Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

Economie, Sciences, Education/formation

ISABU > Ses réalisations de l’année 2016

Il est à l’œuvre pour éradiquer les maladies de certaines cultures

 

Dans le cadre de se rendre compte des activités et des réalisations de l’Institut des sciences agronomiques (Isabu), la rédaction du quotidien « Le Renouveau » s’est entretenue avec le directeur général de cet institut, Dieudonné Nahimana. Il nous a parlé de la mission de cet institut mais aussi et surtout de l’état d’avancement de la lutte contre les maladies de certaines plantes et de la multiplication de la colocase, qui est une plante en voie de disparition dans notre pays.

 

isaLe Renouveau (L.R.) : Qu'est ce que c’est l'Isabu et quelles sont ses principales activités?

Dieudonné Nahimana (D.N ) : L’Isabu est l’Institut des sciences agronomiques du Burundi. Il a pour mission d’entreprendre des recherches agronomiques qui contribuent au développement du Burundi en général et des populations rurales en particulier en mettant à leur disposition des technologies agricoles et d’élevage innovantes tout en assurant une gestion prudente des ressources naturelles.
Pour ce qui est des activités, l’Isabu s’attèle à la mise au point des techniques culturales et d’élevage appropriées et du matériel végétal et animal performant ; il développe des technologies d’alimentation des animaux d’élevage et des méthodes appropriées de lutte contre les maladies et les ravageurs des cultures et animaux. Il développe également des technologies de valorisation des produits de l’agriculture et de l’élevage ; mène des études des systèmes agraires et des chaînes de valeur et des activités de gestion des agro-systèmes et de valorisation des chaînes de valeur.
L’Isabu exerce aussi des activités de gestion des écosystèmes et de la biodiversité ; développe des technologies culturales liées aux changements climatiques ; mène des activités de transfert de technologies en milieu rural ; exerce des activités de formation des formateurs et des agri-éleveurs sur les bonnes pratiques culturales et d’élevage ; il mène des analyses de laboratoire ; il encadre les stagiaires finalistes des écoles secondaires techniques et des Universités, etc.

L.R. : Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans la réalisation de vos activités?

D.N. : Dans l’accomplissement de notre mission nous faisons, en général, face à l’insuffisance du budget et du personnel scientifique tant en qualité qu’en quantité ; à la vétusté des équipements et des infrastructures ainsi qu’à la convoitise par les voisins des terrains d’expérimentation mis à la disposition de notre Institut.

L.R. : Aujourd'hui l'Isabu a déjà fait un grand pas dans les recherches agro-pastorales, qu'est ce qui explique ce succès?
D.N. : Le personnel scientifique de notre institut est vraiment laborieux. Il est conscient que la valeur d’un chercheur est évaluée par rapport au nombre de publications qu’il a déjà faites. Comme l’Institut ne travaille pas en vase clos, les chercheurs doivent compétitionner avec les autres chercheurs du monde en général et de la sous-région en particulier. Cela a fait que pas mal de résultats ont été atteints. Il faut aussi reconnaître qu’à la limite de ses possibilités, le Gouvernement a toujours disponibilisé des moyens pour le financement de certains thèmes de recherche et nos partenaires ont aussi financé, bien que tous les besoins n’aient pas toujours été couverts.

L.R. : Depuis un certain temps, la mosaïque du manioc et les maladies des bananiers se font parler d'elles dans notre pays, quelles sont les régions les plus touchées?

D.N. : Selon les enquêtes qui ont été menées au sein de notre institut, les régions de l’Imbo et du Moso sont les plus attaquées par la mosaïque du manioc. Malheureusement, on a constaté qu’elle progresse même dans les autres régions.
Quant aux maladies attaquant le bananier, elles sont multiples. Ici, on citerait le flétrissement bactérien (maladie causée par les bactéries), le BBTV (maladie causée par les virus), la fusariose pour ne citer que ceux-là. Ces maladies se retrouvent partout dans le pays mais les régions chaudes sont les plus attaquées.

L.R. : Au sein de votre institut, où en êtes vous avec la lutte contre toutes ces maladies?

