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Economie, Sciences, Education/formation

Décorticage> Sur la recherche, la technologie et l’innovation au Burundi

Des secteurs clés dans le développement mais qui manquent de fonds

 

Nouvelle image bebe6La recherche, la technologie et l’innovation sont des « poumons », de « puissants moteurs » du développement économique et durable dans tous les pays du monde entier. Mais quel est leur état des lieux au Burundi ? Le présent article vise à répondre à cette question. Pour y arriver, nous  nous appuyons sur les résultats d’une enquête exploratoire sur ces secteurs menée récemment à travers tout le pays par le ministère burundais de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.                                                                               

Le développement de la science, le technologie et l’innovation (STI) permet la promotion et l’essor de petites et moyennes entreprises privées vers des industries hautement compétitives sur le plan national, régional et international. Telle est l’affirmation du directeur de la Promotion de la science, la technologie et l’innovation au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Jovith Ngendakuriyo. Il l’a dit dans sa présentation sur le thème : « Le rôle de la science, la technologie et l’innovation pour un développement durable. » C’était lors d’un mini-atelier organisé le 11 octobre 2018 dans les enceintes de l’Ecole normale supérieure (ENS). Le mini-atelier portait sur la présentation du « Rapport général sur les données de l’enquête de suivi-encadrement des centres et institutions de recherche et des industries et associations d’innovations à travers tout le pays ». 

Pour émerger ou se développer, on passe par un investissement suffisant dans la recherche

La recherche précède toujours l’innovation et le développement. Et tous « les pays développés ou émergents sont ceux qui ont investi suffisamment dans les activités de recherche et les ressources consacrées à ce secteur », informe M. Ngendakuriyo. Partant des projections de la Banque mondiale, il donne des chiffres à l’appui. Parmi les pays dits émergents, on cite notamment la Chine qui occupera  le premier rang en 2020 avec 2,5% du PIB, dépassant de loin 1,98% alloués à ce secteur en 2012 ; le Chili avec 1,69% à côté des pays d’Europe (2,07%) ; les Etats-Unis (2,79%) ; le Japon (3,35%) et la Corée (4,292% en 2014). Sur le continent africain, l’Afrique du Sud (0,73%), l’Egypte (0,433%), le Nigéria (0,219%), le Sénégal (0,541%), le Kenya (0,786%) essaient d’atteindre le 1% du PIB qu’ils s’étaient engagés à allouer à la recherche-développement lors du Forum de Nairobi de 2012. 

La recherche, un parent pauvre au Burundi

Le cas du Burundi n’est pas très reluisant au niveau de la recherche. En effet, à partir de la compilation des données récoltées à travers les institutions publiques du Burundi qui intègrent en leur sein le volet recherche, Jovith Ngendakuriyo informe que seulement 0,121% du PIB était alloué à  la recherche en 2011 alors qu’en 2007, on avait 0,201% du PIB. Ces chiffres montrent qu’au lieu que le budget alloué à la recherche augmente au Burundi, il a plutôt régressé en 2011 par rapport à 2007. Pendant ce temps, l’Union africaine propose qu’au moins 1% du PIB soit alloué à la recherche dans tous les pays africains. Le Burundi est donc loin de répondre à cette volonté de l’Union africaine dont il fait partie. Pour    M. Ngendakuriyo, les pays à faibles ressources naturelles doivent investir dans le secteur de la recherche « en rationnalisant l’utilisation des ressources humaines, matérielles et financières sur les activités de recherche, d’innovation et de développement technologique. »  Une telle démarche s’impose au Burundi, un pays qui ne peut plus vivre du secteur de l’agriculture, les superficies cultivables devenant de plus en plus rares et dégradées à la suite d’une explosion démographique difficile à maîtriser. Et pour preuve, les STI sont « les clés pour la réduction de la pauvreté, la prévention des maladies et la conservation de l’environnement ». Les Nations unies affirment quant à elles, et selon toujours Jovith Ngendakuriyo, que « si un effort résolu est consenti pour renforcer les capacités des pays en développement, la science, la technologie et l’innovation peuvent jouer un rôle moteur dans l’amélioration de la productivité et la croissance économique, promouvoir l’inclusion sociale et favoriser la durabilité environnementale ». En plus du faible taux de financement public et de la modicité des investissements dans le domaine STI par les privés, M. Ngendakuriyo déplore au Burundi l’absence de statut de la recherche et du chercheur ;      la faiblesse de la recherche dans les universités privées ; la fuite de cerveaux ; le manque de motivation des chercheurs ; une faible collaboration entre chercheurs ; un faible développement d’industries de fabrication et de transformation ; l’absence d’une culture de recherche et d’innovation ; un manque de culture en entrepreneuriat et bien d’autres.Toujours est-il que le Burundi possède une certaine base en termes de forces et d’opportunités dans le domaine STI. En effet, en plus d’une direction générale qui s’occupe de la recherche, la science et la technologie, il existe aussi une Commission nationale de la science, la technologie et la recherche ainsi qu’une politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique. Bien plus, le Burundi s’est déjà doté d’un cadre politique, à savoir la Vision 2025 et le Plan national de développement tout comme des politiques sectorielles des ministères techniques ont été élaborées. Le Burundi compte aussi quelques centres de recherche et universités avec un nombre de chercheurs ayant acquis des connaissances poussées dans leurs domaines d’expertise. Il faut également se réjouir de l’existence de laboratoires nationaux et privés pouvant servir pour l’analyse et les tests avec du personnel qualifié. Le Burundi a également déjà adhéré à différents ensembles politiques et organisations régionales et internationales ainsi que des engagements internationaux sous-entendant la promotion de la recherche.

