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AMBIANCE> Marché de Ruvumera

Il fonctionne à la satisfaction des consommateurs

Même si certains commerçants du marché de Ruvumera ont été victimes de pillages à l’annonce de la tentative de coup d’Etat au Burundi, le marché fonctionne à la satisfaction des clients dans la mesure où toutes les denrées dont ils ont besoin sont disponibles.

DSC 0461La tentative de coup d’Etat qui a eu lieu au Burundi a causé certains dégâts matériels. A côté de quelques médias privés qui ont été brûlés, les commerçants du marché de Ruvumera ont été victimes de pillage. Les malfaiteurs ont profité du cafouillage pour se livrer aux actes de vandalisme et de pillage à ce marché. Cela n’a pas empêché aux vendeurs de vaquer à leurs activités quotidiennes même si le mouvement est timide. Voilà ce que le quotidien Le Renouveau a pu observer le lundi 18 mai 2015, au marché de Ruvumera.
D’après certains vendeurs interrogés, les pilleurs se sont faufilés entre les marchands et les clients pour commettre leur forfait. Ces malfaiteurs passaient sur quelques stands et échoppes pour voler les marchandises. Aujourd’hui, le calme est revenu dans ce marché. Ce qui a permis aux commerçants d’exercer leurs activés comme à l’accoutumé. Le mouvement de va-et-vient y est normal.

Toutefois, certains stands ne fonctionnent pas encore
Certains échoppes et stands ne fonctionnent pas encore au marché de Ruvumera. Selon les voisins de ces étals et kiosques jusque-là fermés, leurs propriétaires ont encore peur ou sont encore traumatisés par le coup d’Etat déjoué par les forces loyalistes.
Nous avons vu des vendeurs exposer leurs marchandises comme les tomates, les oignons, du piment, la patate douce, la pomme de terre, le haricot, le riz , … Les clients semblent se précipiter pour partir. Certaines personnes interrogées estiment qu’elles ne savent pas comment la journée pourrait se terminer. Raison pour laquelle il faut s’approvisionner vite pour rentrer à la maison étant donné qu’ils craignent le changement du climat.
La plupart des commerçants sont tranquilles. Ils espèrent que les forces de sécurité sont là pour les sécuriser. Et de préciser que les commerçants qui ne se sont pas présentés pourraient prochainement ouvrir leurs emplacements. Il attendent voir comment la journée de lundi 18 mai 2015 se sera passée.
Masta Shabani

 

 

Centre ville de Bujumbura> Reprise des activités

Les véhicules de transport en commun ont regagné les parkings

Après trois semaines de manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza et après la tentative du coup d’Etat du mercredi 13 mai 2015, certaines activités ont repris le lundi 18 mai 2015 au centre ville de Bujumbura. La preuve en est notamment les bus de transport en commun qui ont regagné les parkings.

 

DSC 0459Le quotidien Le Renouveau du Burundi a effectué une descente sur terrain pour se rendre compte de l’état des lieux des activités après trois semaines où les manifestants, la peur et les rumeurs ont contribué non seulement à l’arrêt de certains services publics mais aussi à celui des activités commerciales. Lors de notre passage au centre ville de Bujumbura, les gens avaient répondu à l’appel du maire de la ville que le calme était revenu après que le coup d’Etat ait été déjoué et de reprendre ainsi les activités. Les vendeurs de fruits et légumes avec qui nous nous sommes entretenus ont fait savoir qu’ils ont préféré reprendre les activités pour assurer la survie de leurs ménages. Quant à la sécurité, ils ont souligné qu’il y existe une amélioration dans certaines communes urbaines de Bujumbura. En outre, depuis le début des manifestations, les bus de transport en commun avaient cessé d’assurer le transport des passagers. Ce lundi, le constat est que les différents parkings du centre ville de Bujumbura fonctionnaient comme avant les manifestations.

Les magasins et les boutiques ont réouvert aussi
Interrogés sur l’ambiance qui règne autour de l’ex-marché central, les chauffeurs de bus ont souligné qu’ils espèrent que la vie en ville continuera à s’améliorer. En plus, nous avons constaté que les magasins et les boutiques avaient réouvert. Les commerçants ambulants ont eux aussi repris leurs activités. Arrivée au marché de Ruvumera, nous avons constaté que les gens ont repris leurs activités quotidiennes. Le constat global est donc que les services tant publics que privés ont repris dans l’ensemble même si nous avons observé qu’il y avait quelques magasins qui étaient encore fermés. Il pourrait que les propriétaires de ces derniers attendent l’évolution de l’état sécuritaire dans les heures qui vont suivre.

