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Décorticage> Crise burundaise déclenchée en octobre 1993

La très controversée question des forces de sécurité étrangères

 

Dans plusieurs déclarations des politiciens burundais, on décèle beaucoup de contradictions par rapport à la question des forces de défense et de sécurité burundaises. Ainsi par exemple, dans une déclaration du 25 janvier 2001 signée conjointement par les partis du G6 et les partis du G7 (le G13), ces derniers proposent notamment que : « les conditions de sécurité pour la mise en place de ces institutions de Transition, doivent être étudiées préalablement et évaluées par la CSA conformément aux dispositions de l’Accord ».

MINANI

La CSA (Commission de suivi de la mise en application de l’Accord d’Arusha) est instituée par ledit Accord dans son article 3 du quatrième protocole sur les garanties pour l’application de l’Accord d’Arusha. Il devient dès lors difficile de comprendre comment on retrouve parmi les signataires de cette déclaration les responsables des partis politiques tutsi du G6, eux qui sont les chantres du « patriotisme » et de la « souveraineté nationale ». N’est-il pas en effet Joseph Nzeyimana du Raddes qui avait, par exemple, dit auparavant dans un communiqué du 1er août 2000 que : « Le Raddes refuse de retourner à un système de tutelle avec la fameuse commission de suivi ».
Pour plus de précisions, dans sa composition, en plus de quelques Burundais, la CSA comprend notamment «des représentants de l’Organisation des nations unies, de l’Organisation de l’Unité africaine et de l’Initiative régionale de la Paix sur le Burundi » (Cf. l’Accord d’Arusha à la page 96). Bien plus, nous lisons toujours à cette page que, dans son mandat, la CSA doit notamment « orienter et coordonner les activités de toutes les commissions et sous-commissions créées en application des différents protocoles aux fins de la mise en œuvre de l’Accord », à savoir le Comité technique chargé de l’application des modalités de mise en place d’une force de défense nationale et le Comité technique chargé des modalités relatives à la création de la police nationale ; la Commission mixte pour la mise en œuvre du cessez-le-feu (Commission de cessez-le-feu) ; la Commission de réinsertion ; la Commission nationale de réhabilitation des sinistrés.

Des étrangers autorisés à intervenir même dans des secteurs régaliens

Pratiquement, la CSA est autorisée d’intervenir dans tous les secteurs de la vie nationale, y compris dans les secteurs sensibles, et surtout de souveraineté nationale, à savoir la défense et la sécurité du pays. Bien plus, la CSA a son siège à Bujumbura et il est clairement stipulé qu’elle « est présidée par le représentant de l’Organisation des nations unies qui agit en concertation avec le gouvernement de transition, l’Organisation de l’unité africaine et l’Initiative régionale de paix sur le Burundi » (Cf. L’Accord d’Arusha aux pages 96 et 97).
La vie nationale est donc entre les mains des étrangers, n’en déplaise aux défenseurs de la souveraineté nationale et du patriotisme. En effet, pendant la période de Transition, l’Accord d’Arusha donne ainsi les pleins pouvoirs aux étrangers d’intervenir de façon décisive dans la gestion du pays, y compris les secteurs régaliens comme la défense et la sécurité, les nationaux (surtout le gouvernement de transition) n’occupant qu’une place de seconde zone (ils doivent seulement être concertés).
Dans toutes les démarches qu’il a entreprises lors des négociations, le G7 a toujours réclamé et exigé une force de sécurité étrangère comme première garantie de la réussite du processus de paix en général et de la mise en application de l’Accord d’Arusha en particulier. Pendant ce temps, les partis du G10 trouvent que cela constituerait un acte qui entame la souveraineté et l’indépendance nationale ainsi qu’un manque de patriotisme.

Qui croire ?

