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CINEMA> Interview avec la marraine de la 11e édition du Festicab

«Il y a encore de la place pour parler du cinéma d’Afrique»

 

IMG 1010La marraine du Festival international de l’audiovisuel et du cinéma du Burundi, (Festicab), Djia Mambu a accordé une interview au journal Le Renouveau le jeudi 6 juin 2019. Elle s’est exprimée notamment sur l’intérêt qu’elle porte sur le Burundi vis-à-vis de sa carrière internationale. 

 

Le Renouveau (L.R) : Djia Mambu, nous vous connaissons en tant que marraine du Festicab, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et comment vous avez capté l’attention du Festicab?

La marraine du Festicab (Djia) : A la base, je suis journaliste culturelle. Je me suis dirigée vers le journalisme cinématographique et la critique plus tard dans ma profession, surtout dans la spécialité des cinémas d’Afrique. Aujourd’hui pour voir nos films, on les voit encore essentiellement au festival. La distribution des films est difficile, ce qui fait que pour voir l’essentiel des productions africaines, c’est en festival de films. Et par la même occasion, on rencontre les gens de l’environnement du cinéma d’Afrique, de l’industrie. Il y a des espèces de partenariat qui se font donc, je connaissais déjà le président du Festicab, Léonce Ngabo. Je savais que c’est un réalisateur qui avait fait un long métrage fiction, il y a plusieurs années. Je ne connaissais pas encore le Burundi. C’est la première fois que je viens au Burundi et j’aime beaucoup, je suis bien traitée. On m’a donc approchée pour me demander d’être la marraine et évidemment c’est un grand honneur parce que, j’ai déjà participé à beaucoup de festivals mais, c’est la première fois que je suis invitée en tant que marraine et surtout j’ai pu organiser un atelier critique. Donc cela fait d’une pierre deux coups, je suis marraine et en même temps on partage sa passion du cinéma et son métier.

L.R : Vous avez participé à plusieurs festivals, vous venez de le dire et votre nom apparait aussi sur le site de la semaine de la critique du festival de Cannes 2019, vous avez -vous participé à ce dernier?

Djia : Oui, avant de venir ici, j’étais membre du jury de la semaine de la critique à Cannes qui est une des sélections des compétitions officielles du festival. C’était aussi une grande nouvelle parce que c’est une première qu’une femme noire africaine participe à un jury. C’est une grande ouverture et j’espère que cela va continuer. C’est tout à leur honneur et tout à mon honneur car, je peux aussi amener un point de vue supplémentaire. Nous, journalistes qui faisons la critique, africains connaissons beaucoup d’œuvres de l’occident mais eux ne font pas nécessairement l’analyse de nos œuvres. J’avais pleinement ma place au sein de ce jury avec lequel on s’est très bien entendu et on a développé des discussions très intéressantes étant donné qu’on venait de divers milieux dont des métiers différents dans l’industrie mais aussi géographiquement, on venait de partout ailleurs. Et cela, s’est enchaîné avec le Festicab; c’est une belle année pour moi, si je puisse dire.

L.R : Vous avez aussi créé quelque chose  au Canada, pouvez-vous  nous en parler ?

Djia : Le Canada, c’est un pays d’adoption pour moi. J’ai vécu là-bas plusieurs années et j’y vis encore la moitié de l’année. C’est un pays qui est beaucoup pro-femme et cela faisait plusieurs années que je voulais lier mes deux combats, le cinéma et les droits de la femme.  Je suis militante des droits de la femme qui sont les droits de l’homme. J’ai décidé de créer Les journées visuelles qui sont des journées dédiées aux cinématographies soit des œuvres réalisées par des femmes tous sujets confondus ou alors des œuvres qui abordent la problématique de développement ou de la condition des femmes dans le monde entier. C’est un festival international qui se déroule au mois d’octobre car, c’est le mois de l’histoire de la femme au Canada. Il y a eu une première édition en 2018 qui s’est très bien passée et actuellement, avec ma petite équipe, nous préparons la deuxième édition pour octobre 2019.

L.R : Vous avez un parcours international voir transcontinental, qu’est-ce qui vous a motivé à accepter l’invitation de participer à un festival d’un si petit pays comme le Burundi ?