Appolinaire Nimubona

 

Centre ville de Bujumbura > Après le coup d’Etat raté

Les activités ont petit à petit repris leur cours normal

Dans la mi-journée du mercredi 13 mai 2015, un coup d’Etat a été déclaré par un groupe de militaires. Ainsi, les activités ont été paralysées à tous les niveaux de vie dans la ville de Bujumbura et tous les magasins ont été fermés. Après que ce coup d’Etat ait été déjoué, la rédaction du quotidien Le Renouveau a fait un tour dans la ville de Bujumbura, le samedi 16 mai 2015, pour se rendre compte de la reprise des activités et de l’ambiance qui  y régnait.

 

DSC 0937Faisant un tour dans différentes rues et autres places de la ville de Bujumbura, nous avons constaté qu’après quelques jours de paralysie de différentes activités, elles ont repris le cours normal malgré qu’il y ait certains magasins qui étaient encore fermés. Ausi, en passant devant différentes banques, on a constaté qu’elles étaient presque toutes ouvertes.
Sur la route Bujumbura Rumonge, au niveau de l’endroit dit Parquet général, nous avons vu que les gens qui aiment le sport étaient en train de jouer au basketball. Tout près de la station Engen communément appelée chez Katikati et tout autour de la Place de l’indépendance, beaucoup de magasins étaient ouverts. C’était la même chose au niveau du rond- point non loin de l’hôtel water front, au boulevard de l’Uprona, aux avenues de la victoire et de la mission et à la chaussée prince Louis Rwagasore où presque tous les magasins ont réouvert leurs portes. Bref, sur toutes les rues et différentes places visitées, comme au Kiosque de la Brarudi, l’ambiance était de fête.
Autour de l’ancien marché central de Bujumbura, le constat a été que le mouvement de gens et des engins automobiles était intense. Les bus et les taxis se faisaient remarqués sur tous les parkings sauf sur celui de Musaga. Le commerce ambulant dans les rues n’était pas comme d’habitude mais les femmes qui vendent les fruits tout autour de l’ancien marché central ont repris également leurs activités. C’était la même chose au Grocery store (l’ex grenier du Burundi) où les activités ont repris leur cours normal à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Dans tous les lieux que nous avons visités au centre ville, les gens vaquaient à leurs activités normales sauf pour le cas des cliniques privés qui étaient encore fermés.

Astère Nduwamungu

 

Dossier>Réconciliation

Le pardon n’est pas à confondre avec l’impunité

Pas de paix sans justice réconciliatrice. Le mandat du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie donne la latitude au procureur d’inculper tous les auteurs de crimes internationaux, y compris des chefs d’État en exercice. Cette disposition sans précédent provoque de vraies interrogations auprès des médiateurs des Nations unies et de l’Union européenne ainsi que des diplomates occidentaux à Genève. De ce qui précède, nous sommes en droit de nous demander si la réconciliation est une tâche possible et facile au Burundi.

DSC 3336La réconciliation est un processus difficile mais possible, c’est un signe qui montre que les humains sont réellement humains. Tels sont les propos de Mgr Jean-Louis Nahimana, président de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) au Burundi.
Pour lui, les conflits sont humains, toute personne humaine dispose de la conscience du bien et du mal.
Au niveau personnel, chacun de nous est animé d’un esprit biface et certaines personnes choisissent de faire le bien en évitant le mal, tandis que d’autres tombent dans le mal, donc dans le péché.
Parlant des relations interpersonnelles, Mgr Nahimana dit que le conflit est inévitable, nos ancêtres disaient que « ntazibana zidakubitana amahembe», ce qui signifie que si on cohabite, il est difficile d’éviter la collision.

