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Chanson> Son rôle dans la consolidation de la paix

Une puissance mystérieuse pour rassembler un peuple et l’influencer

 

Une chanson est une expression lyrique d’un texte, un poème mis en musique et chanté. Elle peut être ou pas accompagnée d’instruments de musique. « Les chansons de consolidation de la paix ont un grand impact sur les populations et elles ont en elles une puissance mystérieuse pour rassembler un peuple et l’influencer ». Tels sont les propos tenus par Mgr Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega lors d’un entretien accordé au quotidien Le Renouveau.

 

DSC01020Le Renouveau (L.R) : Comment le chanteur procède-t-il pour trouver des thèmes d'une chanson? Est-ce un travail facile?

Mgr Justin Baransananikiye(Mgr J.B) : Trouver un thème à chanter, ça c’est très facile. Mais l’exploiter littérairement et pouvoir bien l’agencer en musique, ce n’est pas facile. En effet en musique, le chanteur n’est pas forcément l’auteur des paroles qu’il chante. Ce sont deux métiers différents : le compositeur est celui qui crée la mélodie d’une chanson, en écrit la musique; tandis que l’auteur est celui qui écrit les paroles d’unechanson. Mais il n’empêche qu’un artiste talentueux puisse jouer les deux rôles à la fois. Cela demande toutefois une connaissance importante en matière de linguistique. Vous l’avez certainement déjà constaté au niveau de nos musiciens/chanteurs burundais. De graves fautes sont continuellement commises dans la production des chansons parce que les artistes veulent englober les deux métiers à la fois alors qu’ils n’en ont pas la compétence.

L.R : Pour les chansons en rapport avec la consolidation de la paix, les mots doivent-ils être soigneusement cherchés et comment?

Mgr J.B : Aborder un thème comme celui de la paix ne doit pas être pris à la légère et au même pied d’égalité que les thèmes d’amour ou la simple publicité. La consolidation de la Paix est un thème politico-social lié à de grands objectifs nationaux ou internationaux visant tout un peuple (ou des peuples) bien définis qui doivent obligatoirement être touchés et influencés positivement par une chanson. C’est pourquoi les paroles de consolidation de la paix à chanter doivent être soigneusement choisies, préparées, rédigées et écrites dans le respect des normes du discours, de la grammaire et de l’expression correcte de la philosophie politique à utiliser dans différents contextes donnés.
A l’époque où je faisais partie du premier orchestre national du Burundi (1977-1980), nous avions aussi cette mission de chanter la paix, l’entente et la cordialité au sein de notre peuple. Les paroles que nous chantions n’étaient pas de notre propre plume ni de notre conception. Les autorités du ministère de la Culture nous y aidaient en définissant bien les thèmes, et en nous traçant la ligne à suivre. Avant tout enregistrement à la Radio nationale, les chansons étaient bien censurées pour refléter la politique nationale en matière de consolidation de la paix.

L.R : Quel est leur contribution dans un pays comme le nôtre?

Mgr J.B : Les chansons de consolidation de la paix ont un grand impact sur les populations et elles ont en elles une puissance mystérieuse pour rassembler un peuple et l’influencer. Les gens aiment la musique et le chant en général, et se réjouissent toujours à mémoriser et répéter les chansons qui les ont touchés. Aujourd’hui, par exemple, entendre tous les jeunes écoliers et élèves des écoles fondamentales et des lycées du Burundi chanter partout « Sagamba Burundi » de Ngabo Léonce, est un signe probant montrant comment une œuvre musicale peut atteindre et influencer toute une nation. J’aurais même personnellement souhaité que le ministère de la Culture organise aujourd’hui un « Concours national de la meilleure chanson de consolidation de la paix ». En effet, même la chanson de Ngabo Léonce dont nous parlons est sortie d’un concours organisé par la radio nationale en 1973, une année seulement après les tristes événements de 1972.

L.R : D'après vous, les chanteurs burundais sont-ils parvenus à consolider la paix grâce à la musique dans les années antérieures?

Mgr J.B : Je viens de le dire. L’histoire de la musique burundaise moderne est remplie d’exemples incontestables de chansons de nos artistes qui, sans le savoir même, ont aidé à rebâtir la paix et la concorde au sein de notre peuple. Je citerai notamment :
Notre Hymne national, Burundi bwacu, œuvre inégalable, unique dans son genre et son objectif ; «Sagamba Burundi» de Ngabo Léonce que nous venons d’évoquer; «Ubumwe ni iteka ryacu » (chantée par des écoliers de Kibumbu dans les années 70) et qui a failli même être retenue comme hymne de l’unité ; « Gahugu kanje keza nakunze » de Barakamfitiye qui a été co-gagnant avec Canjo Amissi au concours de la chanson organisé en 1977 par le ministère de la culture ; « Twese turi bamwe twonse rimwe dusangira akabisi n’agahiye, turi abavukanyi turi abavandimwe, turi Abarundi twese » produite dans les années 80 par plusieurs chanteurs burundais en synergie (Ngabo Léonce, Canjo Amissi, Matata Christophe, Africanova, etc) ; « Ewe Burundi ngira ndakuririmbe » qui n’étant pas directement un thème de paix, rebâtit dans les cœurs de tous les Barundais un sentiment d’unité et de fierté autour d’une même et belle patrie dont ils doivent sauvegarder la paix.

