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Décorticage> Sur les dissensions internes des partis politiques

La gestion opaque, le favoritisme et le clientélisme comme facteurs favorisants

Avec le retour de la  démocratie comme système de gouvernance au Burundi, plusieurs partis politiques ont été créés. Le passage d’une culture politique héritée de la tradition du parti- état aux exigences du système démocratique qui favorise l’émergence des partis politiques semble ne pas encore réalisé. Ces derniers connaissent de fortes discussions liées à des phénomènes de manipulation politique et de corruption de conscience. Ce qui  entraîne des divisions au sein des formations politiques. L’enjeu principal  de discorde s’articule le plus souvent autour du  non respect des textes internes, à la mauvaise gestion des biens du parti et à la lutte acharnée entre les membres d’une formation politique.


Interrogé à propos des dissensions internes observées au sein des formations politiques  depuis le retour de la démocratie en 2005, Salvator Nsavyimana, membre du parti Uprona indique que les partis qui n’ont pas gagné les élections connaissent des moments difficiles à la suite du vent des divisions qui soufflait au sein de leurs partis. D’un parti à un autre, les accusations et la stratégie des frondeurs présentent bien des similitudes. La plupart des frondeurs sont en effet des personnes ayant des responsabilités dans les instances dirigeantes de ces mêmes partis. Pour provoquer des crises à l’interne, quelques cadres de tel ou tel parti donné se font des adeptes de la bonne gouvernance au sein de cette même formation politique.  Bien plus, le problème est qu’au sein des formations politiques, tout bord confondu, les dissidents agissent comme des récalcitrants. Pour la simple raison que les arguments sont presque identiques à ceux de leurs inspirateurs c’est-à-dire qu’ils accusent le premier responsable du parti avec son équipe d’une gestion solitaire, de manque de démocratie, de non respect des textes qui régissent le parti. La circulation des élites qui se remarque par certains membres des partis politiques qui veulent avoir une place au soleil est également un autre problème qui n’est pas de moindre importance. 

Le manque de communication et l’absence d’une vision stratégique ont leur part

Selon Simon Masengo de l’Initiative et changement Burundi, le manque de confiance, de communication et d’innovation constituent également des facteurs de division au sein d’un parti politique.  En outre, l’identification d’un parti politique à une seule personne, le régionalisme, le clientélisme et l’opacité dans la prise des décisions ainsi que l’absence d’une vision stratégique à long terme sont des facteurs qui minent le bon fonctionnement de tout parti politique. Embourbés dans des affaires de corruption de tout genre et défendant uniquement leurs intérêts personnels au détriment du bien commun, certains dirigeants des partis politiques sont repliés sur eux-mêmes et partant déconnectés des préoccupations des membres de leurs partis qui, à leur tour ne se reconnaissent plus dans leurs actions et dans les valeurs qu’ils défendent. Dans ce cas, certains cadres du parti qui dénoncent ce qui se passe de mauvais au sein de leur formation politique sont considérés par les organes dirigeants comme des frondeurs. Ce faisant, avec l’avancée de nouvelles technologies de communication et de l’information, celles-ci ont bouleversé les moyens de communication traditionnels qui liaient auparavant les partis à leur base électorale. Les choses sont aujourd’hui en effet vite connues alors que par le passé, les dirigeants des partis politiques livraient à leurs militants de base des informations bien distillées et bien orientées. Il  rappelle alors que l’importance des réseaux sociaux et la spontanéité de l’information ont drastiquement changé toute stratégie de communication. Au manque de confiance au sein des membres du parti et celui de la communication, s’ajoute celui d’innovation qui consiste à trouver des stratégies liées aux changements opérés dans un nouveau système de gouvernance. En se référant aux partis dits historiques, M. Masengo trouve que les ténors des partis anciens ont un problème de réorientation des idéaux du parti face aux nouveaux besoins de leurs membres. En outre, basés sur un modèle social dépassé et une structure organisationnelle sclérosée, les partis n’arrivent plus à mobiliser leurs membres surtout les jeunes cadres du parti aux aspirations multiples. Dans ce cas, les anciens ténors sont dans l’incapacité de proposer des solutions innovantes aux défis majeurs d’actualité compte tenu aussi de nouvelles idées proposées par les jeunes cadres du parti. Ces nouvelles idées peuvent mettre en danger l’unification du parti. Par exemple, l’instauration de modèle économique conciliant rendement financier et impact social ainsi que environnement pour contrer la dégradation des ressources naturelles ou la création d’emploi sont considérés comme des stratégies qui peuvent répondre aux nombreux enjeux chez les jeunes.