Des violations graves
De fait, la justice en temps de guerre provoque la consternation mêlée d’hostilité des médiateurs internationaux. Ils redoutent que leur difficile travail soit encore compliqué par cette intrusion du judiciaire et ne vienne ruiner leurs efforts de mettre fin à la guerre. Ainsi, un auteur anonyme, écrit un article dans la revue Human Rights Quarterly, où avec une brutale franchise, il donne son point de vue : « La quête de justice pour les victimes d’atrocités d’hier ne doit pas faire des vivants d’aujourd’hui les morts de demain. Telle est une des leçons que la communauté des droits de l’Homme a pu tirer de l’ex-Yougoslavie. Il y a eu des milliers de morts, qui devraient être aujourd’hui vivants, parce que les moralistes cherchaient une paix parfaite. Malheureusement, une paix parfaite est quasiment inatteignable dans le contrecoup d’un conflit sanguinaire. Poursuivre les criminels est une chose, faire la paix en est une autre».
Y a-t-il une incompatibilité entre rendre justice et « faire la paix » ? Absolument pas, répond le procureur du TPIY, Richard Goldstone dans Human Rights Quarterly. Il répond à cet interlocuteur anonyme que c’est se leurrer gravement que de croire en la parole de paix de criminels de guerre :
« Une paix acceptée par une société dotée de la volonté et de la capacité de se guérir, de la volonté et de la capacité de dépasser les souffrances du passé, est la seule paix réellement viable. Telle est la paix que la communauté internationale devrait chercher à favoriser.
Une paix qui serait téléguidée par des criminels de guerre, malfaisants et méprisants de toutes les règles ou normes fondamentales du droit international, et soucieux de protéger leurs intérêts, ne saurait être ni viable, ni durable. »

Faut-il tourner la page sans la lire ?
Le président de la CVR reconnaît que le Burundi a connu de violations sociopolitiques graves sur une période de plus de 50 ans, de l’indépendance à nos jours. Ce qui a provoqué des blessures cruelles.
Pire encore, précise-t-il, il n’y a jamais eu de volonté politique, mais plutôt celle de tourner la page sans la lire.
Aujourd’hui, la jeune génération de Burundais veut prendre le bœuf par les cornes. Depuis l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, on veut regarder en face tous ces maux qui ont rongé notre pays, cela constitue un atout à capitaliser.
Jean-Louis Nahimana dit qu’à côté de cette génération, une autre catégorie de gens affiche une méfiance. Celle-ci a, à force de vivre des événements douloureux, fini par verser dans le désespoir.

Accorder un crédit à la jeune génération
Ce n’est pas une solution magique, c’est un processus d’éducation des consciences afin que les gens se sentent responsables.
Ce n’est pas aux autorités d’imposer la réconciliation, mais une démarche interpersonnelle qui consiste à conscientiser, à regarder en face les problèmes qu’ils ont vécus, afin d’aboutir à une réconciliation effective.
Il importe de faire rencontrer l’offenseur et l’offensé. L’offenseur doit être préparé pour être à la hauteur de demander pardon et l’offensé à pardonner.
Le plus important pour quelqu’un qui a été profondément blessé, c’est de pouvoir pardonner.
Les offenses que nous subissons nous blessent, mais nous ne pouvons pas rester dans cet état.
Une personne qui n’a pas pardonné reste dans une sorte de prison, en portant le poids du malfaiteur.

Pardonner, force ou faiblesse ?
Pardonner, a expliqué Mgr Nahimana, est une grande force d’esprit qui nous permet de ne pas tomber dans le piège de celui qui nous a fait du mal et de se libérer du joug de la haine.
Le pardon n’est cependant pas synonyme de l’impunité, dit notre interlocuteur. C’est tout un processus. Il évoque le cas de saint Jean Paul II, qui est allé voir son agresseur en prison mais qui a laissé la justice faire son travail. D’autres exemples à suivre sont ceux du roi Mwambutsa Bangiricenge, qui a demandé à la population de rester sereine après l’assassinat de son fils bien aimé. M. Ndadaye père a fait la même chose. Pour y arriver, il faut se mettre au-dessus de la violence subie et se débarrasser du poids de vengeance.

Préparation spirituelle
Il faut oser regarder en face l’histoire que l’on a vécue avec beaucoup de lucidité. Le pardon est un aboutissement d’un long processus et chacun a sa façon d’y arriver.
On doit savoir mettre sur la balance le poids de la douleur et le prix à payer pour sauver les générations présentes et futures.
Nous devrions penser à Jésus qui a accepté de mourir pour payer notre dette.
Après avoir subi la violence, la victime vit un moment de haine qu’il faut respecter afin de préparer d’autres étapes, qui aboutiront au pardon.

