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Musique> Apport des médias dans la promotion des artistes burundais

La musique burundaise est en train de gagner du terrain quoiqu’elle accuse encore des insuffisances

 

DSC09910Sans les canaux de communication, la musique burundaise n’aurait jamais pu émerger et se faire connaître. Le fait que les musiques exotiques se soient depuis longtemps fortement imposées à notre public, relève justement d’une exploitation sérieusement organisée des médias.Notre musique est en train de gagner du terrain quoique cela reste encore insuffisant.  Propos tenus par Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega lors d’un entretien avec notre rédaction. 

 

Les médias tant publics que privés ont sûrement des normes auxquelles les artistes doivent se conformer pour y faire passer leurs œuvres, notamment la qualité d’enregistrement sur des supports standards acceptables par tous. En matière de censure des paroles chantées, il n’y a pratiquement pas de formule modèle officielle à laquelle les radios et TV devraient se conformer.Les médias tant publics que privés ont sûrement des normes auxquelles les artistes doivent se conformer pour y faire passer leurs œuvres, notamment la qualité d’enregistrement sur des supports standards acceptables par tous. En matière de censure des paroles chantées, il n’y a pratiquement pas de formule modèle officielle à laquelle les radios et TV devraient se conformer.
 

Une école pour les jeunes auteurs-compositeurs burundais

Depuis son existence en tant que radio seulement dans les années 60, la Radio télévision nationale du Burundi (RTNB) a joué un rôle extrêmement important dans la diffusion des œuvres des artistes burundais. Elle a même servi d’école pour les jeunes auteurs-compositeurs burundais qui y puisaient chaque jour de l’expérience grâce à l’écoute des chansons étrangères qu’elle diffusait. La diffusion des œuvres y a été toujours gratuite. L’avènement de nombreux médias privés n’a pas changé cette pratique qui continue de rendre un grand service à nos artistes. Le public est toujours à l’écoute des radios/TVs pour découvrir les nouvelles chansons produites et bien sûr connaître leurs auteurs-compositeurs. « Il est intéressant aussi de constater que certains medias font des projets d’organisation de concours musicaux, notamment la RTNB et la radio Isanganiro, ce qui contribue beaucoup à la promotion de la musique », a-t-il souligné. Pour Justin Baransananikiye, l’accès des artistes à ces médias est apparemment ouvert mais elle n’offre pas les mêmes chances à tous. Un auteur-compositeur peut avoir des œuvres préparées mais tant qu’il n’aura pas eu les moyens de les enregistrer sur des supports permettant de les diffuser, il restera toujours inconnu. La question des interviews accordées aux chanteurs/musiciens reste également entre les mains des médias. Ce sont ces derniers qui choisissent avec qui elles veulent organiser des programmes. Dans ce cas, l’artiste ne paie pas le service et le média ne lui paie rien non plus. C’est sûrement un contrat donnant-donnant entre les deux parties: «  Tu me donnes tes œuvres, et moi je te diffuse gratuitement ». Cela ne peut que se passer ainsi compte tenu du fait que nos artistes n’ont pas les moyens de se payer un show télévisé ou une émission d’une heure sur une radio. Espérons que l’OBDA (Office burundais des droits d’auteur) tranchera cette question bientôt. 

Pousser les artistes à produire des chansons burundaises originales

Notre interlocuteur, faisant partie du Concours RTNB Music Talent 2017,  a également fait savoir que ce Concours était exceptionnel ; mais il faudrait encore améliorer sa méthodologie à la prochaine édition. C’est un événement qui, à la base, a rassemblé des chanteurs/musiciens représentant équitablement toutes les régions du pays, ce qui est très bon. Il a en outre mis en compétition tous les talents sur divers styles musicaux pratiqués et exploités par les jeunes artistes burundais. En ce qui est de son appréciation des chansons présentées, « j’estime bien que de manière générale, la promotion des chansons communément appelées « tradi-modernes » burundaises a été bien considérée et soutenue. C’est dans ce sens que nous devrions surtout évoluer dans un concours organisé par un média officiel ». Il encourage donc la RTNB à penser à réorganiser bientôt ce genre d’événement en commençant par pousser les artistes à se plonger dans la recherche pour la production de chansons burundaises originales, reflétant un cachet de notre culture. « Ce n’est pas un travail facile vu qu’ils sont déjà engloutis par les courants des styles musicaux de toutes origines et fortement commercialisées et rentables. Nous devrions nous asseoir ensemble, médias, artistes, producteurs, chercheurs et représentants de l’Etat, pour bien définir une ligne et un schéma de travail qui permettraient d’aboutir rapidement à une musique moderne ayant une réelle identité burundaise. Ne laissons pas les artistes seuls ; c’est une mission nationale dans laquelle le gouvernement burundais devrait sérieusement s’investir », a-t-il poursuivi.   

Avantages des concours organisés par les médias

Après le Concours RTNB Music Talent 2017, M.Baransananikiye a fait des observations. D’abord, mis à part que les lauréats se sont en général régalés grâce aux nombreux prix obtenus, certains d’entre eux s’en sont servis pour produire un album, d’autres ont exploité rentablement le matériel distribué, notamment les ordinateurs, etc, les autres investissant à leur manière l’argent reçu. Les artistes ont pu être découverts et connus par le public, leurs œuvres ayant été et continuant d’être diffusées par la RTNB.Mais à côté de cela, un autre grand avantage qui aurait pu être accordé aux lauréats de ce concours à long terme, aurait été de les encadrer et de les accompagner de manière plus consistante, en leur accordant des formations professionnelles en musique, et en les initiant à la recherche au sein de l’ethnomusicologie burundaise ; ces deux facteurs  étant connus comme éléments déclencheurs d’une production de meilleures chansons de qualité orientées dans le sens réel de la promotion d’une vraie musique burundaise moderne. « Les laisser seuls et attendre simplement l’organisation d’un futur concours avec des œuvres améliorées est une erreur de tactique ». 

Le temps accordé à nos chansons reste insuffisant

D’après le directeur de l’Institut de musicologie de Gitega, le modèle de la Radio nationale qui diffuse actuellement de nombreuses chansons des Clubs culturels burundais est à féliciter. Mais, « comprenons que les médias sont aussi confrontés aux exigences de leur audience qui demande des œuvres de qualité dans les programmes diffusés. Si nos artistes parvenaient à y répondre, il n’y a aucun doute que la musique burundaise pourrait gagner une place de choix au niveau des médias locaux ».Yves Kami, un des musiciens burundais salue la prolifération des médias locaux et des medias en ligne. Mais, il déplore le fait que ces médias n’accordent pas d’importance aux artistes locaux. « Ils devraient donner du temps suffisant, au moins à 70%, dans leurs diffusions, aux chansons burundaises dans le but de promouvoir notre musique. Nous entendons le plus souvent des productions étrangères alors que dans d’autres pays c’est plutôt l’inverse ». Pour lui, la musique burundaise a déjà franchi un pas par rapport aux années antérieures mais il reste encore des choses à ameliorer pour pouvoir s’imposer sur la scène internationale. Pour cela, les producteurs et les musiciens devraient prendre en compte les rythmes traditionnels.Pour M.Baransananikiye, l’industrie musicale burundaise a également tardé à  prendre racine. C’est pourquoi le ministère de la Communication et celui de la Culture devraient penser à un projet commun d’une collaboration beaucoup plus avancée pour appuyer le processus d’évolution de la consommation de la musique burundaise moderne par son propre public, a-t-il souhaité.                                                                                           

Yvette Irambona

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