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Président Cyprien Ntaryamira > Commémoration du XXIVe anniversaire de son assassinat

« Les Burundais ont le droit de savoir les circonstances dans lesquelles il a trouvé la mort »

 

DSC 0012 ntaryaLe 6 avril de chaque année, le Burundi commémore la mort du président burundais Cyprien Ntaryamira, survenue au Rwanda lors de la chute de l'avion qui transportait également le président rwandais Juvénal Habyarimana, en 1994. En marge de la commémoration officielle de cette disparition, nous nous sommes entretenus avec un des compagnons de feu Ntaryamira pour savoir qui était cet illustre disparu, ce qu’il pense de l’état d’avancement de ce dossier et surtout pour savoir s’il y a un lien entre l’assassinat du président démocratiquement élu Melchior Ndadaye et celui du président Cyprien Ntaryamira.  

 

Le président Cyprien Ntaryamira est né le 6 mars 1955 sur la colline Gitwe de la zone Mageyo, commune Mubimbi en province de Bujumbura. Il a fait l'école primaire à Rushubi et l’école secondaire au Collège du Saint-Esprit de Bujumbura. En 1972, il se réfugie au Rwanda où il continue l'école secondaire de 1973 à 1976, à Kigali et il obtient, en 1982, son diplôme d'ingénieur agronome à l'Université nationale du Rwanda, à Butare.Il rentre au Burundi en 1983 pour travailler au ministère de l'Agriculture et en 1985, il est emprisonné pour des motifs politiques. En août 1986, il devient un des membres fondateurs du parti Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) et devient membre du bureau politique. Après la victoire de son parti politique aux élections de 1993, Cyprien Ntaryamira est nommé ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de Sylvie Kinigi, sous la présidence de Melchior Ndadaye. Successeur du président Melchior Ndadaye, feu Ntaryamira est mort assassiné le 6 avril 1994 à Kigali au Rwanda deux mois seulement après son accession au pouvoir.

Un ancien compagnon témoigne

Compagnon politique du président Ntaryamira, l’ancien chef de l’Etat, Sylvestre Ntibantunganya se souvient  qu’ils ont fréquenté ensemble des organisations politiques depuis leur jeune âge . D’abord au Rwanda, au sein du Mouvement des étudiants Barundi progressiste vivant au Rwanda (Bampere) et ici au Burundi lors de la construction et l’agréement du parti Sahwanya Frodebu.  Il indique aussi qu’après la victoire du parti Frodebu en 1993, ils ont participé ensemble dans le gouvernement de Melchior Ndadaye. «J’en garde un excellent souvenir d’un étudiant studieux, d’un homme très cordial qui des fois pensait plus aux autres qu’à lui ». M. Ntibantunganya se souvient aussi que feu Ntaryamira avait un grand projet d’élevage de poules pondeuses dans sa commune  Mubimbi auquel il associait une bonne partie de la population. A la question de savoir si l’idée de discipline annoncée par le président Ntaryamira lors de son investiture est sortie de lui ou que c’était l’idée de son parti politique, le président Ntibantunganya indique que c’est sorti de lui. « Parce que quand vous êtes désigné chef de l’Etat, que cela soit par des élections au suffrage universel ou que ce soit par d’autres canaux, il y a une responsabilité particulière que vous tissez au-delà des obligations de votre parti et une relation particulière que vous tissez avec le peuple. Vous devez arrêter des stratégies les mieux adéquates pour répondre justement à ce dont le peuple a besoin ». Toujours à propos de cette idée de discipline, notre interlocuteur indique qu’à l’époque de Cyprien Ntaryamira, le pays était déjà dans le chao après l’assassinat du président Melchior Ndadaye. « Pour réaliser ce qu’il voulait faire atteindre au peuple burundais, il a senti que les Burundais avaient besoin  de discipline parce qu’il y avait de l’indiscipline quand on analyse ce qui se passait dans tous les secteurs  de l’Etat, dans tous les secteurs de la vie nationale, dans tous les groupes, etc ». Selon lui, les uns et les autres se comportaient comme si tout était autorisé et c’est là qu’ il faut comprendre la portée particulière de ce message qu’il a donné de discipline partout. « Discipline dans les corps de défense et de sécurité, discipline dans les partis politiques, discipline chez les étudiants à l’université, discipline même dans les confessions religieuses, discipline partout. Donc, le mot discipline reste et restera dans l’organisation d’une quelconque structure, que ce soit au niveau de la famille, au niveau d’une entité territoriale à diriger, ou au niveau d’une institution, etc»  

Y a-t-il un lien entre l’assassinat du président Ndadaye et celui du président  Ntaryamira ?