A un certain moment du processus des négociations, la question à la une qui revient sur toutes les bouches des politiciens burundais est l’Unité spéciale de protection des institutions. Au retour de l’Afrique du sud le 4 septembre 2001, le président de la République est optimiste quant à la mise en place des institutions avec le 1er novembre 2001. Même s’il advenait que l’Unité Spéciale ne soit pas encore constituée, on saura en effet comment faire (Voir la déclaration de Pierre Buyoya sur les radios locales le 4 septembre 2001).
Le futur vice-président de la République, Domitien Ndayizeye est également très sûr. Lui aussi, au retour de l’Afrique du Sud le 6 septembre 2001, se confie à la presse locale et affirme que tout le monde est d’accord. L’Unité spéciale sera formée par les membres des forces armées régulières et les membres des mouvements politiques armés (CNDD, Frolina et Palipehutu) signataires de l’Accord.
La veille, Mathias Hitimana nous aura appris par contre que le G7 aura du mal à convaincre les autres sur la question de l’Unité spéciale, puisque cette dernière sera composée, à part égale, par les hutu et les tutsi membres actuels des forces armées régulières. Il était donc hors de question d’intégrer les membres des mouvements politiques armés dans l’Unité spéciale. Il ne saurait en être autrement pour Hitimana dans la mesure où les autorités actuelles hutu sont gardées par les membres de l’armée régulière.
Comme pour dire « nous sommes là les concernés et la question nous revient », le ministre de la Défense nationale, le Général Major Cyrille Ndayirukiye, lors de l’ouverture au mess des officiers de Bujumbura des travaux d’un comité technique d’experts militaires du Ghana, du Nigeria, de l’Afrique du sud, du Sénégal et du Burundi qui dureront dix jours, affirme qu’on est à « l’état embryonnaire de la réflexion » dont les conclusions seront communiquées au facilitateur Nelson Mandela « afin qu’elles soient versées plus tard dans les négociations globales de paix ». Et, aux fins de ne pas faire peur surtout à l’opinion tutsi, Cyrille Ndayirukiye préfère plutôt parler de «mission militaire internationale d’appui au processus de paix interburundais» (Voir le discours d’ouverture des travaux du comité technique du 24 septembre 2001).
Le ministre de la Défense nationale n’hésitera pas d’accuser certains politiciens hutu du G7 d’« avoir un agenda caché », eux qui ont toujours diabolisé l’armée nationale et travaillé pour son démantèlement au moment où les politiciens du G10 voient dans cette même armée un rempart de nature à «les protéger contre le génocide ». Alors, dans l’Unité spéciale de protection des institutions, le G7 chercherait, de façon astucieuse, que ce projet soit enfin réalisé (Cf. une Déclaration du ministre de la Défense nationale du 5 octobre 2001 sur la radio locale Bonesha FM).
A toutes fins utiles, il faut rappeler que la rencontre de ces experts militaires faisait suite aux consultations de Pretoria en mars 2001 entre les ministres de la Défense du Ghana, de l’Afrique du sud et du Burundi et celles de Pretoria toujours du 5 juin 2001 entre les ministres de la Défense du Ghana, de l’Afrique du sud, du Burundi, du Sénégal, du Nigeria auxquels s’était jointe la Belgique. Ces consultations avaient conclu à l’ « inutilité » d’envisager une force de maintien de la paix au Burundi, à la suite du manque d’observation du cessez-le-feu et de l’ «immaturité politique » du processus de paix.
Dans la foulée, autour de 600 militaires sud-africains sont sur le sol burundais et les médias nous apprennent que des militaires sénégalais, nigérians et ghanéens arrivent incessamment au Burundi. En qui alors placer sa confiance ? Toujours est-il que, chemin faisant, le G7 était parvenu à s’allier certains membres du G10.
En effet, dans un document du 24 juin 2000, les signataires (Abasa, Frodebu, Frolina, Parena, Palipehutu, PL, PP, PRP, RPB) sont pour l’intégration, la démobilisation ainsi que les garanties militaires. Ils affirment que « l’argument de la souveraineté reste discutable pour un pays qui a confié la recherche de sa paix civile à des étrangers et qui compte sur l’assistance de la communauté internationale pour sa survie économique » (Cf. le Document : République du Burundi, partis et mouvements politiques en négociation signé à Arusha le 4 juin 2000). Une position pour le moins réaliste et logique.
