur eux. « Une autre raison, c’est bien sûr le développement de l’audiovisuel. La télévision, Internet, la radio remplacent de plus en plus le livre. On a plus l’habitude d’écrire car on utilise l’ordinateur et le téléphone portable. Le fait d’écrire des abréviations fait qu’on perd l’écriture et cette dernière va de pair avec la lecture », a expliqué M. Madimba. Selon lui, l’audiovisuel notamment la télévision ne peut pas remplacer valablement le livre car,  ce sont des images fugaces qui passent très vite et les jeunes s’intéressent à des films d’action ; ils regardent plus qu’ils n’écoutent. « Il n’y a pas le temps de capter ce qui est dit. On doit faire une double attention et il y a une déperdition quelque part alors qu’avec le livre on est en contact avec l’auteur à travers le livre. Cela bloque énormément les initiatives d’écriture. Au Burundi, nous avons des gens qui écrivent mais qui se heurtent au problème de lectorat  car, pour écrire il faut avoir un lectorat», a mentionné notre interlocuteur.    
La troisième raison qui a entraîné la désaffection de la lecture liée à notre pays est   la crise. « Là où il y avait des effectifs de 20 à 30 élèves, on a eu des effectifs gonflés considérablement jusqu’à 60. C’est matériellement difficile pour un professeur de faire un suivi au niveau de la lecture des enfants. Cela devient difficile qu’un élève lise et présente sa fiche de lecture étant donné que les classes sont pléthoriques », a-t-il dit.

Lire forge l’expression

Les propos de nos interlocuteurs Grégoire Rurahumba et Capitaine Madimba se recoupent. Les conséquences sont énormes et s’observent au niveau de l’écriture. L’orthographe, l’expression orale et écrite sont catastrophiques. Ils ont souligné que lire forge l’expression aussi bien orale qu’écrite. La prise de parole devient difficile parce que celui qui s’exprime a peur de manquer des mots pour exprimer ses idées. Ce qui débouche sur un grand problème de communication alors qu’on ne peut pas vivre dans une communauté sans communiquer.    

Organiser des concours                

Pour redresser la situation, il faut organiser des concours autour des livres ; organiser des émissions  et les journalistes ont un grand rôle à jouer selon l’ancien professeur de français. « Je le dis en connaissance de cause parce que quand j’étais encore responsable de la médiathèque, on animait une émission hebdomadaire intitulée «Vive ma culture » à la radiotélévision Renaissance. A ce moment-là, nous avons constaté une certaine affluence dans notre bibliothèque. Malheureusement, l’émission n’a pas beaucoup duré », a-t-il déploré. Et d’ajouter que l’intérêt de ces émissions est de démystifier le livre, de lire selon plusieurs aspects pour stimuler l’engouement pour le livre.
Capitaine Madimba s’est réjoui qu’actuellement il y a des tentatives avec les centres de lecture et d’animation culturelle (Clac) disséminés dans tout le pays. « Je pense qu’à la longue, les Clacs vont porter des fruits car, il y a un problème de bibliothèques aussi bien dans les écoles que dans les centres de lecture. Je constate que la politique actuelle avec les Clacs est de faire renaître cette habitude », a-t-il dit. Selon nos interlocuteurs abbé Ralaivaonirina et M. Rurahumba, les professeurs des langues doivent pousser les élèves à lire.

Que les professeurs soient motivés

M. Madimba, réagissant au rôle des professeurs à pousser les élèves à faire la lecture, a précisé qu’il faut que les professeurs soient motivés pour jouer pleinement leur rôle. « Je vais être sincère. On ne peut pas demander à un enseignant qui a une classe de cinquante élèves de faire le suivi de lecture des enfants. On ne peut pas demander à un professeur qui doit fournir des efforts particuliers pour joindre les deux bouts du mois d’en fournir autant pour faire le suivi des enfants. Il y a des professeurs qui enseignent dans trois, voire quatre écoles pour survivre. Le temps qu’ils consacrent à ces différentes écoles fait qu’ils perdent le temps pour faire un suivi après les heures de service, c’est-à-dire corriger et lire ce que les élèves ont écrit.», a-t-il dit.
Capitaine Madimba ajoute que si les professeurs étaient bien payés et stables et que les écoles avaient des effectifs raisonnables, les professeurs pourraient inciter les élèves à lire. Il a souligné que maintenant les élèves eux non plus n’ont plus de temps car, à certaines écoles, les élèves y retournent les après-midi deux à trois fois la semaine pour les activités périscolaires. « Je pense que c’est tout le système qu’il faut revoir car, ce n’est pas par le simple plaisir de lire que les écrits nourrissent nos idées. Montaigne l’a si bien dit. « Nous devons être comme des abeilles. Nous devons aller puiser le nectar chez ces écrivains et fabriquer notre propre miel à partir de ce nectar. C’est ce qui crée la continuité d’une société », a-t-il conclu.

GRÂCE-DIVINE GAHIMBARE

 

CENTRE DE LECTURE ET D’ANIMATION CULTURELLE De véritables lieux de vie et d’échanges

La population des milieux environnants en profitent

 

Les Clac (centre de lecture et d’animation culturelle) sont des véritables lieux de vie et d’échanges. Ces sont des lieux où la population rurale vient s’informer, lire, échanger et se distraire. Ainsi, ces centres dispose d’espaces publics de la documentation variée, d’équipements variés et de programmes d’animation culturelle pour la population environnante surtout les jeunes.

DSC04759Dismas Karenzo surnommé « Kadis », un enseignant de formation, est parmi les premiers animateurs des Clac. Il a fait savoir qu’il est animateur bénévole du clac de Busiga en province de Ngozi depuis 1992. C’est en cette année que le premier réseau des clac a été créé.
Il a révélé qu’il a été sollicité pour appuyer les animateurs qui étaient déjà en place. Chose qu’il a généreusement accepté. Il a souligné que souvent, il a été obligé de s’occuper de ce centre étant donné que la plupart des fois ce dernier se retrouvait sans animateur pour différentes raisons.
M. Karenzo a en outre souligné que le Clac de Busiga est situé dans un lieu favorisant la grande partie de ceux qui peuvent l’utiliser. Il est tout près des écoles secondaires, primaires, des couvents, des noviciats, etc.
« C’est vrai que nous disposons de livres variés, un poste téléviseur pour les films et les documentaires, mais les séances d’animation ne se font pas faute de locaux adaptés », a-t-il dit.
Toutefois, il salut l’initiative du ministère de la Jeunesse, des sports et de la culture d’avoir fourni les efforts pour promouvoir les Clac, qui sont des pépinières des futurs cadres.
Contrairement au clac de Busiga, celui de Rusengo dispose des locaux suffisants pour le fonctionnement prévu des clac, même s’ils ont besoin d’être réhabilités, d’après Frédéric Micomibi, animateur du Clac Rusengo. Ces locaux lui ont été octroyés par la commune.
Selon M.Micomibi, le Clac dispose de jeux de société (damien, urubugu, etc.), des jeux de construction pour les enfants, offrent des films éducatifs, d’animation autour d’un livre. Le centre a aussi deux clubs culturels qui vont d’ailleurs participer au festival prévu le 17 mai 2014 en province de Gitega.
En plus des bancs ou de la clôture du centre, ils ont besoin aussi d’outils informatiques pour évoluer avec le temps.

Bénigne Gahimbare

 
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