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Cours de Kirundi> Diminution du volume horaire

Elle a des conséquences négatives sur la promotion de cette langue

0aaa0251Bien que la loi portant le statut des langues au Burundi ait été promulguée, en 2014, Gertrude Kazoviyo, professeur à l’Université du Burundi, déplore le fait que le Kirundi est menacé tant dans ses formes que dans ses fonctions et que le Kirundi reste minoritaire dans l’enseignement. Elle lance un cri d’alarme que si rien n’est fait urgemment, cette situation risque de provoquer des conséquences négatives sur la diffusion des valeurs burundaises et d’accélérer l’inculturation des Burundais.


Dans un entretien qu’elle a dernièrement accordé au journal «Le Renouveau», Gertrude Kazoviyo dit que la situation s’est empirée surtout avec l’introduction des cours d’Anglais et de Kiswahili. « Nous disons qu’avec l’enseignement fondamental, surtout avec l’introduction de ces deux langues, il y a eu vraiment un fort ajustement des heures d’enseignement des langues », a-t-elle indiqué.Elle déplore également des différences assez importantes au niveau des volumes horaires alloués à l’enseignement des langues.    « A l’école fondamentale, dans la classe de 7è, le Kirundi est enseigné pendant 90 minutes alors que le Français  et l’Anglais ont 225 minutes chacun par semaine ». Ces différences existent bel et bien dans les classes post-fondamentales, et malheureusement, dans la section des langues. Comme indiqué, dans cette section, alors que le volume horaire pour le Français et l’Anglais est de 405 minutes pour chaque cours, le Kirundi n’a que 190 minutes par semaine. Dans la section scientifique, surtout en Economie, le professeur Kazoviyo affirme que le Kirundi est trop minoritaire au détriment des langues étrangères telles que le Français, l’Anglais et le Kiswahili qui sont largement dominantes. 

Impact de cette situation sur la promotion du Kirundi

Mme Kazoviyo a fait savoir que l’impact est que les Burundais parlent de moins en moins leur langue et que les élèves ne l’apprennent pas suffisamment. « Cela nous paraît bizarre parce que nous pensons qu’il y a un préjugé qui dit que les Burundais savent parler bien leur langue et qu’ils la connaissent assez  bien ». Cela risque d’avoir des conséquences négatives sur la maîtrise du Kirundi, sur la diffusion des valeurs burundaises et surtout d’accélérer l’inculturation des Burundais. Elle pense que les Burundais vont de moins en moins maîtriser leur langue ainsi que leur culture étant entendu que la jeunesse n’a pas de temps de l’approfondir tout au long de l’enseignement. « Si la jeunesse n’a pas assez de temps pour apprendre sa langue, cela signifie que demain, on n’aura pas assez de locuteurs bien appréciés», a-t-elle fait savoir. A part ce manque d’orateurs attitrés et bien appréciés dans la société, Mme Kazoviyo affirme que  le Kirundi va se retrouver appauvri.

Défis de l’enseignement du Kirundi à l’école fondamentale

Après avoir été mis au courant des différences de volume horaire alloué à l’enseignement des langues, la rédaction du Renouveau s’est rendue à l’Ecole fondamentale de Nyakabiga pour s’enquérir de la situation sur terrain. Sygisbert Ninziza, enseignant du cours de Kirundi, a fait savoir qu’avec l’introduction de l’école fondamentale, le volume horaire du Kirundi est resté inchangé. « Même avant l’enseignement fondamental, le Kirundi était enseigné pendant deux heures, soit 90 minutes par semaine », a-t-il indiqué.Toutefois, Sygisbert Ninziza trouve qu’un grand problème se trouve bel et bien dans les quatre premières années. « De la 1ère à la 4e année, l’enfant se retrouve dans l’obligation de suivre à la fois quatre langues alors qu’auparavant, le Kirundi était bien approfondi jusqu’en 4e année». M. Ninziza affirme que cela handicape les connaissances des enfants car ils sont trop surchargés.En plus, M. Ninziza trouve que le grand problème par rapport à la maîtrise  du Kirundi n’est pas la diminution de son volume horaire, mais plutôt le fait qu’au niveau de certaines familles, surtout dans la capitale, les enfants s’expriment peu en Kirundi. « Ils s’intéressent fort davantage aux langues étrangères qu’au Kirundi ». Pour lui, même si l’on augmente le volume horaire du Kirundi, le problème ne sera pas totalement résolu. « Autrefois, autour du feu, on s’intéressait à la littérature burundaise alors qu’aujourd’hui, cette littérature a été remplacée par la télévision. Voilà une des questions qui handicape la promotion du Kirundi », a-t-il conclu.

Quand le multilinguisme attise les braises dans la dévaluation du Kirundi

Le professeur Gertrude Kazoviyo ne mâche pas ses mots en affirmant que le multilinguisme peut contribuer à la dévaluation du Kirundi, si l’on n’y prend pas garde. « Le Kirundi est confronté à l’introduction des autres langues qui sont en concurrence. Or, le contexte actuel oblige les jeunes et les non jeunes à apprendre les autres langues car nous vivons la mondialisation; c'est-à-dire que les autres langues sont en train de percer. Malheureusement, notre langue perce moins par rapport à ces autres. Cela signifie que les valeurs culturelles burundaises trouvent de moins en moins le terrain où elles peuvent être véhiculées», a-t-elle averti.A la question d’établir une comparaison entre le Kirundi parlé de nos jours à celui d’avant la colonisation, Mme Kazoviyo affirme que même si elle n’est pas puriste, dans le temps, lorsqu’on n’avait pas encore introduit d’autres langues notamment avant la colonisation, on parlait le Kirundi qui n’est pas métissé avec d’autres langues. « Nous trouvons beaucoup de phénomènes liés au multilinguisme qui causent un impact relativement négatif sur la qualité du Kirundi ». Elle regrette encore une fois de plus le fait que le Kirundi a tendance à emprunter d’autres lexiques même à la place du lexique qui est disponible. « Il y a cette tendance à ouvrir largement la porte aux autres langues et cela peut appauvrir le Kirundi parce que la tendance est de céder la place au lexique des langues étrangères », a-t-elle notifié. Pour ce, elle lance un cri d’alarme que si rien n’est fait dans l’immédiat, le Kirundi peut effectivement s’appauvrir surtout auprès des jeunes.

Des initiatives déjà entreprises dans la promotion et la protection du Kirundi

Malgré cette situation, Gertrude Kazoviyo salue le pas déjà franchi dans le but de promouvoir notre langue. « On a déjà eu la promulgation d’une loi qui établit le statut des langues au Burundi. Cette loi clarifie l’utilisation de ces autres langues. Tout de même, il y a des dispositions qui donnent la priorité au Kirundi, notamment par l’institution de la mise en place de l’académie Rundi». Elle souhaiterait que cette institution linguistique soit mise en place et commence à fonctionner car c’est elle qui sera chargée de la promotion et de la protection du Kirundi. L’absence de cette institution freine aussi les efforts des chercheurs qui réfléchissent et créent de nouveaux concepts mais qui manquent une institution qui peut guider leurs recherches. Comme conséquence, ces mots ne peuvent pas être normalisés ni standardisés par manque de cette institution chargée de la codification de la langue.Il sied de rappeler que la loi portant statut des langues au Burundi a été promulguée dans le but de réguler la situation linguistique au Burundi afin de revaloriser la langue nationale pour en faire un tremplin culturel du développement national et d’instaurer un multilinguisme fonctionnel, convivial et complémentaire.

Moïse Nkurunziza (stagiaire)

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