D.N. : Je dois vous signifier qu’avec la conjugaison des efforts de tous les partenaires tant techniques que financiers, on a pu maîtriser la mosaïque du manioc en développant des variétés résistantes contre cette maladie qui avait attaqué tout le pays. Malheureusement, le constat est qu’une autre maladie, la striure brune qui est plus dommageable que la mosaïque puisque faisant pourrir les racines, est apparue au Burundi et les variétés qui avaient été trouvées résistantes contre la mosaïque sont devenues un peu sensibles à cette nouvelle maladie.
Pour faire face à ces maladies, avec l’appui des partenaires, on a procédé à la sensibilisation des agriculteurs ; à la formation des formateurs et parfois des agriculteurs eux-mêmes mais aussi et surtout à la recherche des variétés résistantes /ou tolérantes contre cette maladie.

L.R. : Quels conseils donneriez-vous aux agriculteurs pour lutter contre ces maladies?

D.N. : Souvent, on demanderait aux agriculteurs que chaque fois qu’une anomalie (maladie ou ravageur) apparaît dans un champ, d’alerter avant tout le responsable agricole de la localité pour que les mesures soient prises avant qu’il ne soit trop tard. On leur conseille aussi de suivre scrupuleusement les conseils donnés par les agronomes en ce qui est des méthodes de lutte contre ces maladies.

L.R. : Lors de la récente visite du Deuxième vice-président de la République dans votre institution, il a recommandé à l'Isabu de faire en sorte que les résultats de vos recherches arrivent rapidement auprès des agriculteurs. Est-ce qu'au paravent les résultats ne leur parvenaient pas à temps?

D.N. : Les résultats de la recherche arrivaient auprès des agriculteurs mais pas à un rythme voulu. Cela, parce qu’après la mise au point des innovations par les chercheurs, leur diffusion/vulgarisation revenait à une autre structure du ministère de l’agriculture et de l’élevage, c'est-à-dire la Direction générale de la mobilisation pour l’auto-développement et la vulgarisation agricole que l’Isabu ne contrôle pas.
En quelque sorte, il y avait une sorte de pont entre la recherche et la vulgarisation. C’est pour cette raison que notre institut, en concertation avec ses partenaires et les agri-éleveurs qui sont les bénéficiaires finaux de la recherche, a entrepris une série de réformes visant le renforcement de la jonction entre la recherche et la vulgarisation. Dans chaque zone agro-écologique, un Comité régional de gestion de la recherche (CRGR) agronomique impliquant les représentants des différents acteurs du secteur agricole de la région (chercheurs, vulgarisateurs, administratifs, ONG, agri-éleveurs, etc) a été mis en place pour la définition des priorités pour la recherche et l’approbation des résultats de la recherche. De cette manière, nous pensons que la diffusion des innovations jusque chez les agriculteurs sera facilitée et rapide.

L.R. : La colocase est l’une des cultures en voie de disparition dans notre pays. Où en êtes-vous avec la multiplication de cette plante?

D.N. : Je dois d’abord signifier que les recherches sur la culture de la colocase ne datent pas de longtemps au Burundi. C’est une culture qui était depuis longtemps abandonnée par les scientifiques puisque, jusque vers les années 2005, aucune action sur cette culture n’était amorcée. Ainsi, un conglomérat de maladies fongiques et virales a attaqué cette culture de façon qu’actuellement elle est en disparition au Burundi suite à ces maladies.
Conscient de l’importance de cette culture dans l’alimentation des Burundais, principalement ceux du milieu rural et sur commande du gouvernement via le ministère de l’Agriculture et de l’élevage, l’Isabu a déjà entrepris des actions de développement de cette culture. Pour dire qu’à l’heure où nous sommes, l’identification des maladies ayant causé la disparition de cette culture a été faite et sont actuellement connues. La production des vitroplants indemnes de maladies au laboratoire de biotechnologie de Gisozi est en cours et des technologies de lutte contre les maladies fongiques sont en train d’être développées et on attend la conclusion dans un proche avenir. Des champs de multiplication pour les variétés de colocases qui se sont montrées tolérantes contre les maladies virales et fongiques ont été également installés en milieu rural à partir de la saison 2017 A. D’une manière générale, notre institut est à l’œuvre pour que cette culture puisse réapparaître dans les champs des agriculteurs.
Astère Nduwamungu

Ouvrir