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DOSSIER > Etat des lieux de la démocratie au Burundi

Elle est une réalité malgré quelques défis à relever

 

DSC 6358Le Burundi est entré dans l’ère démocratique depuis les années 1990.  A peu près  trente ans  après, la rédaction du quotidien « Le Renouveau » a cherché à savoir ce que pensent les uns et les autres sur son état des lieux. Tous nos interlocuteurs affirment que la démocratie est actuellement une réalité au Burundi malgré quelques défis à relever. 

 

Etant un des initiateurs de la démocratie au Burundi, l’ancien président de la République du Burundi, Sylvestre Ntibantunganya,  indique qu’aujourd’hui il y a une avancée significative même s’il y a certaines situations qu’il faut regretter. « Depuis 1990, parce que c’est là qu’ il faut situer les débuts de la démocratie, jusqu’aujourd’hui, il y a eu malheureusement des interférences meurtrières qui n’ont pas permis que la démocratie telle qu’elle avait été pensée puisse évoluer normalement.  Si elle avait évolué normalement, aujourd’hui on serait beaucoup très avancé ».  Il déplore le fait que quand on parle de la démocratie, il y en a qui la limitent au seul fait de participer ou d’avoir le droit de participer aux élections.    « Mais ce n’est pas seulement cela. La démocratie c’est tout un ensemble  qu’il faut considérer ». Pour le président du parti Sahwanya  Frodebu Nyakuri, Kefa Nibizi, malgré les problèmes que le Burundi a connus depuis l’avènement de la démocratie, il y a des avancés qu’on peut noter.  A travers  toutes les lois qui gèrent l’espace politique et la vie nationale, il y a toujours des chapitres ou des dispositions qui donnent la liberté à la population. Cela montre que le Burundi est déjà entré dans la démocratie  et que celle-ci devient de plus en plus une réalité. Il n’y a plus d’exclusion ethnique ou régionale, il y a la liberté d’expression, il y a la mise en place des institutions par la population elle-même, etc.  Bref, a-t-il ajouté, plusieurs indicateurs montrent que la démocratie s’est déjà implantée au Burundi. 

Les caractéristiques de la démocratie 

Parlant des  éléments qui caractérisent la démocratie, Sylvestre Ntibantunganya indique d’abord que les élections est un mode auquel on recourt pour doter le pays des représentants ou des dirigeants de l’Etat. Selon lui, si on se limitait aux élections de différents dirigeants, on aurait une vision tronquée de la démocratie parce qu’il faut savoir aussi pourquoi ces gens sont élus ; sur quoi ils doivent veiller ; qu’est ce qu’ils doivent faire, etc.   « C’est là qu’ interviennent alors d’autres dimensions de la démocratie souvent  négligées ». D’après toujours M. Ntibantunganya, la démocratie va de pair avec la promotion et la protection des droits de l’Homme.  « Au-delà des droits de l’Homme, il y a les libertés publiques : c'est-à-dire les libertés d’expression, la liberté d’association, la liberté confessionnelle, etc. Il y a énormément delibertés ».  Selon lui, quand on parle de la démocratie, il y a aussi la liberté d’association. Il y a également le respect des institutions issues de la volonté populaire. « Cela veut dire qu’il n’y a plus de coups d’Etat et que quand il y a des problèmes on échange à travers les mécanismes constitutionnels ». Une autre caractéristique de la démocratie est le principe de la redévabilité.  « Cela est un devoir deceux qui ont été élus ou ceux qui ont des responsabilités. On peut aller même plus loin au niveau de la place de la justice dans la démocratie pour justement confronter ce qu’on appelle l’état de droit où on doit avoir trois pouvoirs l’exécutif, le législatif et le judiciaire travaillant de manière synergique mais indépendant l’un de l’autre ». Compte tenu de tous ces éléments, Sylvestre Ntibantunganya affirme qu’au Burundi il y a la démocratie. 

Les forces de la démocratie

D’après M. Ntibantunganya, les forces de la démocratie se remarquent au niveau de l’épanouissement de la population et de la stabilité des institutions. « D’abord quand vous êtes dans un environnement démocratique, cela rend libre les citoyens. Ils se sentent libres et épanouis. Par conséquent, ils peuvent s’adonner à ce qui est nécessaire pour leur épanouissement socio-économique parce que si on fait de la politique ce n’est pas pour parler mais c’est beaucoup plus pour contribuer à l’amélioration de la vie socio-économique des populations ». En deuxième lieu, ajoute M. Ntibantunganya,  la démocratie garantit la stabilité des institutions. « Et qui garantit la stabilité des institutions signifie aussi garantir la stabilité du pays ».