La CVR ne manque pas de défis
Au niveau politique, la Commission Vérité et Réconciliation se heurte à des personnes ou groupes de personnes qui n’adhèrent pas encore au processus.
La commission a le devoir de les convaincre et de leur montrer qu’il y va de leur intérêt et de celui de la nation.
Mgr Nahimana trouve que ceux qui affichent la méfiance a priori ont besoin d’ un sursaut de conscience.
Au niveau technique, la commission a un mandat de 4 ans pour traiter des violations vécues pendant 50 ans. Il est donc pertinent de planifier en conséquence pour être efficace et efficiente.
Sur le plan culturel, notre interlocuteur parle des difficultés des Burundais de dire la vérité. La solidarité négative bloque les choses.
Il est nécessaire de recourir à la sagesse, d’avoir beaucoup de tact, pour mener un peuple qui n’est pas habitué à dévoiler la vérité. On doit expliquer que la rétention de la vérité a des conséquences sur l’avenir et qu’il faut donc éviter de léguer les mêmes misères à nos enfants.
Notre interlocuteur en appelle à la responsabilité de tout un chacun afin de laisser un Burundi où tout le monde a une place au soleil avec des droits bien respectés.
Pour y parvenir, notre peuple doit se souvenir qu’il faut se serrer les coudes dans le malheur. Quand on est isolé, on se croit le plus malheureux du monde, mais lorsqu’on en parle avec les autres, la douleur s’atténue.
Le plus important, c’est de faire la lumière sur le passé douloureux du pays et préparer un avenir meilleur pour nos enfants.

La justice n’est pas négociable même si elle conduit à exclure des chefs politiques et militaires.
À l’inverse, les « démocratiseurs » adoptent une logique confrontationnelle, car ilconsidèrent que la justice n’est pas négociable même si elle conduit à exclure des chefs politiques et militaires. La justice est, selon eux, la pré-condition à la démocratisation, garantie d’une paix durable. Ils s’appuient sur des normes qu’ils tiennent pour universelles et estiment moralement faux que des médiateurs restent dans une position de neutralité lorsque des crimes de masse sont commis.
« Démocratiseurs » et « gestionnaires de conflit » se rejoignent sur deux points. Ils ont tous deux recours à des raisonnements hypothétiques pour justifier leur point de vue. Ils ont tendance – même si cela est moins vrai aujourd’hui – à présenter la tension entre la recherche de la paix et de la justice comme un jeu à somme nulle. Ce que l’un gagne, l’autre le perd. Cependant, différentes réflexions ont conduit à repenser l’articulation entre mécanismes judiciaires et processus de paix, y compris dès l’élaboration du Statut de la Cour pénale internationale en 1998.
Nous verrons aussi comment cette opposition frontale entre « gestionnaires de conflit » et « démocratiseurs » est en train d’ouvrir sur une réflexion plus large sur les synergies qui peuvent se dégager entre processus de paix et processus de justice.