Des partis en pleine déconfiture 

On observe aujourd’hui que certains partis politiques sont en pleine déconfiture et que les principaux cadres en sont pleinement conscients selon Charles Kanyegeri qui n’a pas voulu préciser son appartenance politique. Durant cette période où la démocratie est en pleine consolidation, la politique est aussi en pleine refonte.  Ce qui entraîne des changements dans le système de gouvernance. Pour lui, on observe que certains cadres des partis ont migré vers d’autres partis qui ont des postes à donner. D’autres créent leurs propres partis en vue de chercher des alliances avec le parti au pouvoir toujours dans le but de recevoir des postes dans le gouvernement. Toujours est-il que les leaders des anciens partis politiques reconnaissent l’existence du problème puisqu’il leur est difficile de retenir quelqu’un qui veut aller vers un autre parti. Ce qui est regrettable, c’est que quand on appartient à une même formation politique cela signifie qu’on partage une même idéologie. Il n’est donc pas question en principe d’avoir des postes de responsabilité seulement. La transhumance des cadres d’un parti vers d’autres partis est, au fond, le reflet de la crise issue d’un conflit de génération. Ces cadres qui quittent le navire de ces anciens partis trouvent souvent le prétexte de ne pas être investis candidats du parti dans leurs circonscriptions électorales pour les différentes élections qu’elles soient législatives ou communales.

L’engagement collectif en faveur des mêmes valeurs renforce le parti

Déo Rusengwamihigo est le président du parti PRP. Il indique que dans différentes formations politiques, des conflits d’intérêts ou d’aspiration surgissent à tout moment car les objectifs recherchés par certains suscitent chez d’autres des résistances. En effet, dans ce perpétuel processus d’actions et de réactions, les parties en conflit devraient engager des négociations. C’est dans le cadre de renforcer l’unité et la cohésion du parti que les organes dirigeants devraient accepter des dénonciations et des revendications de certains membres de leur parti.Ce faisant, pour stabiliser les structures du parti, il y a des préalables qui s’imposent, à savoir la paix et l’unité entre les membres du parti ainsi que le pardon et la réconciliation autour d’un bloc de valeurs communes partagées par les différentes structures du parti. Il ne faut pas perdre de vue qu’un parti politique est créé par des particuliers qui ont des idées différentes, mais qui partagent au moins  les mêmes visées et opinions politiques. Il a en outre indiqué que le fonctionnement interne d’un parti politique est déterminé dans une moindre mesure par des forces externes aux partis c'est-à-dire le système électoral, la culture politique et un cadre législatif, mais aussi par des éléments internes, comme la personnalité de son chef de file et de son équipe, ses fondements idéologiques, son histoire et sa culture politique interne. Les partis qui souhaitent appliquer à leur propre organisation les principes démocratiques de la politique électorale peuvent adopter des mécanismes et règles internes d’information, de consultation, d’organisation et de prise de décisions, et soumettre tous les niveaux de leurs opérations à la règle de la transparence. Pour M. Rusengwamihigo, les membres d’un parti politique peuvent aussi assumer un rôle décisionnel plus officiel, notamment en participant à l’élection des dirigeants du parti et au choix de ses candidats. C’est dans cette culture de réconciliation, de consultation et de pardon que les partis politiques pourraient renforcer leurs rôles dans la gestion du pays.                                                                                  

Appolinaire Nimubona                                                                               

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