L.R : Quels conseils donnez-vous à nos jeunes chanteurs pour produire une musique de qualité utile pour notre pays?

Mgr J.B : Nos musiciens/chanteurs doivent finalement reconnaître leurs limites et accepter d’entrer dans des écoles spécialisées en formation musicale.
C’est là que se trouve la clé vers la réussite de leur métier.
Yvette Irambona

 

 

Art > Rôle des producteurs dans la promotion de la musique

Guider et orienter les productions musicales des jeunes musiciens

 

« Quoique des failles importantes se soient manifestées jusqu’ici dans leurs travaux, j’aimerais tout de même féliciter le courage et le zèle des arrangeurs et orchestrateurs (appelés ici « producteurs ») opérant ici au Burundi, pour tout ce qu’ils ont fait malgré le manque de formation appropriée en musique. Certains cependant, comme le « Studio Tanganyika » sont bien ancrés dans le métier, mais nombreux sont les amateurs dont la compétence laisse fortement à désirer. » Tels sont les propos tenus par Mgr Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega lors d’un entretien avec le quotidien Le Renouveau.

 

Les producteurs arrangeurs et orchestrateurs doivent premièrement apprendre et maîtriser la science musicale en général pour être en mesure de corriger et perfectionner les chansons qui leur sont présentées par les artistes. Ils doivent ensuite savoir qu’en tant que Burundais, leur mission est d’œuvrer pour la promotion de la musique de leur pays, et non pas servir de ponts de déversement des musiques étrangères dans l’espace artistique de nos chanteurs.

Sauvegarder et protéger l’expression linguistique de notre langue

Pour le directeur de cet institut, ils doivent apprendre à appliquer les principes de la recherche dans l’ethnomusicologie burundaise afin de pouvoir guider et orienter les productions musicales des jeunes musiciens dans les styles musicaux originaux.
Les producteurs doivent en outre être remplis de connaissances sur les droits d’auteur et les droits voisins, pour pouvoir les respecter eux-mêmes d’abord, et ensuite les faire respecter par les chanteurs/musiciens qui viennent dans leurs studios. Qu’ils sachent que la loi punit, et les chanteurs qui piratent les œuvres d’autrui, et les producteurs dont l’étiquette est collée sur les supports audio-visuels mis sur le marché. Même les imprimeurs font attention et n’impriment pas des plagiats. « Que ces producteurs apprennent enfin à sauvegarder et à protéger l’expression linguistique de notre langue « le Kirundi » dans les chansons qu’ils produisent, et non pas mutiler les textes en imposant aux chanteurs des termes la déformant », a précisé Mgr Baransananikiye.

Lamentations des chanteurs

L’Institut de musicologie de Gitega a même pu récolter des lamentations de chanteurs/musiciens au sujet de ces « producteurs» qui ne peuvent même pas jouer correctement à un instrument de musique, mais qui leur imposent de chanter de manière improvisée sur des morceaux de musique instrumentale téléchargés sur Internet. « Dommage ça ! Comment peuvent-ils corriger les fautes de leurs clients musiciens, alors qu’eux-mêmes ne maîtrisent pas ce domaine ? », a-t-il déploré.
Dans leurs nombreux studios dits « de production musicale » qui sont nés en désordre à Bujumbura, la musique burundaise moderne a perdu de sa saveur et de son originalité, et s’est écartée des premières pistes de développement qu’elle avait prises avant l’arrivée de ces maisons. Pour lui, c’est parce que les talents innés et originaux des compositeurs burundais y ont été étouffés par la tempête des copies des styles musicaux exotiques que ces producteurs ont sans cesse imposés à nos artistes de suivre.
Leur rôle étant capital dans la promotion de la musique burundaise, cet institut leur propose un programme de plusieurs ateliers et séminaires, chaque année, où ils seront formés de manière intense afin qu’ils puissent désormais évoluer de pair avec la vision et la méthodologie nouvelles que nous avons mises sur pied pour la promotion de la musique burundaise moderne.

Yvette Irambona

 
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