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TEMOIGNAGE> La réintégration culturelle après un séjour à l’étranger

Le manque de l’autre culture rend difficile la réintégration

 

IMG 2020Un témoignage sur la réintégration culturelle montre que celle-ci quand elle n’est pas réussie, elle peut influencer l’échec scolaire notamment à travers la langue. La famille et le voisinage peuvent faciliter ou compliquer le processus.   

 

Grâce Marie Inamahoro a quitté le Burundi à cinq ans pour y revenir pour la première fois 12 ans plus tard. Elle a expliqué qu’elle a dû rentrer car, au Cameroun, il était interdit que les enfants mineurs restent loin de leurs parents. « La réintégration a commencé à ce niveau. J’avais du mal parce que, d’une part le système académique n’était pas le même, j’ai évolué dans le système français et ici c’est le système belge en plus, il y avait le kirundi. C’était compliqué, je n’arrivais pas à m’en sortir principalement à cause du fait qu’on avait refusé de me dispenser le kirundi», a-t-elle dit. Cette année là, elle n’a pas pu avancer de classe mais elle était majeur, elle pouvait repartir au Cameroun pour reprendre l’année. C’est après les études universitaires en 2016 qu’elle est revenue au Burundi pour faire face encore une fois à la réintégration.

Le jugement est le nœud des problèmes

Notre interlocutrice a expliqué qu’en plus de la réintégration scolaire, elle a aussi souffert sur le plan culturel. « Je manquais d’amis, je ne savais pas la bonne façon de me rapprocher des autres. On n’avait pas la même mentalité, les règles d’ici et les traditions, je les trouvais vraiment compliquées», a-t-elle souligné. Selon Mlle Inamahoro, l’idée préconçue des gens sur place peut rendre encore la réintégration socioculturelle difficile. « Je croyais que les Burundais sont soi-disant hypocrites alors je me suis renfermée sur moi-même, je voulais me protéger des déceptions. Les traditions et la langue, je n’y comprenais rien. C’est ma mère qui jouait la traductrice», a-t-elle dit. Elle a expliqué que pour faire face à ces difficultés la solution était de chercher la compagnie des autres jeunes qui venaient de l’étranger comme elle. « Il y avait d’autres jeunes qui venaient du Cameroun, de Côte d’Ivoire et d’Europe. C’était facile avec eux, il n’y avait pas de jugement. « Les autres nous jugeaient c’était surtout le nœud des problèmes, le jugement».Concernant les règles en famille, elle a expliqué par exemple qu’au Cameroun, il suffisait d’informer aux parents qu’on va sortir alors qu’au Burundi, il fallait demander la permission. « Il y avait aussi un problème d’accoutrement, c’est aussi un problème de culture. J’avais du mal à me sentir libre de porter ce que je veux. Ma mère le comprenait mais, il y avait les autres membres de la famille notamment qui avaient une grande influence. On disait qu’une fille burundaise ne peut pas faire ceci ou cela. Grâce Marie Inamahoro a expliqué que quand elle est rentrée pour la deuxième fois, cela a été plus facile car elle pouvait apprendre de ses erreurs. « Je crois que, c’était aussi un problème de patience car, je voulais que tout se passe aussi vite. Il y avait aussi ma part de responsabilité, j’aurais dû comprendre que nous avions changé de milieu. Heureusement, avec plus de maturité et cette expérience, j’ai la chance de voir les choses autrement. J’apprends lentement mais, je suis sur la bonne voie», a-t-elle dit.

Des points marquants dans les deux traditions

Selon notre interlocutrice, le poids de la réintégration passe par le manque de ce qu’on a aimé dans une autre culture.     « La nourriture d’abord: les Camerounais ont plus de variétés. Le pays est subdivisé en dix provinces et chaque province a sa propre culture culinaire, il y a au moins vingt plats traditionnels, ils peuvent avoir été inspirés par la cuisine d’autres pays à cause de l’immigration mais, avec une signature camerounaise. Il y a aussi les danses qui elles aussi partent d’une province. Ce qui fait que quand on change de province, on se retrouve dans un autre monde. Au niveau des cérémonies autour du mariage, on voit des choses intéressantes», a-t-elle dit. Elle a expliqué qu’avec le recul, on peut constater des points marquants dans la tradition burundaise. « Je me rends compte par exemple que le fait de mettre à l’écart la fille burundaise vise à la protéger pour qu’elle soit valorisée, qu’elle reste pure mais, selon moi si la fille est valorisée juste pour avoir un bon mari, cela n’a pas de sens, c’est une forme cachée de marchander la fille», a-t-elle dit.       

Grâce-Divine Gahimbare

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