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Economie, Sciences, Education/formation

Décorticage> PND Burundi 2018-2027

Un bon diagnostic pour de meilleurs remèdes

Dans le prolongement du décorticage sur le Plan national de développement paru dans Le Renouveau N°10109 du 26 avril 2019, dans les lignes qui suivent, nous revenons sur l’état des lieux fait sur l’accès aux services de base et de la protection sociale ;  la gestion de l’espace et  l’environnement pour le développement durable ; la démocratie, la gouvernance et les droits humains ; la coopération et l’intégration régionale, la mobilisation des ressources internes et externes ainsi que l’évaluation des agrégats macro-économiques. 


Un bon et correct diagnostic établi qui est de nature à permettre de trouver de meilleures solutions au développement durable au Burundi. Les points 54, 55, 56, 57, 58 et 59 du PND font le diagnostic sur l’accès des Burundais aux services de base et de protection sociale. Ainsi, il fait un tour d’horizon sur l’éducation, la santé, la protection sociale et le dividende démographique.

Un système éducatif plutôt généraliste qui ne répond pas aux besoins de l’emploi

Le premier constat est que « le système éducatif burundais a un caractère généraliste, peu professionnalisant et ne répond pas aux besoins de marché de l’emploi.» Bien plus, « les ordres d’enseignement fondamental, post-fondamental et supérieur sont principalement basés sur un système généraliste peu tourné vers l’apprentissage d’un métier, avec 7% des effectifs scolaires de l’EFTP sur les effectifs totaux en 2016».  Le Plan informe toutefois que le gouvernement burundais « a adopté une politique de créer quatre instituts supérieurs professionnels régionaux » pour résoudre ce problème. Ce qui favorise en effet  « l’employabilité de la jeunesse et la promotion de l’auto-emploi.» Le PND se réjouit qu’avec la suppression des frais de scolarisation au primaire depuis 2006 et l’instauration depuis 2013-2014 du cycle fondamental, des progrès ont été réalisés. En effet, ces réformes « ont permis d’atteindre un taux brut de scolarisation élevé pour les 6 premières années de l’enseignement fondamental (cycles 1-3) et de quadrupler celui des 3 dernières années (cycle 4). La probabilité d’accès à la première année de l’enseignement fondamental est désormais pratiquement la même pour chaque enfant. Les inégalités de genre dans l’accès à l’éducation ont été fortement réduits.» Des défis énormes restent pourtant à relever. Il s’agit notamment de l’amélioration de l’accès et de la qualité de l’éducation de base ; la réduction des disparités ; la régulation de la gestion des flux ; la réduction du niveau élevé de redoublement ; la restauration de la simple vacation ; l’adéquation formation-emploi ; l’amélioration de l’apprentissage des langues d’enseignement ; la disponibilité des supports et matériels didactiques ainsi que la formation initiale et continue des enseignants.

La recherche scientifique faiblement développée avec peu d’apports au bien-être de la population

Même si l’enseignement supérieur enregistre des progrès notables avec l’adoption du système BMD et le programme prêts bourses, le PND note que « la recherche scientifique est faiblement développée et contribue peu au bien-être des Burundais.» Bien plus, les activités de recherche menées dans plusieurs ministères connaissent une faible coordination. Nombreux sont aussi les défis à relever dans ce secteur. Le PND cite notamment la valorisation des résultats de la recherche ; les infrastructures et équipements adaptés ; le renforcement des capacités en ressources humaines, matérielles et financières ; l’orientation de la recherche vers les objectifs de développement ; le renforcement du partenariat public-privé ; la promotion de la coopération sous-régionale, régionale et internationale ainsi que l’amélioration de la gouvernance. 

