Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

Editorial> La loi, rien que la loi

Nous ne sommes pas encore le 8 mars, journée internationale de la femme, mais la femme burundaise a déjà fait parler d’elle. Elle a fait parler d’elle, samedi dernier, à travers des marche-manifestations pacifiques organisées à travers tout le pays pour dire non à l’amnistie des putschistes demandée par quelques Burundais présents au dialogue inter-burundais récemment tenu à Arusha. Des slogans portés à bout de bras dénonçant tous les agissements négatifs contraires aux aspirations et aux exigences démocratiques du peuple burundais pouvaient se résumer ainsi : « Non au pouvoir obtenu à l’issue des coups de force, non à l’impunité, oui et toujours oui à un pouvoir issu des urnes ».
C’est dans le cadre du Forum national des femmes que les marche-manifestations ont été organisées pour s’élever avec force contre l’impunité qui perpétue le crime, contre l’irrespect de la loi, sources de dérives dangereuses pour la vie de la nation. L’intérêt de la nation ne pouvant se confondre dans la satisfaction des intérêts particuliers, le Forum national des femmes exige que la loi, rien que la loi, soit appliquée contre tout ce qui est de nature à compromettre la démocratie, cette dernière ne trouvant dans la seule loi qu’un moyen de la conforter. Quel serait l’avenir du pays si celles et ceux en charge de l’élaboration des lois ne s’attachaient pas attentivement à leur application ? En organisant, à travers tout le pays, des marche-manifestations pacifiques contre l’impunité des crimes, le Forum national des femmes, et tout le peuple burundais à travers lui, appelaient ceux qui les gouvernent à trouver des solutions justes aux situations dangereuses pour la démocratie par l’application de la loi. Nous avons, pour l’heure, un seul droit, et le plus grand est celui d’actionner la Constitution. Nous sommes arrivés aujourd’hui, sied-il de le rappeler, à un moment où, en aucun cas, nous ne pouvons plus répondre à des jeux politiques dépassés dans le temps et qui ignoraient des responsabilités Constitutionnelles. Il faut se souvenir, parce que le peuple a, lui-même, sa mémoire, qu’on ne peut marier « la carpe et le lapin ». Cela est inconcevable. Si, dans le passé, on a connu des désagréments, c’est parce que l’on fût, aussi, incapable de s’entendre et de choisir ce qui est le plus efficace pour le pays et pour les citoyens, c’est-à-dire le développement politique et institutionnel dont l’issue est la démocratie répondant en écho aux justes attentes du peuple burundais. Coups d’Etat et démocratie sont incompatibles.
Appliquer la loi, c’est fondamentalement prendre option pour les principes démocratiques que le peuple burundais a voulus ainsi : une mise en place d’un exécutif à la tête duquel se trouve le chef de l’Etat, détenteur des pouvoirs qui lui assurent des compétences de prendre des décisions qui engagent le destin de la nation, exerçant un contrôle sur le fonctionnement des institutions, prenant option pour la construction d’institutions modernes, aptes à prendre en charge les problèmes massifs de la société burundaise ; un parlement véritablement représentatif du peuple burundais, c’est-à-dire naturellement traversé par les différenciations qui le caractérisent et qui, donc, a en son sein des sensibilités politiques différentes assumant pleinement ses missions de législateur et de contrôle.
Appliquer la loi, c’est poser à la fois un acte courageux et honnête : la recherche des responsables des crimes, de ceux qui les commanditent et la détermination de leurs responsabilités. Les victimes n’ont-elles pas droit à la vérité et à la justice ? Il est important, actuellement et pour l’avenir, de construire une société meilleure dans laquelle se forment des consciences droites et réceptives aux exigences de la loi pour que grandissent des hommes et des femmes soucieux et capables de réaliser un ordre social juste pour leur conduite responsable. C’est l’application de la loi qui engendre la paix et l’instaure entre les hommes.
La mémoire du peuple burundais gardera le souvenir douloureux des cicatrices laissées par les violences interethniques de 1965, 1972, 1988 et 1993. Si la loi avait été appliquée dans toute sa rigueur, on n’en serait pas arrivé là. Le pays se serait senti plus solide et plus uni. Samedi dernier, le Forum national des femmes nous a apporté un message : protégeons la démocratie par la force de la loi.

Louis Kamwenubusa

Ouvrir