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Décorticage> Le secteur énergétique au Burundi

Malgré les potentialités dont dispose le pays, des déficits énergétiques se creusent

 

En dépit des potentialités énergétiques importantes que renferme le pays, le Burundi accuse d’importants retards en matière d’accès à l’énergie. Cela est dû à une forte dégradation des ressources forestières et des écosystèmes consécutive à la forte densité démographique. Pour relever ces défis, le gouvernement a pris des stratégies visant la construction de nouveaux barrages électriques, l’exploitation des énergies nouvelles et renouvelables ainsi que l’exploitation des sites tourbières.

 

Au cours de nos entretiens avec certaines personnalités œuvrant dans le secteur des énergies et de l’environnement, elles nous ont fait remarquer que le pays regorge de potentialités en ressources énergétiques, mais que ces dernières sont sous-exploitées. Ainsi, interrogé sur l’état de l’exploitation de la tourbe au Burundi, Tharcisse Nkuzumwami, directeur technique à l’Office national de la tourbe au Burundi (Onatour) indique qu’actuellement l’office exploite seulement trois sites. Il s’agit des sites de Gitanga, Matana et Gisozi. Malgré l’exploitation de ces sites, presque la totalité des réserves de la tourbe potentiellement exploitables sont situées dans les tourbières des vallées des rivières Nyamuswaga et Akanyaru. Ces réserves sont estimées à 56 millions de tonnes de tourbe sur un total de réserves nationales estimées à 57 millions de tonnes. L’Onatour exploite à petite échelle les tourbières du haut plateau (Gitanga, Gisozi et Matana) ainsi que le marais du Buyongwe situé dans le prolongement de la vallée de la rivière Akanyaru. Concernant la production annuelle de la tourbe, elle varie d’une année à l’autre selon les prévisions de la demande et la quantité restante en stock à la fin de l’année. Mais d’une façon générale, la production annuelle de l’Onatour oscille entre 8 000 et 10 000 tonnes de tourbe chaque année.

Presque la totalité produite est consommée par les militaires

Selon M. Nkunzumwami, la tourbe est une source d’énergie sous-exploitée et, pourtant, elle constitue un substitut au bois énergie et au charbon de bois. Elle est aussi une matière première pouvant alimenter une centrale thermique à base de la tourbe. Pour lui, il a indiqué que presque 100% de la tourbe produite sont consommés par les garnisons militaires. La tourbe en mottes doit être carbonisée pour être acceptée par les ménages.
Le projet Carbonisation de la tourbe figure parmi les grands projets de l’Onatour en quête de financement. Les études déjà réalisées ont montré que l’utilisation de 10 000 tonnes de tourbe par an préserve l’élagage de 150 hectares de forêts ou l’abattage de 80 hectares de plantations de bois. A court terme, l’Onatour est en train d’accélérer les procédures d’acquisition d’une machine à briquette combustible à base de la tourbe pour pouvoir améliorer le pouvoir calorifique de leur produit.

Plus de huit milliards de dette envers l’Onatour

Selon le directeur de l’Onatour, le défi de taille repose sur les arriérés de la dette de plus de huit milliards de francs burundais que le ministère de la Défense nationale et des anciens combattants, son client unique, doit à l’office et qui continue à s’accumuler. Avec une pareille situation, les contraintes techniques tant au niveau de l’outil de production qu’au niveau financier sont donc posées. De ce fait, les conditions économico-financières actuelles de l’Office ne permettent pas d’atteindre les objectifs lui assignés. Bien plus, le charroi et l’outil de production de l’Onatour sont très vétustes. Ce qui cause un problème de les moderniser.

Un taux d’accès à l’électricité inférieur à 5%

En raison d’un taux d’accès à l’électricité dans la population burundaise inférieur à 5%, selon les estimations, le Burundi enregistre des retards dans le secteur de l’énergie électrique. Selon des informations trouvées dans des documents de la Regideso, le pays connaît un déficit énergétique important de 30 MW.
Selon des documents obtenus auprès du ministère de l’Energie et des mines, le pays ne dispose que d’une puissance installée de 45 MW (une puissance avoisinant 30 MW dans les centrales électriques qui se trouvent dans le pays ainsi que 15 MW partagés avec le Rwanda et le Congo) pour faire face à une demande qui tourne autour de 75 MW. Selon les estimations du ministère burundais de l’Energie, le déficit en énergie électrique au Burundi ne va pas se résorber au cours des prochaines années. Il devrait même continuer d’augmenter. Les études de planification menées par ledit ministère démontrent que les problèmes de disponibilité en électricité ne pourront pas être résolus avant 2017-2018, période à laquelle les investissements préconisés participeront normalement au rétablissement de l’équilibre énergétique du pays.

Des effets néfastes sur le développement durable

Les conséquences directes de cette insuffisance en énergie sont notamment la couverture incomplète des besoins en rapport avec la mécanisation et la conservation des produits agricoles ; le développement et la diversification des activités économiques ; l’extraction et la transformation des minerais ; un meilleur climat des affaires propice aux investissements du secteur privé et l’amélioration des systèmes de santé et d’éducation. Le faible taux de pénétration en milieu rural a, quant à lui, pour effets néfastes de limiter l'accès aux services sociaux de base comme les centres de santé, et de diminuer le temps disponible pour les activités génératrices de revenus. En effet, force est de constater qu’en dépit du faible niveau de consommation, les capacités nationales de production d’énergie électrique sont inférieures aux besoins alors que le nombre d’abonnés s’accroit d’ année en année.

L’utilisation des énergies nouvelles et renouvelables, une des solutions pour la protection de l’environnement

Selon Salvator Nsavyimana, chef de service Environnement au ministère de l’Eau et de l’environnement, l’utilisation des énergies nouvelles et renouvelables permettra de préserver la ressource bois dont la diminution progressive précarise fortement la vie des populations burundaises.
L’exploitation abusive des forêts témoigne de la forte dégradation des ressources forestières et des écosystèmes due à la forte densité démographique et à la pression qu’elle exerce sur la terre et les ressources environnementales, estime M. Nsavyimana. Il argumente que « si rien n’est fait pour inverser la tendance actuelle, le Burundi n’aura plus de forêt dans 29 ans ». Le déclin du couvert forestier a déjà causé de grands dommages environnementaux comme l’érosion, les glissements de terrain et la baisse de la fertilité des sols, informe-t-il. Il va davantage peser sur l’avenir du pays si des mesures adéquates ne sont pas prises à temps pour freiner le dérèglement provoqué sur l’écosystème.

Mettre à contribution le potentiel renouvelable du pays.

Afin de répondre aux besoins énergétiques croissants de sa population, tout en prenant en compte la variable environnementale, le gouvernement du Burundi a initié en décembre 2013 une stratégie portant sur le développement « des énergies nouvelles et renouvelables à l’horizon 2030 ». Cette démarche, qui permettra de proposer des actions concrètes pour tenter de réduire le déficit énergétique du pays, vise à favoriser l’exploitation du potentiel renouvelable considérable du pays (hydraulique, éolien, solaire,…).
Parmi les projets importants figurent la construction de deux barrages sur les rivières Jiji et Murembwe ; la centrale hydroélectrique qui sera érigée sur la rivière Ruzibazi, ainsi que les centrales de Mpanda, de Kabu 16 (implantée sur la Kaburantwa) et de Kagu 006 (sur la Kagunuzi). A cela s’ajoutent d’autres projets, comme une centrale solaire pilote et la centrale hydroélectrique de Ruzizi III que se partageront le Burundi, la République du Congo et le Rwanda.
Appolinaire Nimubona
Département de la Documentation

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