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Dossier> L’intégration de la communauté Batwa dans la planification familiale

Elle doit s’associer aux autres pour pallier la démographie galopante

 

IMG 1141L’étude qui a été faite en 2014 par l’Uniproba (Unissons-nous pour la promotion des Batwa) a montré que les Batwa commencent à procréer à l’âge de 12 ans. Par conséquent, ils mettent au monde beaucoup d’enfants. Cela peut entraîner des conflits familiaux liés à l’exigüité des terres mais aussi aux conséquences au niveau de la santé. C’est pour cette raison que le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida organise des séances de sensibilisation pour les intégrer dans la planification familiale.

 

Denise Barankenyereye est une femme Mutwa habitant la zone Buterere. Elle a fait savoir qu’elle a quatre enfants. « J’ai mis au monde quatre enfants pendant quatre ans. Souvent, je ne trouve pas de quoi les nourrir. Ceci parce que, nous n’avons pas de terre à cultiver. Nous vivons de l’aumône demandée aux bienfaiteurs de différents quartiers de la mairie, mais aussi de montants gagnés auprès des gens qui nous donnent de petits travaux à faire notamment la vaisselle, le lavage des habits, la propreté dans les jardins ou dans les petits champs. Avant, je ne savais pas qu’il y a des méthodes contraceptives modernes qui aident les couples à mettre au monde les enfants qu’ils sont capables de prendre en charge. Car, je n’ai pas encore vu d’associations qui nous approchent pour nous sensibiliser sur la maîtrise des naissances », a-t-elle annoncé.
Mme Barankenyereye a ajouté que durant ces derniers jours, le Programme national de santé de la reproduction (PNSR) a effectué des descentes dans la zone Buterere pour sensibiliser la communauté des Batwa sur la planification familiale. Elle a témoigné qu’elle ne savait pas que beaucoup de femmes meurent quand elles mettent au monde ou à cause des complications liées au surnombre de grossesses. Aujourd’hui, après les dites séances de sensibilisation, elle a affirmé qu’elle est consciente que la communauté Batwa doit également adhérer à la planification familiale.
Cependant, a-t-elle révélé, les hommes Batwa n’ont pas encore compris l’importance de la planification familiale : « Après la sensibilisation sur la planification familiale, j’ai essayé de convaincre mon mari pour que j’utilise les méthodes contraceptives. Il a mal accueilli cette information en me disant que la communauté des Batwa est vulnérable. Pour ce faire, nous devons continuer à mettre au monde de façon qu’il y ait un nombre d’enfants qui peuvent résister aux maladies ou à la mort », a-t-elle ajouté.
Notre source a en outre signalé qu’elle n’a pas cessé de montrer à son mari les bienfaits de la planification familiale. Et, il a fini par accepter et ce couple a adhéré à la planification familiale : « Nous nous sommes convenus que nous allons arrêter de mettre au monde et prendre en charge les enfants que nous avons. »
Mme Barankenyereye a fait un clin d’œil à la communauté des Batwa que, pour participer comme les autres au développement du pays, il faut adhérer à la planification familiale afin de pallier la démographie galopante.
Elle demande à tous les acteurs qui interviennent dans la promotion de la santé en général et la santé de la reproduction en particulier, d’impliquer davantage les hommes pour réussir la planification familiale.

La communauté des Batwa commence à ouvrir les yeux sur la planification familiale

Le président et représentant légal de l’Uniproba, Léonard Habimana, a fait savoir que l’enquête effectuée par l’Uniproba en 2014 a montré que les Batwa commencent à mettre au monde à l’âge de 12 ans. Or, une fille qui a cet âge n’est pas encore apte à concevoir. Par conséquent, des effets néfastes peuvent surgir. Il s’agit notamment des décès qui se remarquent chez les mères qui accouchent en bas âge. Aussi, certaines maladies peuvent être entraînées par le surnombre de grossesses non espacées ou non suivies par les prestataires de santé.
M. Habimana a précisé qu’auparavant, la communauté des Batwa était presque oubliée par les acteurs dans la promotion de la santé de la reproduction. « Heureusement, le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le Sida commence à organiser des séances de sensibilisation. Presque tous les leaders de la communauté Batwa ont été sensibilisés. Et ces derniers ont à leur tour transmis le message à d’autres Batwa qu’ils ont représentés», a-t-il indiqué.
Le président de l’Uniproba a annoncé qu’il espère que, petit à petit, la communauté des Batwa va adhérer à la planification familiale.
Cependant, il déplore que la communauté des Batwa soit toujours en arrière dans le développement du pays. Pour ce faire, il a profité de l’occasion pour interpeller tous les acteurs dans la promotion de la santé de la reproduction afin qu’ils se souviennent que pour réussir la planification familiale, toutes les couches de la société burundaise doivent être intégrées.

Aucune couche sociale n’est épargnée de l’adhésion à la planification familiale

Le directeur du Programme national de la santé de la reproduction (PNSR), Juma Ndereye, a fait savoir que le taux de la planification familiale a passé de 2,7% en 2000 à 37,4% en 2015. Il a précisé que, malgré cette avancée, le Burundi a encore besoin d’atteindre 50% afin de pallier la démographie galopante.
M. Ndereye a indiqué que le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida via le PNSR avec l’appui de différents partenaires, organisent des campagnes de sensibilisation chez les personnes dites minoritaires. Il s’agit notamment des personnes en situation de handicap, de la communauté des Batwa, des femmes à partenaires multiples ainsi que des personnes qui vivent le long du lac Tanganyika.
Il a signalé que ces groupes sont ciblés parce qu’ils ne sont pas bien informés sur les méthodes contraceptives modernes. «Pendant ces campagnes de sensibilisation, surtout chez la communauté des Batwa, le constat est qu’ils ne sont pas informés sur la planification familiale. Quand on leur demande comment ils peuvent limiter ou espacer les naissances, ils répondent innocemment que c’est seul Dieu qui peut le faire. D’autres ont seulement de fausses informations qui ne contiennent que des rumeurs sur les méthodes contraceptives », a-t-il annoncé.
M. Ndereye a affirmé que, pendant les séances de sensibilisation, les Batwa ont appris qu’ils ne doivent pas rester en arrière pour participer dans le développement du pays en adhérant à la planification familiale pour pallier la forte démographie. Il a précisé que cette dernière est un véritable obstacle au développement du pays.

Toutes les couches sociales doivent faire face aux obstacles de la planification familiale

Le directeur du PNSR a ajouté que la planification familiale fait face à beaucoup de défis. Il s’agit notamment de la non implication des hommes. Ces derniers ne veulent pas répondre à la planification familiale. Certains disent que celle-ci n’est que l’affaire des femmes. D’autres prétextent que les méthodes contraceptives sont utilisées pour mettre fin à la richesse de la famille qui est « les enfants ». Par conséquent, ils refusent que leurs femmes adhèrent à la planification familiale.
Il a souligné que d’autres obstacles sont liés au manque de vraies informations sur l’utilisation de méthodes contraceptives. Et, certains n’ont que des rumeurs et les propagent dans leur entourage.
Un autre obstacle est lié à la culture burundaise qui dit que la première richesse dans les familles est d’avoir beaucoup d’enfants. Et, il y a encore pas mal de Burundais qui restent avec cette mentalité.
Pour ce faire, le directeur du PNSR interpelle tout Burundais de s’impliquer à la promotion de la planification familiale afin de faire face aux conséquences liées à la forte démographie. Il a cité notamment les conflits familiaux liés à l’exigüité des terres mais aussi le niveau du bien-être de la population qui continue à chuter.

ROSE MPEKERIMANA

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