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Musique> Formation des musiciens

Produire des œuvres attirant la demande sur les marchés du show business

 

DSC 0648La formation musicale amène à la fois les chanteurs et les producteurs à acquérir un esprit responsable dans leur métier, à être organisés et à respecter les normes scientifiques musicales comme partout ailleurs dans le monde. Grâce à elle, les chanteurs et les producteurs peuvent travailler sur base de principes musicaux internationaux leur permettant de produire des œuvres qui y répondent et qui peuvent attirer la demande sur les marchés du show business.

 

Pour Mgr Justin Baransananikiye, Directeur de l’Institut de musicologie de Gitega, la formation est non seulement nécessaire, mais surtout elle est indispensable à tout chanteur /musicien désirant vraiment progresser dans son métier et se lancer sur le marché de la chanson. Plusieurs considèrent la musique simplement comme un art et oublient qu’elle est aussi une science régie par des lois, des conventions et des principes internationaux à connaître obligatoirement et à mettre correctement en pratique. Le professionnalisme musical quant à lui combine les deux.

Repartir de la base

En musique, il faut repartir tout à fait de la base, en reconsidérant les travaux accomplis par les pionniers de la musique burundaise moderne à la fin des années 70. Au Burundi, les chanteurs confondent amateurisme et professionnalisme. Quand ils parviennent à jouer un peu de la guitare ou au clavier, et à imiter tel chanteur étranger, ils se considèrent comme acquis à la profession et se croient au-dessus de la science musicale qui leur demande notamment d’être instruits correctement dans la connaissance du solfège, dans la construction et la pratique des gammes et des accords, l’harmonie tonale, la technique vocale, de connaître les principes de la composition musicale, d’apprendre l’histoire de la musique et les lois de la musique classique qui sont le fondement même des travaux de composition et d’harmonisation, de connaître les différents courants des musiques internationales, etc.
« Si les chanteurs/musiciens burundais avaient au minimum ces connaissances, ils produiraient un travail de haute qualité, réfléchi et différent de ce qu’ils font depuis plus de trois décennies », a-t-il souligné.

Suivre la trace des pionniers de la musique burundaise moderne

D’après le directeur l’institut de musicologie de Gitega, aucun de nos chanteurs/musiciens n’a reçu une formation en la matière ! Et c’est pour cette raison d’ailleurs qu’ils divaguent toujours et encore dans leurs compositions musicales, imitant tel ou tel courant étranger qui chatouille leurs oreilles. Notre public, quant à lui, n’ayant pas de maturité dans l’appréciation de la musique, ne fait que les acclamer et, partant, les enfoncer dans l’autoglorification.
N’importe qui à Bujumbura se lance en aventurier et initie de fausses petites écoles de musique qui ne font qu’aggraver davantage la santé musicale de nos artistes. L’on ne peut pas se mettre à imiter et copier sans fin les styles des chansons nigérianes ou tanzaniennes ou sud-africaines, et prétendre qu’on développe une musique burundaise de qualité ! « J’aurais préféré par contre que nos chanteurs/musiciens avalent la pilule de leurs aînés burundais et développent leurs styles », par exemple à partir des chansons comme : « Tamba amayaya Burundi » ; «Shoreza inyange » de David Nikiza ; « Simoni yananiye » de Ngabo Léonce; « Rugamba ya mwaka », « Munzanire » d’Africa Nova, etc. », conseille-t-il.
Les chanteurs burundais actuels ont devant eux toute une école originale leur léguée par les pionniers de la musique burundaise moderne. Pourquoi ne vont-ils pas y puiser inspirations et modèles ?, se demande notre interlocuteur.

Former une élite de niveau universitaire en musique

Selon toujours Mgr Baransananikiye, tant que le Burundi n’aura pas formé un certain nombre d’élites de niveau universitaire en musique et musicologie, notre musique moderne souffrira toujours et ne progressera jamais, mais pire encore, n’arrivera jamais à s’identifier dans son originalité pour se démarquer des musiques étrangères qui nous envahissent chaque année. Sans aucune défense, «nous subissons les conséquences tristes du refus de nos chanteurs/musiciens de se laisser former dans les hautes études musicales » comme l’ont fait nos aînés africains dont Manu Dibango, Youssou N’Dour et les jeunes générations qui émergent aujourd’hui dans leurs pays.
Notre musique pourra émerger et s’imposer conformément aux standards acceptables dans tous les pays, devenir concurrente en satisfaisant les analyses et critiques des spécialistes en la matière, a-t-il précisé.
Yvette Irambona

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