Une tendance vers les normes de l’OMS

Dans le secteur de la santé, le PND note que « les ressources humaines, les infrastructures et les indicateurs de couverture connaissent une tendance vers les normes de l’OMS, soit 1,02 centres de santé pour 10 000 habitants (la norme de l’OMS est de 1 pour 10 000) ; 0,79 hôpital pour 10 000 (la norme est de 1 pour 10 000). Le Burundi est à 2 infirmiers pour 3 000 habitants (la norme est de 1 pour 1 000); 0,6 médecin pour 10 000 habitants (la norme est de 1 pour 10 000). Là où le tableau est très sombre, c’est du côté de la malnutrition chronique chez les enfants de moins de 5 ans. En effet « le décès d’un enfant sur deux est lié à la malnutrition chronique (56% en 2015), la malnutrition aigue (10% en 2017) pour les enfants de  9 à 11 mois et de carences en micronutriments. Dans l’ensemble, 29% des enfants au Burundi présentent une insuffisante pondérale dont 21% sous forme modérée et 8% sous forme sévère. Les garçons (5,6%) sont plus affectés que les filles (4,6%), les ruraux (5,3%) plus que les urbains (3,1%) et les plus pauvres (7,4%) 2,5 fois de plus que les plus riches. Le PND se réjouit que la gratuité des soins de santé aux mères et aux enfants de moins de 5 ans a apporté certains progrès en réduisant notamment les taux de mortalité néonatale et infantile des enfants de moins de 5 ans tout en soulignant un faible progrès de la mortalité maternelle avec un taux de 712 décès pour 100 000 naissances vivantes. Les principaux défis dans le secteur sont  notamment le paludisme ; la fin de l’épidémie du sida ; l’élimination de la tuberculose en vue d’une réduction de la morbidité et de la mortalité ; le contrôle de la mortalité maternelle, néonatale et infanto-juvénile ; le contrôle des maladies chroniques non transmissibles ; la réduction de la malnutrition jusqu’au seuil de l’OMS ; l’accès pour les jeunes de 20 à 25 ans à l’information et à l’offre de services de santé sexuelle et reproductives.

Pas d’opportunités à court et à moyen termes par rapport à la dynamique démographique

Par rapport à la protection sociale, ce ne sont pas les structures de prévention des risques sociaux qui manquent comme l’INSS, l’ONPR, le Fonds d’appui à la protection sociale, la Commission nationale de protection sociale (CNPS). A cela s’ajoutent des agences de sécurité sociale privées comme Sonavi et Solis. Les blocages se trouvent notamment au niveau du Cadre légal et réglementaire dans le domaine de la gouvernance ; le financement innovant de l’assurance ; la rationalisation de la mutualisation des sociétés de sécurité sociale ainsi que la rationalisation et l’harmonisation des pensions.Le PND est pessimiste par rapport à la « dynamique démographique actuelle du Burundi » qui « ne présente pas d’opportunités à court et à moyen termes à l’économie pour tirer profit du dividende démographique » (une population estimée à 11 465 438 habitants en 2017 et projetée à 14,9 millions en 2030). Les principaux projets restent notamment la maîtrise de la croissance démographique de 2% ; l’insertion socio-économique d’une population jeune ; une fécondité de 3 enfants par femme ainsi qu’une éducation sexuelle responsable.  

Un habitat décent, des conflits fonciers, l’exode rural, … toute une série de défis à relever 

 Les points 60, 61, 62, 63 et 64 s’intéressent à la gestion de l’espace et de l’environnement pour le développement durable ; à la gestion intégrée des ressources en eau ; à l’aménagement du territoire et de l’habitat ainsi qu’au développement de l’urbanisme. Dans ces divers domaines, plusieurs actions ont été menées. A titre d’exemple, on peut citer la protection des sols ; la sauvegarde du capital forestier ; la délimitation des principales réserves et la conservation de la biodiversité ; la lutte contre la pollution de l’environnement et du lac Tanganyika ; la délimitation et la mise en place de 17 sites de décharge contrôlée ; l’élaboration des schémas directeurs d’assainissement en mairie de Bujumbura ainsi que dans les provinces de Kirundo, Ngozi, Karisi et Mwaro ; l’actualisation d’un profil national sur la gestion des produits chimiques et le développement d’une base de données pour la gestions chimiques au Burundi ; la réhabilitation du réseau hydrologique et météorologiques ; l’identification et la protection des eaux thermales ; la restauration des zones tampons des lacs et rivières; ; l’organisation des formations sur les techniques de collecte des eaux ; la viabilisation de nouveaux quartiers ; l’inventaire des terres protégées ; le mesurage et le bornage des terres domaniales ; la création des services fonciers communaux ; la construction des villages intégrés de réinsertion ; le mesurage et le bornage des centres urbains, commerciaux et de négoce ; la viabilisation des nouveaux quartiers ainsi que le pavage et l’assainissement des villes de Bujumbura, Ngozi et Rutana.  Le PND présente aussi toute une série de défis à relever. On peut notamment retenir les conflits foncier ; la croissance démographique ; la sauvegarde de la biodiversité ; l’utilisation du matériel biodégradable ; la protection des eaux des affluents du lac Tanganyika ; la gestion des produits chimiques et d’autres déchets ; la capacité d’adaptation et de gestion des risques climatiques ; l’exploitation des forêts et la protection des écosystèmes naturels ; la capacité d’atténuation et de séquestration des gaz à effets de serre ; la capacité de recherche-développement et de transfert des technologies ; l’intégration du genre dans la lutte contre les changements climatiques ; la fiabilité des prévisions météorologiques ; la préservation et la valorisation durable des ressources en eau ; la promotion de l’assainissement de base en milieu rural ; l’aménagement adéquat des bassins versants ; l’indemnisation des populations des zones ciblées ; la promotion de l’habitat décent ; la maîtrise de l’exode rural ; la promotion de la planification et de la gestion des espaces urbains ainsi que la promotion des matériaux locaux de construction.

