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Activités culturelles> Leur financement

Les entreprises burundaises doivent s’y lancer

 

DSCO 1352Bien organisé et bien exploité, le secteur culturel est très important dans le développement d’un pays. « Nous observons partout dans le monde que la musique, le cinéma, la chorégraphie, la littérature et tous les arts en général sont devenus des richesses exploitées rentablement par l’industrie culturelle, offrant ainsi aux états des opportunités de percevoir des recettes importantes au profit de leurs économies », propos tenus par Justin Baransananikiye, directeur de l’Institut de musicologie de Gitega lors d’un entretien accordé à notre rédaction.  

 

Les productions cinématographiques et musicales notamment, les spectacles culturels divers, les expositions-ventes, les publications, etc, tout cela constitue aujourd’hui, un immense marché dans lequel les Etats et les hommes d’affaires n’hésitent plus d’investir.D’après Justin Baransananikiye, la valeur et l’importance de l’exploitation de l’industrie culturelle sont, actuellement reconnues dans presque tous les pays, et ont amené plusieurs acteurs à s’impliquer de façon dynamique dans le financement de ces activités. « Nous trouvons d’une part, les Etats qui s’y engagent par le biais de leur ministère de la culture, et de l’autre, les sociétés commerciales, les particuliers, les organismes internationaux comme l’Unesco à travers son Fonds international pour la diversité culturelle et d’autres organisateurs d’événements culturels ». Mais, la première responsabilité incombe aux Etats qui doivent soutenir la promotion des valeurs culturelles de leurs peuples et les diffuser. «Dans le cas de la plupart des clubs culturels du Burundi, par exemple, nous reconnaissons vivement les efforts personnels de certains amis de notre culture qui y mettent énormément de leurs moyens dans le seul but de perpétuer la sauvegarde de nos valeurs culturelles à travers le spectacle notamment, a-t-il poursuivi ».

Les artistes en tirent profit

Le profit des artistes participant à toutes ces activités culturelles se manifeste de trois manières suivantes : ils peuvent être rémunérés directement et sur place pour le travail accompli, par exemple après un spectacle. Ensuite, ils se font connaître au public grâce à leur travail, et peuvent ainsi bâtir une activité permanente basée sur leur métier. Troisièmement, toutes ces activités culturelles dont il est question sont généralement le résultat d’un travail de création. Et qui dit création dit « Droits d’auteur ». Dans la perception des droits d’auteur, l’artiste voit une reconnaissance, un soutien et un encouragement vis-à-vis de ses efforts, mais surtout une source légale de revenu sur laquelle il peut édifier ses espoirs pour survivre. «  Nous saisissons cette occasion pour interpeller tous les usagers des produits culturels, à bien vouloir honorer leur engagement vis-à-vis des artistes, créateurs de ce qu’ils utilisent. Les artistes ne vivent que de ça ; c’est leur droit ! .Nous remercions vivement le gouvernement burundais pour la création de l’Office burundais des droits d’auteur. Tous les artistes en attendent un travail sérieux et crédible qui les satisferait. 

L’implication du ministère de la Culture reste très minime

Par ailleurs, l’implication du ministère de la culture dans le financement des activités culturelles au Burundi reste très minime. Est-ce peut-être parce qu’on n’a pas encore compris que « Promouvoir la Culture égal business », a déploré notre interlocuteur.Il a aussi indiqué que la culture est un business très rentable dans le monde. Minimiser le soutien aux activités culturelles entraîne une réduction très remarquée des spectacles et exhibitions qui devraient normalement figurer sur le calendrier mensuel ou trimestriel dudit ministère. Et la mission de faire aimer notre culture à la nouvelle génération en souffre énormément. « Félicitons, cependant tous ces particuliers qui soutiennent nos clubs culturels, et qui les ont déjà amenés à se faire inviter à l’étranger ; mais il faut que cela continue grâce à des financements et crédits mis à leur disposition, et que des contrats internationaux soient gagnés ici et là chez les organisateurs des festivals internationaux ».

Suivre l’exemple de la Brarudi

Une grande entreprise, la Brarudi, l’a bien compris, mais il faut que d’autres suivent son exemple. Depuis plus d’une décennie en effet, cette entreprise a beaucoup investi dans l’organisation du grand concours musical « Primusic » qui a réveillé plusieurs artistes à se mettre sérieusement au travail. Son ancien collègue à l’Orchestre national, Magloire surnommé Budy, qu’il a  cité dans son livre « De l’Inanga à la Guitare Classique », a travaillé aux côtés de la Brarudi comme initiateur de Primusic et des Karaokés au Burundi. Il fait le constat suivant : « Le business musical est une affaire bien plus sérieuse que nous ne le pensons. Devenir une vedette internationale nous demande de prendre le chemin des studios commerciaux professionnels et de travailler avec des promoteurs qui ne badinent pas une fois qu’ils y ont mis leur argent… Primusic est un business musical très rentable… Un autre exemple est celui de Michael Jackson qui gagnait dans ses concerts avec des sponsors comme Coca-Cola. La musique rapporte plus que le football… La famille Bob Marley, tout comme Jimmy Hendrix, est la plus riche de la Jamaïque après sa disparition… Souvenons-nous toujours que la culture vend beaucoup plus avec un background musical ». Tous les grands artistes et les grands événements culturels internationaux ont derrière eux la main des grandes entreprises commerciales qui investissent dans les spectacles et qui y gagnent énormément. Alors, à quand un vrai réveil des entreprises commerciales burundaises pour appuyer la promotion de notre culture ?, s’est-il interrogé.

Se faire une grande publicité

Pour le directeur de l’Institut de musicologie de Gitega, investir dans les activités culturelles n’est pas un travail à perte même si la réalité sur terrain nous fait constater que le public burundais n’est pas encore suffisamment éveillé pour consommer sa propre culture. C’est un processus qui, justement se développe avec l’offre régulière de ce produit. Cela devrait par contre pousser l’Etat burundais et les entreprises privées à s’y lancer. Acheter un spectacle par exemple et le vendre à travers des tournées d’exhibition dans la sous-région ou plus loin dans d’autres pays est très rentable quand une bonne étude du marché est faite avec le concours d’experts en matière de promotion culturelle. Les chaînes de télévision, les radios et autres organisations culturelles internationales sont de grands consommateurs de la culture. « Nos entreprises peuvent se faire une grande publicité en laissant brandir leurs noms et marques par des ensembles culturels dont ils financeraient les spectacles ».                               

Yvette Irambona

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