Dans le cadre de l’Anac (Alliance nationale pour le changement), la déclaration du 25 avril 2000 : Appel au peuple burundais signé Domitien Ndayizeye (Frodebu) et Rémy Nkengurutse (Parena) est en contradiction notoire avec les positions actuelles du Parena sur l’armée, le génocide et les garanties militaires.
Plus éloquents et contradictoires encore, ce sont les protocoles d’accord signés en trois phases à Kampala ou à Dar-es-Salaam entre le docteur Jean Minani (Frodebu) et le colonel Jean-Baptiste Bagaza (Parena) dans ce qu’à l’époque on avait baptisé le tandem Minani-Bagaza.
Quand la CNPR (Convergence nationale pour la paix et la réconciliation) a eu vent de l’existence de ces protocoles entre Minani et Bagaza, elle a crié à la haute trahison. Ainsi, selon la CNPR, ces protocoles occultent le génocide ; ils veulent que la justice burundaise soit dans les mains des étrangers et que les forces étrangères envahissent le pays. Pour Libère Bararunyeretse (Uprona et vice-président de la CNPR), si une fois le tandem Bagaza-Minani aboutit, « ce serait un coup de guerre et non de paix ». Le Frodebu Nzojibwami (qui préside la CNPR) s’exprimera dans des termes beaucoup plus forts en affirmant que cette démarche Minani-Bagaza « n’a d’autre but que de brader la souveraineté nationale » ; que c’est « l’invasion du Burundi envisagée» et recommande au gouvernement « de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour épargner au peuple burundais la révolution sociale à la rwandaise (1959) préconisée par Ntibantunganya, les Minani et leurs parrains de Kiriri et de l’étranger » (Cf. Déclaration n°005/2000 du 17 mars 2000 signé Thomas Bukuru alors secrétaire général du Frodebu Nzojibwami).
Et pourtant, le même Libère Bararunyeretse affirme plus tard que les forces étrangères qui viendront au Burundi ne sont pas identiques à celles que Ntibantunganya avait réclamées avant l’« acte de sauvetage » de Buyoya le 25 juillet 1996 quand il a renversé le président Ntibantunganya. Cette affirmation pour le moins fantaisiste de Bararunyeretse intervient au moment où la facilitation vient de proposer le tandem Buyoya-Ndayizeye comme leadership de la Transition, les deux ayant cosigné une série de conditionnalités dont la venue de troupes étrangères au Burundi afin de sécuriser les Institutions.
En effet, il est écrit en lettres d’or comme huitième conditionnalité de : « faire appel aux troupes régionales et internationales et aux forces de maintien de la paix en nombre suffisant, et collaborer entièrement avec eux aux fins du maintien de la paix et de la sécurité. De plus, autoriser la mise en place d’une Unité spéciale de protection dans le but d’offrir une protection aux dirigeants politiques et au personnel international. L’Unité doit être composée d’un nombre égal de militaires/policiers burundais et des personnes nommées par le G7 et le G10. Ladite Unité doit être sous le commandement conjoint des Burundais et sera assistée et formée par le personnel militaire des pays volontaires convenus » (Cf. Conditions cosignées par Buyoya et Ndayizeye le 13 juillet 2001 à Arusha).
Pour l’Uprona, ce n’est donc plus de la « haute trahison » dès lors que Buyoya est de la partie.
Mais, quels sont ces fameux protocoles tant décriés du tandem Minani-Bagaza ? Il s’agit des protocoles signés, comme nous l’avons déjà souligné en trois phases : le 30 octobre 1999 à Dar-es-Salaam, le 27 novembre 1999 à Kampala et le 19 février 2000 à Kampala.
BAgazDans les conclusions sur les consultations entre le Frodebu (Minani) et le Parena (Bagaza) reprises dans la 5ème partie du protocole de Kampala du 27 novembre 1999 portant sur les garanties de l’application de l’Accord général de paix, il y a tout un paragraphe sur les garanties sécuritaires. Le Frodebu et le Parena sont en effet d’accord pour la protection des nouveaux et anciens hauts cadres de l’Etat. Pour cette catégorie de Burundais : « la garantie sécuritaire sera constituée par une force militaire dont l’effectif et l’équipement dépendront du nombre de hauts cadres à sécuriser, de leurs lieux d’activités, ainsi que de la situation politique générale ». D’une manière spécifique, les deux politiciens burundais (Minani et Bagaza) s’accordent que du personnel militaire national et étranger seront appelés à assurer la sécurité de cette catégorie de personnes ; un effectif militaire spécialisé de mille à deux mille hommes provenant des forces internationales de maintien de la paix sera affecté à la réalisation de cette tâche.