D’après M. Ntibantunganya, quand on voit les circonstances dans lesquelles le président Ntaryamira a été tué, on ne peut pas croire qu’il y avait un plan qui était destiné particulièrement à lui en tant que président de la République du Burundi. «Il est mort en compagnie du Président du Rwanda, Juvénal Havyarimana alors qu’il revenait d’une réunion qui se tenait au niveau des chefs d’Etat de la région pour voir comment faire face aux problèmes que vivaient le Rwanda et le Burundi. Soucieux de communiquer rapidement aux Burundais les conclusions de cette réunion qui s’était beaucoup plus attachée au Burundi, il a demandé d’emprunter l’avion de Havyarimana pour qu’il arrive très rapidement à Bujumbura afin de communiquer les résultats atteints lors de la réunion.  C’est par les faits de circonstance qu’il a été dans cet avion qui a été malheureusement fatal pour lui ».

M. Sylvèstre Ntibantunganya garde un bon souvenir de feu Ntaryamira

Nouvelle image ntibaQuand au silence qui s’observe sur l’assassinat du président Ntaryamira, M. Ntibantunganya indique que ce n’est pas une volonté de l’oubli car il ne faut pas tout de même oublier surtout quand il s’agit d’un chef d’Etat. Il souligne que quand il était président de la République, il a posé cette question au gouvernement du Rwanda.  «On s’était convenu qu’au moment où les circonstances se seront apaisées, il faudrait que les deux gouvernements (C'est-à-dire le gouvernement du Burundi et celui du Rwanda) voient ensemble comment éclairer les circonstances dans lesquelles le président du Burundi est mort. Il revenait à dire les circonstances dans lesquelles l’avion à bord duquel étaient  les deux chefs d’Etat a été abattu ». Il déplore cependant le fait qu’aujourd’hui les relations entre les deux pays ne sont pas au bon fixe. « Mais je pense qu’au moment où tout se rétablira dans l’ordre il ne faudra pas laisser ce dossier dans l’oubli car les Burundais ainsi que sa famille (son épouse et ses enfants) ont le droit de savoir les circonstances dans lesquelles le président Cyprien Ntaryamira a trouvé la mort ». 

Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle pas fait d’enquête ? 

A la question de savoir pourquoi la communauté internationale n’a pas réagi à la mort du président Ntaryamira, M. Ntibantunganya indique que la communauté internationale réagit par rapport à une stratégie arrêtée par le gouvernement. « Si le gouvernement concerné au premier chef n’arrête pas une stratégie, ce n’est pas la communauté internationale elle-même qui va s’occuper d’une question comme celle-là. Compte tenu des circonstances dans lesquelles cette mort est intervenue lors de la crise rwandaise avec le génocide des tutsi qui a suivi, il y a tout un tas de circonstances qui ont compliqué les choses. C’est une question qui nécessite l’implication de l’Etat pour suivre quotidiennement les circonstances dans lesquelles cela a eu lieu ». M. Ntibantunganya tranquillise le peuple de ne pas s’inquiéter parce que peu importe celui qui a abattu l’avion du président Havyarimana, on sait où a été abattu l’avion qui transportait les deux présidents. « Donc, c’est avec l’Etat du Rwanda que le Burundi devrait plutôt parler mais les tentions qui existent entre nos  deux pays ne permettent pas de poser une question de ce genre dont on voit d’ailleurs la délicatesse ». 

Peut-on élever le président Ntaryamiraau titre du héros de la paix ?

A la question de savoir l’acte de reconnaissance que le Burundi peut poser à l’endroit du président Ntaryamira, M.Ntibantunganya trouve qu’il y a déjà des choses qui sont faites dans la mesure où chaque 6 avril le peuple burundais se rencontre pour commémorer la mort du président Ntaryamira. « On va à l’Eglise, on dépose des gerbes de fleurs, on écoute le discours qu’il a prononcé lors de son intronisation en insistant sur le mot discipline. La deuxième chose c’est que Cyprien Ntaryamira est enregistré comme un ancien chef d’Etat du Burundi. Donc, ses ayants-droit doivent jouir selon justement les termes de la loi portant statut d’un ancien chef d’Etat sur certains avantages et considérations ». 
Astère NDUWAMUNGU

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