Une faible qualification dans le secteur de l’innovation

Lors du mini-atelier du 11 octobre 2018, Claver Nijimbere, directeur général de la Science, technologie et recherche (STR) au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a présenté les résultats de l’enquête exploratoire dont les groupes cibles étaient les centres et instituts de recherche ainsi que des entreprises, des industries et des associations d’innovation en activité. A l’intérieur du pays, l’enquête a été menée du 27 au 31 août 2018 au moment où en mairie de Bujumbura elle l’a été du 6 au 14 septembre 2018. Il va sans dire que l’objectif de l’enquête est de produire des données sur la recherche-développement et l’innovation au Burundi. Une première enquête similaire avait eu lieu au Burundi en décembre 2014. Lors de la récente enquête, les  enquêteurs ont ainsi pu collecter des données auprès de 26 centres et instituts de recherche ainsi qu’auprès de 70 entreprises, industries et associations d’innovation. Dans le domaine de l’innovation, le grand constat est que les domaines d’innovation sont surtout l’ingénierie et technologie (qui prend la première place) ainsi que les sciences agricoles. Malheureusement, le directeur général de la STR déplore le fait que certains centres et associations d’innovation versent sur le marché des consommateurs des produits non certifiés et non reconnus par le BBN (Bureau burundais de normalisation). Encore faut-il qu’on renforce les capacités de ce bureau en termes de structure, d’équipements et ressources humaines. Beaucoup parmi les associations et centres d’innovation emploient aussi un personnel qui n’a pas la qualification requise. Toujours est-il qu’on enregistre des innovateurs talentueux même s’il en existe d’autres qui se recherchent.Concernant les centres et instituts de recherche, leurs domaines d’activité sont notamment les sciences humaines, médicales et agricoles ; les sciences naturelles ; les sciences sociales ; les sciences de l’éducation ; les activités physiques, sportives et de loisirs.  Malheureusement encore, aucun centre de recherche ne signale que la recherche est sa priorité et certains centres ne disponibilisent pas les données les concernant alors que ces dernières sont des informations publiques. On ne voit pas non plus d’impact réel des résultats de la recherche sur la vie des Burundais. M. Nijimbere déplore lui aussi le niveau encore faible de la recherche et de l’innovation au Burundi. Convaincu que la recherche du développement et de l’innovation passe par le développement de la recherche, le directeur général de la STR propose alors notamment d’organiser des rencontres entre chercheurs ; de créer un cadre de partenariat entre innovateurs et chercheurs ; de renforcer les capacités des innovateurs ainsi que d’exiger la certification des produits de consommation par le BBN afin de ne pas nuire à la santé de la population burundaise. Les 70 entreprises et associations d’innovation nécessitent aussi un encadrement de la part notamment des experts du domaine et un soutien de la part des différents acteurs de la vie nationale.    

Réduire le « Gap » entre le politique et la recherche

Selon les participants au mini-atelier, il existe au Burundi un « gap » important qui sépare les chercheurs et les décideurs. Il faut comprendre par là que les deux parties ne sont pas aussi proches afin d’appréhender de la même manière l’importance de la recherche dans le développement du pays. Si ces deux partenaires venaient à comprendre la même chose sur la recherche, la technologie et l’innovation, nul doute que les fonds pour promouvoir ces secteurs, sources indiscutables du développement durable, suivraient. La création d’un véritable et opérationnel cadre de dialogue entre les chercheurs et les décideurs burundais s’avère être donc une nécessité. Le gouvernement ou les pouvoirs publics doivent également accorder la place qu’il faut au chercheur qui est là notamment pour faire sortir le pays du bourbier dans lequel il se trouve. Cela par la qualité scientifique de ses recherches qui sont de nature à relever certains importants défis comme les maladies, l’insécurité alimentaire, les changements climatiques et bien d’autres. Les chercheurs burundais doivent se constituer en une force notamment par la création d’un Ordre des chercheurs afin qu’ils puissent mieux travailler pour promouvoir ce domaine. Encore faut-il que les chercheurs burundais s’astreignent à répondre aux normes ou aux indicateurs objectifs d’un véritable chercheur. En effet, on ne rêve pas d’être chercheur pour le devenir. Cela s’apprend pendant beaucoup de temps et des instances habilitées doivent attester que tel ou tel autre personne remplit les conditions d’un chercheur. Il faut notamment que les chercheurs produisent et publient les résultats de qualité de leurs recherches dans des revues scientifiques reconnues localement, au niveau sous-régional et régional ainsi qu’au niveau international. Les innovateurs burundais quant à eux doivent rentrer essentiellement dans trois indicateurs objectifs suivants : (1) la société qui innove a un registre de commerce ou un numéro d’identification fiscal (Nif) pour qu’elle puisse travailler dans la légalité. Au cas contraire, cette société n’a pas raison d’être et partant doit fermer ; (2) posséder un certificat de conformité délivré par le BBN  dans le souci de répondre au respect de la norme de qualité afin que les produits qu’elle commercialise ne nuisent pas à la santé humaine et animale ; (3) produire des rapports annuels d’impôts à l’Office burundais des recettes (OBR).  C’est en effet à partir de ces recettes que les institutions étatiques en charge de la redistribution des richesses nationales vont améliorer le bien-être de la population burundaise. Cela passe notamment par la construction des routes, des écoles, des hôpitaux ainsi que d’autres infrastructures sociales et économiques publiques. Or qui dit amélioration du bien-être de la population dit aussi développement.Comme l’a dit Ancile Ngendakumana, directrice de la Recherche à l’ENS, dans son mot d’accueil des participants au mini-atelier du 11 octobre 2018, le Burundi doit être un observateur actif dans les grands débats sur le développement.  

Gilbert Ntahorwamiye

Département de la Documentation

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