Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

Musique> Ecriture des paroles d’une chanson

Un travail respectant à la lettre ses règles

00azaezEcrire des paroles à chanter exige de savoir qu’elles doivent avoir un suivi compréhensif, organisé, qui exprime progressivement l’idée que le chanteur aimerait communiquer au public. Les paroles d’une chanson sont comme une lettre écrite et envoyée à quelqu’un et qui doit être explicite et compréhensible. Un poème à chanter aura obligatoirement une introduction, un développement et une conclusion

Pour Mgr Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega, « Il n’y a rien de plus mal qu’une chanson dont les paroles laissent l’auditeur dans la confusion ou dans le doute». C’est un art qui s’apprend. Pour n’avoir pas ces capacités de comunication, plusieurs des chanteurs burundais laissent les auditeurs de leurs chansons sur leur faim, ne sachant réellement pas ce qui est chanté ni les leçons à en tirer.
Pour le cas des chansons modernes, l’écriture des paroles est généralement un travail laissé à des auteurs qualifiés et versés dans la poésie, et respectant à la lettre ses règles. La versification va toujours de pair avec la longueur des phrases musicales composées séparément. A cet effet, il a donné l’exemple probant de notre hymne national « Burundi bwacu ».

Des paroles bâties professionnellement
L’Abbé Marc Barengayabo, compositeur de sa musique déclarait au journal Iwacu en 2012, que j’ai cité dans mon livre De l’Inanga à la Guitare Classique : « Je dois dire que j’avais un bon texte, bien écrit par des hommes profonds qui maîtrisaient la langue Kirundi, des poètes. Je pense notamment à Jean-Baptiste Ntahokaja, Joseph Rugomana, Karabagega, je me suis laissé transporter par ces mots et j’ai écrit les notes…Chaque mot, chaque strophe est toute une histoire, un sens caché, presque introuvable dans une autre langue».»
Pour Mgr Baransananikiye, trouver une source d’inspiration pour un sujet sur lequel l’on désire écrire un poème à chanter, ne signifie pas automatiquement que l’on devient capable de savoir quels termes utiliser pour ledit poème, ni comment les agencer méthodiquement pour toucher le cœur de l’auditeur. Ici revient encore une fois la question sur les auteurs qualifiés pour accoucher sous leur plume des paroles bâties professionnellement et portant, comme déjà dit, une introduction captivante qui va droit au but recherché; suivie d’un développement du sujet en le faisant comprendre suffisamment à l’auditeur; et enfin une conclusion qui en fait une synthèse intelligente tirant des leçons ou enseignements clairs de l’œuvre à chanter.
Canjo Amissi l’a fait d’une manière excellente dans son ‘hit’ « Sokuru yari Intwari» qui lui a fait gagner le Prix Découvertes 81 et le Prix Calao, à travers une conclusion majestueuse disant : « Imyaka yaragiye, ijana n’ibisiga, Umuco uraseruka, amahoro araza Ahavuga amacumu n’imiheto Havuga ingoma n’inanga ; Ahaseseka amosozi n’amarira, Haseseka amata n’ubuki, Havyagira ingoma n’ingingo, Amahoro na yo arasasagara : Umve iyo nganji ! ». Tout ceci conclut avec raison que « Sokuru yari Intwari » réellement !
Respecter l’expression linguistique et lyrique dans les chansons
Mgr Baransananikiye a insisté encore une fois sur la séparation à faire entre l’auteur des paroles d’une chanson et le compositeur de la musique de cette même chanson. Ces deux métiers restent toujours confondus chez les chanteurs burundais qui les mélangent et se les approprient tous deux, alors qu’en réalité ils ne sont seulement capables que de composer les mélodies à chanter. « C’est ici que commence toujours la perte de la qualité des œuvres de nos chanteurs ».
« Personnellement j’avais et je maîtrise toujours les deux métiers, à savoir, être compositeur de musique et aussi auteur de paroles/poèmes à chanter. Je pouvais soit commencer par écrire des paroles à chanter sous forme d’un poème et puis par après, composer une musique allant avec et exprimant comme il faut le message, les sentiments que je voulais y inclure », a-t-il expliqué.
Des fois aussi, notre interlocuteur pouvait commencer par composer une mélodie qui lui venait comme ça à l’esprit et qu’il mettait ensuite sur partitions musicales (solfège). Ensuite, il attendait jusqu’à ce qu’il puisse écrire des paroles qu’il jugeait appropriées à la mélodie.

Puiser dans le Burundi profond
Mais il consultait également des personnes en qui il reconnaissait des connaissances utiles pour l’aider. Tous les membres du premier orchestre national dont il faisait partie de 1977 à 1980 étaient conscients qu’il était de leur devoir de sauvegarder notre langue en respectant son expression linguistique et lyrique dans nos chansons
« La vraie musique burundaise originale à développer se trouve dans le Burundi profond, chez nos pères et nos mères, chez nos grands-parents, dans les contrées reculées sur nos collines et nos pâturages, que ni eux, ni les propriétaires des maisons dites de production à Bujumbura n’ont jamais cherché à visiter, à découvrir et à explorer », d’après le directeur de l’Institut de musicologie de Gitega.
Yvette Irambona

Ouvrir