Djia : [rire] Je dois dire que j’ai beaucoup de chance et je suis aussi privilégiée. Je suis du Congo mais, j’ai essentiellement vécu en Belgique, mes études secondaires et supérieures se sont faites en Belgique. Je jouis déjà des deux patries, le Canada et venu plus tard pour m’ajouter l’Amérique. L’Afrique, c’est mon tout et tout mon travail se base ici, il fait mon objet de travail et d’étude. Et puis, dans le cinéma, c’est difficile de rester au niveau national, vous allez évoluer très vite au point de vue international car, il y a encore de la place pour parler du cinéma d’Afrique. Le Burundi, je n’ai pas hésité une seule seconde premièrement parce que, je n’avais jamais visité le pays alors que je suis très attachée aux pays de la région des Grands-lacs, c’est tout un intérêt pour moi. C’est vraiment des frères, les pays limitrophes. Et deuxièmement, j’ai un nouveau challenge qui concerne la distribution des films parce que c’est pour l’instant l’honneur de la guerre. Nous faisons des productions mais la distribution est tout aussi difficile, on ne voit pas nos films même pas à la télévision et on a encore du mal à les faire circuler. Je voulais donc venir ici pour découvrir et sentir le poumon de l’industrie du cinéma même si elle n’existe pas encore en tant qu’industrie. Il y a beaucoup de films qui se font surtout des courts métrages. Je voulais rencontrer les auteurs d’ici, les cinéastes ainsi que voir leurs films. 

L.R : Vous êtes spécialiste du cinéma d’Afrique. Quel est votre regard sur ce cinéma à travers le Festicab?

Djia : Il y a une belle sélection ce qui donne un bon aperçu sur tout ce qui se crée dans l’industrie du cinéma d’Afrique. Il y avait des films que j’avais déjà vus et je profite pour voir ce que je n’avais pas encore vu surtout les fils burundais. Ce que je découvre ici est qu’il y a une bonne technique. Il n’y a pas de complexe, on voit qu’il y a une envie et des sujets très intéressants. Il y a aussi de la volonté, les gens veulent vraiment créer, stabiliser et pérenniser une industrie de cinéma. C’est un bon signe et en plus avec la critique des journalistes qui s’impliquent dedans puisque c’est dans l’accompagnement de pouvoir parler de ces films. Je suis plutôt satisfaite de mon passage ici.  

L.R : Parlez-nous maintenant de la critique des journalistes, quelle est sa contribution dans le domaine du cinéma?

Djia : Je crois qu’elle est essentielle. Pour être honnête, c’est un métier qui est en crise partout dans le monde. C’est un métier qui a eu son âge de gloire quand il a commencé avec Les cahiers du cinéma surtout en France puis au Etats-Unis et un peu partout. Maintenant, tout le monde est critique ou journaliste de cinéma. Parmi les rôles du critique, il y a créer l’envie d’aller voir un film ou en faire la promotion. C’est vraiment essentiel pour nos films. Comme on dit, un film parfois n’existe pas parce qu’on n’en parle pas. Aujourd’hui, il suffit que quelqu’un mette un avis sur l’un des réseaux sociaux « j’ai vu un tel film, c’était … », il a donné l’envie ou pas donner l’envie d’aller le voir. Et dans le cinéma d’Afrique comme nous sommes la plus jeune industrie des cinémas au monde qui est née après les indépendances, après les années soixante, nous avons encore besoin d’accompagner nos films. Il faut surtout décoder culturellement nos films.

L.R : Qu’est ce que vous voulez dire par décoder culturellement nos films ?

Djia : Je peux voir une danse traditionnelle où les femmes sont en train de mimer des vaches, je ne vais pas comprendre ce que c’est, je vais juste voir la beauté alors que c’est pleine de référence. C’est un exemple concret que j’ai vécu à l’ouverture du Festicab. Le Burundi a une richesse culturelle énorme. J’ai donc envie de lire des papiers, des avis, des feedbacks des journalistes d’ici qui peuvent m’apprendre sur plusieurs choses que je ne peux pas décoder par moi-même. C’est cela l’importance d’avoir des critiques journalistes de cinéma dans son pays. C’est ainsi qu’on transmet la culture à travers les autres de la profession, à travers l’international et toute l’audience d’un cinéma.  

Propos recueillis par Grâce Divine Gahimbare

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