« Beaucoup de choses ont changé »

A la question de savoir si la démocratie a été un problème pour le Burundi compte tenu des crises qu’a connues le pays depuis son introduction, Sylvestre Ntibantunganya indique  que depuis qu’on parle de la démocratie au Burundi, démocratie qui signifie pluralisme dans tous les secteurs, on voit qu’il y a des choses qui se sont beaucoup améliorées. «  Le Burundi de 2019 n’est pas  du tout comparable au Burundi de 1990 et encore moins au Burundi de 1970 ou des années 1960. Il a évolué. Il y a beaucoup de choses qui ont changé. Le pluralisme est reconnu officiellement ». Selon lui, il est maintenant question de voir comment le canaliser pour que cette liberté ne soit jamais entachée de facteurs compromettants pour elle et pour l’ordre et la stabilité nationale. Parlant toujours de ce changement, M. Ntibantunganya  a indiqué qu’il y a beaucoup de choses qui ont changé  au niveau de comment on accède au pouvoir et comment on gère le pouvoir. « Il y a eu aussi un changement au niveau de comment sont composées les institutions qui gouvernent ou qui représentent le pays où il y a une réalité sur laquelle les Burundais se conviennent qu’il faut éviter tout ce qui peut apparaître comme une exclusion d’un groupe quelconque du fait de sa naissance ». La démocratie a également aidé à créer un environnement qui permet l’organisation de la société civile ; qui permet aussi à la presse d’être diversifiée. « Ce que nous devons faire, c’est de ne pas être tenté d’étouffer une liberté quelconque que la démocratie nous a donnée. Il faut plutôt inventer, penser et gérer des stratégies qui développent davantage ces libertés au lieu de penser qu’on se développe en étouffant une liberté ici ou là ». De son côté, le président du parti Sahwanya Frodebu Nyakuri, Kefa Nibizi souligne qu’on ne peut pas dire que la démocratie a été un problème pour le Burundi. Selon lui, elle a été plutôt mal introduite du fait qu’il y a les tenants du régime issu des coups d’Etat qui ont voulu se maintenir au pouvoir par cette même voie. « Avant de changer ce régime, il aurait fallu prendre du temps pour enseigner la démocratie, pour préparer les esprits des gens, surtout ceux qui voulaient la démocratie. Ceux qui ne la voulaient pas, il fallait aussi les préparer pour qu’ils soient ouverts à la démocratie.  Donc, ce n’est pas la démocratie qui est mauvaise mais c’est plutôt la façon dont elle  a été introduite qui était mauvaise. C’est vrai, il y a quelques défis à relever mais la démocratie est là quand même ». 

« La démocratie ne va pas de pair avec le recours à la force »

Revenant sur les événements de 2015 où il y a eu insurrection et tentative de coup d’Etat, M. Ntibantunganya indique qu’au niveau du fonctionnement institutionnel, la démocratie resserre elle-même des mécanismes à travers lesquels les redressements doivent être faits.  Il laisse entendre que la démocratie ne va pas de pair avec le recours à la force ou à la violence. Qu’elle ne permet pas non plus à celui qui a les instruments du pouvoir pour protéger l’ensemble de la population, c'est-à-dire l’Etat, de les utiliser pour son seul objectif. « C’est un exercice difficile à coordonner mais qu’il faut savoir que c’est nécessaire ». Selon lui, l’un des problèmes majeurs en ce qui concerne la vie de la démocratie se situe au niveau des leaders. « S’ils comprennent bien cela, on peut croire qu’on n’aura jamais de problèmes du côté de la population. En analysant les crises que le Burundi a déjà connues, il n’y a pas une seule qui ait pris  origine au sein de la population elle-même. Et le jour où la population réagirait ce serait une révolution que personne ne pourrait arrêter ». 

Il y a des choses à faire pour que la démocratie soit effective au sein de la classe politique 

D’après M. Nibizi, ce qui a toujours causé des ennuis et ce qui handicape la démocratie au Burundi, c’est que souvent les hommes politiques ne sont pas prêts à quitter le pouvoir.  « Cela veut dire que ceux  qui ont quitté le pouvoir ont toujours des rancunes et qu’ils  veulent tout faire pour y retourner». Pour que la démocratie  soit bien implantée, souligne M. Nibizi, il faut que la classe politique soit prête à accepter les résultats des urnes. « Si on est prêt à tous cela, la démocratie va aller tout droit parce que ceux qui ne sont pas au pouvoir n’abuseront pas des procédures démocratiques pour accéder au pouvoir et ceux qui y sont  ne chercheront pas à obstruer certaines voies de la démocratie pour s’y maintenir. Il faut apprendre aussi à la classe politique, que quand on est au pouvoir, on est au service du peuple et qu’il faut le respecter, consulter et essayer de le satisfaire pour éviter le vote sanction aux suivantes échéances électorales ».Selon lui, le peuple doit,  de son côté, sentir qu’il est responsable de la vie de la nation,  que les dirigeants, mandatés par ceux qui les ont élus, soient au service de la population. « Il faut que la population atteigne ce degré d’émancipation tout en respectant les dirigeants. Mais,  elle doit veiller à ce que les dirigeants font pour les juger au moment opportun ». En général, indique M. Nibizi, ce qui est important c’est le changement de mentalité de la population et des dirigeants pour voir comment il faut se comporter en démocratie. « Il faut aussi que les Burundais dans l’ensemble, y compris les dirigeants, sentent que nous avons les mêmes droits dans ce pays. Qu’on soit grand ou petit, qu’on soit dans un parti politique X ou Y, qu’on vienne d’une région ou d’une autre, il faut que nous comprenions que nous avons les mêmes droits à la vie de la nation indépendamment des positions ou des postes qu’on occupe dans le pays. Il faut donner aux gens les mêmes droits notamment ceux qui ne sont pas réservées effectivement au parti qui a gagné ». 

Astère Nduwamungu

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