Des efforts dans la consolidation de la démocratie, de la justice et des droits humains

Les points 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73 et 74 reviennent sur les questions de démocratie ; de justice ; des droits humains ; de gouvernance administrative ; de genre et de cohésion familiale ; de décentralisation et de développement local ; de lutte contre la corruption et les infractions connexes ainsi que de défense et de sécurité. Le PND note qu’ « au cours de ces cinq dernières années, le Burundi a poursuivi ses efforts dans la mise en œuvre de programmes de consolidation de la démocratie, de la justice, des droits humains, de la lutte contre la corruption et de la décentralisation. » Ainsi par exemple, « le peuple burundais a le droit et la liberté d’élire ses représentants de la base au sommet de l’Etat. » C’est dans cette optique qu’ « un cadre légal et réglementaire a été mis en place pour assurer la conduite du processus électoral et garantir le dialogue permanent entre le gouvernement, les acteurs politiques et la société civile.» La Commission nationale Vérité- Réconciliation a été mise en place en 2014 ainsi que le Conseil national de l’unité (2017) et l’Observatoire de lutte contre le génocide (2018). Des efforts ont été également « consentis au niveau du renforcement des institutions judiciaires en vue de cheminer vers une justice accessible à tous et de promouvoir une justice pénale humanisée.»  C’est dans ce cadre que « le taux d’exécution des jugements rendues pour toutes les juridictions est passé de 18% en 2012 à 83,2% en 2014.» En matière de promotion des droits humains, des instruments et des structures institutionnels de mise en œuvre ont été conçus si bien qu’entre 2012-2016, 73 452 victimes des violences basées sur le genre ont été prises en charge ; 54 230 femmes vulnérables ont été assistées ; des microcrédits ont été octroyés à 783 associations féminines qui mènent des activités génératrices de revenus. Concernant la gouvernance administrative, « des réformes institutionnelles dans la Fonction publique sont en cours notamment le document de Politique salariale équitable et harmonisée ; l’amélioration de l’outil de gestion des carrières ; la création et l’opérationnalisation de l’Office national des pensions et des risques professionnels (ONPR) ; la création de 5 guichets uniques provinciaux pilotes pour faciliter l’accès aux documents administratifs. Au niveau du genre et de la cohésion familiale, le PND informe que « le gouvernement a décidé de renforcer son engagement à éliminer les inégalités et l’exclusion liées au genre. » C’est pour cela qu’il existe des avancées par l’amélioration des conditions de vie de la femme et de la défense de ses droits.  Dans le cadre de la décentralisation et du développement local, d’importantes avancées sont observées surtout au niveau du cadre légal et institutionnel, de la gouvernance locale, du développement communautaire, de la décentralisation financière administrative et politique (Voir l’exemple de la création de la province de Rumonge et le regroupement des communes de la mairie de Bujumbura en trois communes urbaines seulement). Des séances de renforcement des capacités des acteurs locaux ont aussi été tenues notamment sur la gestion des finances communales. Tout particulièrement dans le cadre de la décentralisation, « le transfert du budget de développement aux communes est passé de 50 millions à 500 millions de FBu par commune. »Au niveau de la lutte contre la corruption et les infractions connexes, un cadre légal et institutionnel de prévention et de répression des crimes économiques a été mis en place. En matière de défense et de sécurité, le PND souligne que « la situation s’est considérablement améliorée sur l’ensemble du territoire national grâce à la mise en œuvre réussie du Plan d’actions prioritaires du programme de consolidation de la paix et l’effectivité de l’intégration des anciens belligérants au sein d’un même corps.» Aujourd’hui, « la Police de proximité, efficace et au service de la population » est une réalité au Burundi grâce notamment aux comités mixtes de sécurité. 

