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Initiative et changement Burundi> La mémoire comme un acte politique

Quiconque ferme les yeux sur le passé est aveugle au présent

 

DSC04784La question de mémoire est une question cruciale.  Nous devons accepter  le passé, nous sommes tous affectés par ses conséquences  et tenus à les assumer. Quiconque ferme les yeux sur le passé est aveugle au présent.  Les mémoires sont liées à l’ordre social, personnel et collectif. 

 

Dans son exposé, Fr. Emmanuel Ntakarutimana nous parle de la question cruciale qu’est la mémoire ; c’était lors d’un atelier organisé des 7 au 8 mars 2018 par Initiative et  Changement Burundi, sur l’importance de la gestion des mémoires. Toute communauté humaine fonctionne sur la capitalisation des différents événements qui jalonnent son itinéraire historique et qui sont progressivement constitués en archives culturelles. Savoir gérer la mémoire avec sagesse maque la grandeur des hommes d’Etat.  Il s’avère donc important de réfléchir sur ce qu’est la mémoire, à qui appartient la mémoire, ce qu’est l’histoire er qui fait l’histoire. Pour Fr. Ntakarutimana, chaque ordre social s’organise en mettant l’accent sur certaines mémoires qui confectionnent une certaine version de l’histoire. Les narrations qui en découlent  vont glorifier certaines personnes ou catégorie de personnes qui en acquièrent le statut de héros.  Celle-ci appartient à une certaine classe sociale, à un certain groupe politique, à une certaine identité ethnique.  C’est ainsi que les mémoires promues par  Michel Micombero, Jean Baptiste Bagaza, Pierre Buyoya, Melchior Ndadaye, Cyprien Ntaryamira, Sylvestre Ntibantunganya, Domitien Ndayizeye et Pierre Nkurunziza ne sont pas nécessairement les mêmes. Les mémoires sont construites tout au long de la vie. Pendant que les narrations peuvent mettre à l’honneur certains groupes de gens, elles peuvent dévaluer les autres groupes en transformant les différences en justificatifs pour la discrimination. Ces versions sont soit acceptées ou refusées par des groupes exclus qui produisent à leur tour des narrations alternatives. La mémoire peut donc être un lieu de tension où les hiérarchies, les inégalités et les exclusions sociales sont  soit instruites, soit renforcées, soit confrontées et transformées, ajoute-t-il.Aussi, selon le conférencier, la mémoire est le lieu de légitimation sociale et politique. Sur la base de leur mémoire, les groupes sociaux évaluent les décisions et les stratégies des acteurs dans les conflits, adoptent des attitudes différentes par rapport à l’ordre social, aux institutions  et aux acteurs sociaux et politiques. A travers ces filtres de la mémoire, ces groupes vont exprimer des plaintes différentes en face de la violence et se situer différemment face aux impératifs de réparation.  Il est important d’avoir une conscience vive du fait que construire la mémoire est un acte social et politique de haut niveau.
Aline Nshimirimana

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