Minani et Bagaza sont d’accord aussi sur des forces internationales de maintien de la paix et un comité technique mixte composé de Burundais et d’étrangers aux fins de la démobilisation et de l’intégration. Jusque-là, il n’y a pas de trahison même pour Bagaza pourvu que le tandem Minani-Bagaza soit accepté.
Dans les conclusions du protocole de Dar-es-Salaam du 30 octobre 1999, le Frodebu (Minani) et le Parena (Bagaza) s’accordent sur la mise en place de la « Commission internationale d’enquête judiciaire » et de la « Commission Vérité, Arbitrage et Réconciliation ». Ils préconisent aussi « le pardon mutuel et la remise des biens spoliés ».
Le point 9 dudit protocole propose de faire « appel à des policiers, juges et avocats nationaux et internationaux, dans le cadre de la coopération internationale, pour identifier et juger les présumés responsables et auteurs des crimes », lesquels crimes sont autres que le génocide et les crimes contre l’humanité.
Toujours dans ce protocole de Dar-es-Salaam, le principe de l’intégration des groupes de la rébellion dans l’armée nationale a été retenu par les deux délégations (Cf. les conclusions du protocole sur le chapitre III : La paix et la sécurité pour tous).
N’est-il pas aussi vrai que le G7 a exigé une force militaire internationale comme l’une des garanties et que le Parena a estimé qu’on ne pourrait pas s’opposer à « toute personne pouvant sécuriser la vie de toutes ces personnes qui ont été victimes du régime » ? (Voir la brève Nouvelle n° 555 du 22 avril 2000 parue dans Burundi-Bureau. N’est-il pas également vrai que lors de la rencontre du 22 mai 2001 de la Mission du Conseil de sécurité des nations unies à Bujumbura avec quelques signataires de l’Accord d’Arusha, le secrétaire général du Parena d’alors, Rémy Nkengurutse, a demandé au Conseil de sécurité des nations unies de mettre en place les conditions de sécurité nécessaires pour que les leaders politiques en exil, comme le président du Parena, puissent rentrer et exercer leurs droits politiques ?
Alors, à quoi riment par après les appels du Parena à des marches manifestations, notamment celle du samedi 11 août 2001 contre : le démantèlement de l’armée nationale ; l’invasion des troupes étrangères qui signifie la mise sous tutelle de notre chère patrie ; l’amnistie du crime de génocide, la mise à l’honneur de l’impunité et la promotion du génocide et des crimes contre l’humanité comme des opinions politiques ?
Franchement, quand cela vient de soi, c’est bénin mais quand cela vient de l’autre, c’est nocif. En tout cas, nous avons besoin d’être inspiré pour y voir clair et pouvoir comprendre.
Tout commence avec la rencontre de Pretoria du 10 juillet 2001 qui a désigné Buyoya et Ndayizeye comme leadership de la Transition sentie par le Parena comme un acte d’inscrire « au programme le démantèlement de l’armée nationale et l’invasion du pays par des troupes étrangères » (Cf. Déclaration N° 003/D/2001 du Parena du 18 juillet 2001 signée par son porte-parole Zénon Nimubona).
Et si la chance avait souri au tandem Bagaza-Ndayizeye ou Bagaza-Minani quelle aurait été la réaction du Parena ? En tout cas, Bagaza a été déçu. En effet, si les conclusions des trois protocoles signés entre Minani et Bagaza avaient rencontré l’aval des autres politiciens burundais ainsi que la bénédiction de la facilitation, Bagaza et Minani allaient se partager les rôles dans la gestion du pays. Mais quand les choses ont plutôt tourné en faveur de l’Uprona (Buyoya) et du Frodebu de Jean Minani (Ndayizeye), Bagaza a fait volte face et renoncé à ce à quoi il aspirait avant. Histoire de l’arroseur arrosé. Ne perdons pas de vue aussi que Bagaza avait été renversé en 1987 par le major Buyoya et qu’il n’a jamais digéré le coup et pardonné ce dernier. Si la démarche de Bagaza et Minani avait abouti, cela aurait été une belle revanche sur le major Buyoya puisqu’il se dit que Bagaza aurait tout fait pour piloter la transition au plus haut sommet et qu’il n’allait pas céder la place à l’équipe de Minani. Pour dire que le Frodebu de Minani allait conclure un marché de dupe.
Gilbert Ntahorwamiye
Documentation

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