Le rétrécissement des amnisties permis sibles
À ce dispositif légal et politique, il faut encore ajouter un élément essentiel : le rétrécissement des amnisties permissibles. Traditionnellement, les amnisties étaient considérées comme un élément essentiel dans un règlement négocié. Selon les chiffres d’une étude conduite par Cherif Bassiouni, sur les 313 conflits qui se sont déroulés entre 1945 et 2008, 126 se sont conclus par des amnisties générales. Des pays tels que l’Espagne, le Portugal, le Mozambique, le Nigeria, le Liban et bien d’autres les ont utilisés, y compris lorsqu’il s’agissait de violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’Homme.
Mais dans le courant des années 1990, avec la création des tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, les règles internationales évoluent. En 1998, le Statut de la Cour pénale internationale institutionnalise marque le changement d’approche de la communauté internationale. Au nom de la « réconciliation », l’accent est désormais mis sur la lutte contre l’impunité s’agissant de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide. En théorie, les amnisties générales pour les crimes internationaux sont désormais proscrites par les deux tribunaux ad hoc des Nations unies.
Ainsi, dans un langage musclé, un représentant du procureur de la CPI (Cour pénale internationale) souligne que les règles du jeu ont changé :
« cent quatre États ont volontairement souscrit aux Statuts de la CPI qui dit trois choses : l’impunité est terminée ; les juridictions nationales se chargeront de ceux qui ont violé le droit pénal, et si elles ne veulent ou elles sont dans l’incapacité de le faire, la CPI interviendra.
La question que les médiateurs doivent se poser, c’est comment faire passer ce message aux belligérants, à savoir que les options ont changé et que l’impunité n’en est plus une. Tout autre message serait trompeur et potentiellement dangereux. Ce que tout le monde doit comprendre, c’est le fait que le Statut de Rome ne rend pas la paix impossible.
Il rend simplement ­inacceptable le fait que l’impunité soit offerte en échange de la paix, lorsque des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide ont été commis.
Ce qui fut jadis considéré comme un prix acceptable pour obtenir la paix n’est plus une possibilité légale. C’est une décision que les États ont pris et c’est la nouvelle réalité juridique.
Les médiateurs peuvent évidemment proposer des amnisties. Les États peuvent décider en ce qui les concerne, de ce qu’ils peuvent offrir et comment ces amnisties seront conformes à leurs obligations internationales, mais la CPI ne sera pas liée par ces amnisties. La protection offerte par ces deals deviendra considérablement moins attractive. »
Les Nations unies se sont adaptées à ces nouvelles règles et au printemps 1999. Elles ont envoyé un message confidentiel à tous leurs représentants pour leur signifier que l’Onu ne peut plus accepter, y compris dans des traités de paix, le principe d’offrir des amnisties dont bénéficieraient les auteurs de crimes internationaux.
Le premier cas concret a surgi à peine quelques semaines plus tard. Francis Okelo, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour le conflit de la Sierra Leone, qui opposait alors le gouvernement à l’impitoyable guérilla du Revolutionary United Front (RUF), a finalisé un accord de paix qui prévoit dans son article IX, une amnistie générale : « Afin d’apporter une paix durable, le gouvernement de la Sierra Leone prendra toutes les mesures appropriées pour garantir au caporal Foray Sankoh un pardon absolu et inconditionnel (« absolute and free pardon »). Après la signature de cet accord, le ­gouvernement de la Sierra Leone offrira aussi un pardon absolu et inconditionnel à tous les combattants et collaborateurs, indépendamment de ce qu’ils ont fait pour atteindre leurs objectifs, et ce jusqu’à la signature de cet accord. »
Sur instruction du Secrétaire général, Kofi Annan, une clause est alors introduite à la dernière minute par son représentant spécial, interdisant l’octroi d’amnisties pour les auteurs de crimes internationaux. Cette nouvelle disposition a concrétisé la nouvelle approche des Nations unies. Kofi Annan s’en est expliqué, affirmant que la recherche de la paix impliquait certes des compromis, mais que ceux-ci ne pouvaient justifier l’impunité pour les crimes les plus graves : « Comme d’autres accords de paix, beaucoup de compromis ont été nécessaires dans les accords de paix de Lomé. Avec pour résultat que certains des termes qui ont rendu cette paix possible, en particulier, les dispositions concernant l’amnistie sont difficiles à réconcilier avec le but de mettre un terme à la culture de l’impunité, laquelle a inspiré la création des tribunaux des Nations unies pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda.
Depuis lors, plusieurs pays (notamment la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, la Croatie, l’Éthiopie, le Venezuela) ont adopté une législation qui interdit expressément l’octroi d’amnisties pour des crimes internationaux.
De même, sans surprise, la jurisprudence des tribunaux pénaux internationaux est consistante sur ce point-là. Dans l’affaire Furundzija, le TPIY a affirmé que l’octroi d’amnisties pour des crimes internationaux n’était pas acceptable au regard des règles internationales. Les juges du tribunal spécial de la Sierra Leone ont été eux aussi parfaitement explicites :

Un État ne peut amener dans le monde l’oubli d’un crime contre le droit international
« Dès lors que la compétence est universelle, un État ne peut empêcher un autre État de se prévaloir de sa compétence de poursuivre un criminel, au prétexte que celui-ci est au bénéfice d’une amnistie. Il est pour cela irréaliste de considérer l’octroi d’une amnistie par un État comme étant universellement acceptée, dès lors qu’il s’agit de crimes internationaux où la compétence est universelle. Un État ne peut amener dans le monde de l’oubli un crime, si celui-ci est un crime contre le droit international et dont d’autres États ont le droit de se souvenir. »
La Cour interaméricaine de justice a aussi affirmé que l’amnistie générale accordée au Pérou, qui décourageait les enquêtes et refusait des réparations aux victimes était invalide. La cour a estimé que « toutes les dispositions sur la prescription et sur l’établissement de mesures destinées à éliminer la responsabilité étaient inadmissibles, parce qu’elles visent à prévenir des enquêtes et à punir les responsables de violations des droits de l’Homme ». La même cour, dans différentes affaires, a aussi estimé que les lois d’amnistie au Chili, en Argentine, au Salvador, sont incompatibles avec la Convention interaméricaine, car elles ne satisfont pas au devoir de poursuivre de tels crimes.
YOLANDE NINTUNZE
CHARLES MAKOTO

 

 
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