 

 Sur la liste des défis, le désengorgement des prisons et la gestion des titres fonciers

Malgré toutes ces actions positives, d‘importants défis sont toujours à relever. Il s’agit notamment de la réduction des arriérés judiciaires dans les juridictions supérieures; le désengorgement des prisons ; la mise en œuvre effective de la stratégie nationale d’aide légale ; la construction des infrastructures judiciaires et pénitentiaires ; la modernisation de la gestion du service des Titres fonciers ; la vulgarisation et la traduction des lois et règlements en vigueur en Kirundi ; l’encadrement et la mise en place des structures d’accueil des enfants de la rue, des personnes âgées et celles vivant avec handicap ; la faible assistance aux personnes vulnérables ; la méconnaissance des droits humains ;  la décentralisation de la Fonction publique ; une administration publique performante ; l’équipement adapté ; l’utilisation des technologies modernes au sein de l’administration publique ; l’équité salariale ; la parité de genre dans les instances décisionnelles ; la mobilisation des fonds propres pour les investissements communaux ; le transfert des compétences aux communes ; la redevabilité des élus envers la population ; la cohérence entre la planification centrale et la planification locale ; la viabilité économique des communes ; le changement de mentalité et de comportement de la population par rapport à la corruption ; l’efficacité des comités de lutte contre la corruption et les malversations économiques ; l’élimination de la corruption et de la fraude dans les services tant du secteur public que privé ; le renforcement de la capacité opérationnelle des corps de défense et de sécurité ; la prévention des risques, la gestion des catastrophes et la lutte contre le terrorisme, la criminalité et la prolifération des armes légères et de petit calibre ; le renforcement de la cohésion au sein des corps de défense et de sécurité ; la capitalisation des acquis des opérations de maintien de la paix ; la poursuite de l’intégration du genre dans les corps de défense et de sécurité.   

Multiplication des contacts diplomatiques pour diversifier les partenaires

Les points 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82 et 83 parlent de la coopération et de l’intégration régionale, de la mobilisation des ressources internes et externes ainsi que des agrégats macro-économiques. A propos de la coopération et de l’intégration régionale, le PND note que « le Burundi a multiplié des contacts diplomatiques pour diversifier ses partenaires bilatéraux » et afin d’élargir la coopération si bien qu’ « il a noué des relations avec d’autres partenaires non classiques » comme les Emirats Arabes Unis et le Brésil. Dans le cadre du multilatéral, le Burundi a continué à participer activement dans des organisations internationales dont il est membre et « a versé annuellement ses contributions financières dans plus de cinquante organisations sous-régionale, régionale et internationale. » Le PND se réjouit que « des progrès importants réalisés dans le domaine de la mobilisation des ressources internes ont permis de maintenir une augmentation des recettes. Les recettes mobilisées sont passées de 526,7 milliards en 2012 à 637,8 milliards en 2016. » Afin de maximiser la mobilisation des recettes internes, trois textes fondamentaux ont été révisés (la loi sur la fiscalité communale, la loi sur les procédures fiscales et la loi sur le revenu). Par rapport à la mobilisation externe, «les dons-projets sont passés respectivement de 321,4 en 2012 ; 333 en 2013 ; 550,2 en 2014 ; 371,4 en 2015 et à 89,7 milliards en 2016. »Des défis importants ne manquent pas non plus au niveau de la coopération et de la mobilisation des ressources. Le PND cite notamment l’élaboration de la stratégie nationale d’intégration régionale et sous-régionale ; la mobilisation des ressources ; la promotion de la compétitivité; le développement des moyens de transport sur le lac Tanganyika ; la libre circulation des biens, des services et des capitaux ; la création de l’Union monétaire de la zone CEA ; le renforcement des capacités de l’OBR ; l’intégration des innovations par le logiciel Itax ; la conformité aux exigences du commerce électronique ; l’élaboration du cadre légal de perception des recettes non fiscales ; la restructuration de la mission du suivi et de la mobilisation des ressources externes, la promotion d’autres partenaires financiers et des PPP.    

Un taux de croissance économique de 3,0% mais un faible niveau d’épargne et une balance commerciale déficitaire

Evaluant enfin les agrégats macro-économiques, le PND note que « l’économie burundaise a enregistré un taux de croissance de 3,0%. Cette croissance est tirée principalement par le secteur tertiaire (5,7%) alors que le primaire et le secondaire enregistrent de faibles croissances (respectivement de 1,8% et 2,5%).» Le niveau de l’épargne nationale demeure aussi faible « pour soutenir l’investissement et partant la croissance économique durable.» Au niveau des échanges extérieurs, la balance commerciale est aussi « structurellement déficitaire », les importations étant plus élevées que les exportations et connaissant une croissance plus prononcée. Toujours est-il que la Banque centrale « a poursuivi la politique monétaire axée sur la stabilité des prix avec l’objectif d’un taux d’inflation à un seul chiffre. » Malheureusement encore, durant la période 2012-2016, « la monnaie nationale (BIF) a connu une dépréciation continue par rapport aux principales devises étrangères. » Après ce topo correct dressé sur la situation socio-économique du Burundi à la veille du PND 2018-2027, l’on peut penser que les pistes proposées pour avancer dans la bonne direction sont également les bonnes. Pourvue que tout le monde s’y conforme et s’y mette.

Gilbert Ntahorwamiye

Département de la DocumentationService Rédaction

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